‹ Les contes de la guerreChapitre 18 sur 31 · LA DIRECTRICE · texte numérisé non relu

LA DIRECTRICE

— Enlrezl... Vous désirez, Monsieur?...

Mais, c'est Janelî Ah! mon grand garçon, te voilà dans un bel éiat!... Parbleu, je m'en doute que lu reviens de la guerre : un bras de moins, et le droit, encore!... Ali! quelle horreur! On me les arrange bien, mes anciens élèves; mon pauvre Tricot qui a été tué, Adam blessé, et toi maintenant!

Il y a six semaines, pas plus, que cela t'est arrivé, et tu ne souffres plus, la section est complètement cicatrisée! Comme tu dis :

« Cela prouve que la camelote dont tu es fabriqué n'a pas moisi, malgré l'humidité. » Toujours ton langage drolatique!

Ton régiment d'infanterie se trouvait dans le Nord et vous « en mettiez » depuis le début de la guerre. Tu avais reçu deux, trois balles, — des petits « amochages » qui ne comptaient pas, — deux, trois, tu ne sais plus au juste. Seulement, celte fois-là, vous avez eu affaire

à de la cavalerie, — et lu as encaissé un coup de sabre, « quelque chose de malabar »! — ce qui peut s'appeler : « ramasser une gadiche empoisonnée » !

Toutefois, ton bras n'était pas un bras de saindoux, et l'ennemi avait salement trinqué auparavant. Ça ne m'étonne pas : tu étais bien insupporlable, mais lu avais du cœur... Si! si! tu avais du cœur.

J'ai une mémoire phénoménale : je me souviens de lous tes mauvais tours... tiens par exemple, il y a un carreau de celte porlefenêire que tu m'as cassé, en lançant un caillou, du fond de la cour... Mais je me rappelle aussi que tu prenais volontiers la défense des camarades qui avaient raison... Les enfants, comme les gens, sont de deux sortes : les uns ont l'oreille juste, les autres chantent faux... Toi, tu entendais assez juste... Et je peux parler avec certitude, — ce n'est pas si loin le temps où lu étais ici, à la Maternelle, — quatorze, quinze ans, quoi? tu viens d'avoir la majorité.

Ah, lu as quitté l'hôpital hier, — et loul de

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