‹ Les contes de la guerreChapitre 19 sur 31 · TA DIRECTRICE · texte numérisé non relu

TA DIRECTRICE

suite, lu as eu l'idée de venir me dire un petit bonjour. Ça c'est gentil. Tu comptais donc que je te reconnaîtrais?... I*arbleul j'espère bien que, de ton côté, tu m'as reconnue immédiatement, — mes cheveux ont blanchi, v'ià-l-il pas une affaire!... L'ironie pourtant est que, toi au contraire, les tiens ont foncé : tu étais d'un blond plus clair élant petit, — mais tu as toujours ton air gamin de Paris, tes yeux rieurs, ton nez large de bon chien gourmand... et n'aie pas peur, j'apprécie ta moustache gauloise, — laisse-la tranquille, tu vas l'arracher...

Mais, au fait, assieds-toi donc, Janet, — pendaïit la conversation, j'aime bien voir les gens de près... Te voici revenu, eh bien, et Félicie Marrain?. .. Oui, Félicie, ne prends pas cette mine imbécile, — tu ne tombes pas de la lune, puisque tu arrives de l'armée.

Dire que je vous ai eus tous les deux, dans cette cour de récréation, à me faire enrager... Félicie gouvernait un clan, parce qu'elle était une jolie petite tille, — les enfants subissent l'influence du caractère, de la race, de la

beauté. Toi, lu gouvernais un autre clan, à cause de tes défauts, de ton effronterie, vilain pantin... laisse donc ta moustache... vous échangiez des claques, au nom de vos commettants. C'était un signe, il faut croire, — car, ensuite, vous vous êtes retrouvés et ça n'a plus été pour vous battre.

Vraiment! tu étais trop jeune pour te marier, seulement tu ne l'étais pas trop pour avoir un enfant... Oui, en faisant un nouvel effort de mémoire tu vas peut-être te souvenir de ce détail : que tu as gratifié Félicie d'un enfant... A dix-neuf ans, tu t'es engagé, — ■ rien ne t'y forçait d'abord, — et ensuite tu aurais pu quand même régulariser la situation.

Passons. Et maintenant quelles sont tes intentions?... Naturellement, il faut vivre, — et tu étais plombier-couvreur, — en effet, je ne te vois pas carapatant sur les toits, désormais.

Alors, pas possible! Tu ne veux pas te marier, parce que l'on dirait que tu as calculé de te faire nourrir par ta femme... Tu as trop de délicatesse, mon garçon, je vais rassurer ta conscience : il y a d'autres métiers que celui de couvreur, et nous en trouverons un qui te

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