‹ Les contes de la guerreChapitre 21 sur 31 · LA DIRECTRICE · texte numérisé non relu

LA DIRECTRICE

qui aurait... je uc sais quelle anici'oclie. Mais, Dous autres femmes, c'est justement parce qu'un homme sej*a souffrant, mutilé, — que nous serons disposées à l'aimer davantage.

Une minute. Voici les rangs qui arrivent le long de mon bureau, pour la récréation. Attends que j'ouvre ma porte et que je donne le coup de sifflet.

Et puis, dis donc, tu m'ennuies avec tes objections... Regarde là-bas, près du marronnier, ce petit bonhomme de deux ans, tout blond, tout frisé, — il s'est bien passé de père jusqu'à présent, —lu sais, on ne te force pas...

Quoi! quoil Veux-tu rester là!... Je te défends bien de le précipiter. dans la cour!.,. Janet! veux-tu m'obéir, ou bien je, je... je te fiche en retenue!

A Gandreville, une sage pelite ville de Normandie, l'on H transformé l'ancien séminaire en hôpital militaire. Au rez-de-chaussée, se trouve le service du docteur Leduc : la chambre d'opérations, — la salle des blessés, une immense pièce à piliers où s'alignent cent vingt lils — et une pièce divisée en deux par un long paravent : d'un côté, le bureau du docteur et de son secrétaire; de l'autre, l'armoire et la table de pharmacie.

Médecin en chef de l'hôpilal civil avant la guerre, le docteur Leduc est un homme de soixante ans, pas grand, maigre et alerte. Grisonnant, hirsute, la moustache tombante, des yeux métalliques braqués derrière ses lunettes, il a du vermillon au nez et aux pommettes. Avec son vêtement noir mal brossé et sa cravate mal équilibrée, il a l'air d'un vieil aniiquaire.

C'est un chirurgien sans pareil : d'abord un devin prodigieux, puis un opérateur infaillible.

Il faut le voir chercher le gîte crun inlrouvable projectile. Il commence par pétrir le blessé avec ses mains courtes et poilues ; elles semblent exhorter le corps de place en place : « Allons, voyons, il faut répondre... » Puis il les laisse réfléchir longtemps, immobiles sur la localisation présumée; lui, il guette le projectile, on jurerait qu'il l'écoute remuer, — il se tend comme un chat prêt à bondir, — et, brusquement, il crie : « Passez-moi mes outils! » Il a trouvé; son acier ira droit au but.

Il tutoie doucement, presque tendrement, le patient qu'il fait tenir par des bras solides, sans jamais l'endormir :

— N'aie pas peur, ami; ce sera vile fait.

Les hurlements les plus atroces ne le font pas sourciller — à croire qu'il se rend sourd à volonté, par contraction nerveuse. Et nulle fatigue, nulle négligence ne ralentit son admirable dévouement : il est toujours là, il travaille la chair à toute heure de nuit, selon l'arrivée des trains sanitaires.

Dans la salle des blessés, trois infirmières en titre le suivent comme son ombre.

LE SACRTl-ICE 181

Mademoiselle de Prolonge, — en religion sœur Ursule, — ex-directrice d'une institution congréganisle, quarante ans, une figure pâle et mince, un air aristocratique rebelle à l'effacement de l'humble costume ecclésiastique.

Mademoiselle Blon-Coligny, de la riche et austère bourgeoisie locale, vingt-cinq ans, brune, assez grande, une beauté de marbre, un pur visage sans un défaut.

Mademoiselle Rachel Valdès, fille du député de la circonscription ouvrière, diplômée de l'enseignement secondaire, vingt-cinq ans également, rousse, grande, l'air énergique, une figure à lancer la Marseillaise^ devant la foule, sur une estrade.

Chaque matin, le docteur visite les cent-vingt lits, et, au passage, en un clin d'œil, il fait de menues opérations.

— Passez-moi mes outils... Là, mon petit, ça y est... Tu vois, c'était rien du tout.

Les trois infirmières, derrière lui, portent la trousse de chirurgie, le sublimé, la teinture djode. Sans un mot, fascinées, hypnotisées, elles marchent dans ses pas, les yeux sur lui, répétant ses mouvements de tête, le souffle prêt à s'arrêter.

Quand le quatuor s'avance au milieu du complet silence, on a l'impression d'acteurs extraordinaires, mystérieux, qui improviseraient un numéro, çà et là, devant la terrasse des blessés. On dirait que les trois femmes accom})agnent un chef de troupe à qui il faut donner la réplique à l'improvistc : « Attention ! gare à nous! Quelle scène de pansement, quel jeu de bistouri va-t-il entamer? »

Les mérites de notre maîlrc opérateur ne font tout de même pas qu'il soit parfait. N'a-t-il pas la déconcertante manie de raconter des histoires gauloises — oh ! non point obscènes, ni même grossières — mais enfin des histoires de la plus hilarante gaillardise. Nalurellement, il les dit dans son cabinel , soit à son secrétaire, soit à l'économe, soit aux majors des services voisins. Toutefois, attendez : comme il vocifère à plaisir, et comme un simple paravent sépare son bureau de la pharmacie, il lui arrive souvent d'être entendu de force par des personnes dont il feint d'ignorer la présence involontaii'e.

ij- sAcninci- is.'i

l'I attendez encore : ces personnes, ce ne sont jamais les trois infirmières en titre, qu'une pudeur sacrée, qu'un efïroi invinciljle garde d'entrer dans la pièce aux moments dangereux, ce sont généralement les o dames auxiliaires », une demi-douzaine de péronnelles, plus poseuses que charitables, qui viennent à leur fantaisie se distraire à Tliôpilal, et qui aiment mieux doser des médicaments que renouveler des pansements. Elles agacent le docteur, et il éprouve une joie sans bornes à les scandaliser. Au surplus, ses histoires n'acquièrent leur formidable drôlerie qu'à la condition de tomber ainsi dans des oreilles pudibondes.

Maintenant, une considération bien curieuse. Chez beaucoup d'artistes, d'inventeurs, de poètes, rinspiralion créatrice est une sorte d'ivresse qui a besoin d'être provoquée; les uns fument, les autres ont recours aux liqueurs, au café, au thé; d'autres se grisent d'espoirs amoureux. Eh bien! par analogie, la gauloiserie du docteur Leduc correspond à un besoin absolu; c'est l'excitation indispensable qui met ce prodigieux praticien en possession de son génie.

La preuve : immédiatement avant l'heure

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fixée pour une iulerveulion grave, toujours « il en a une bien bonne à conter )>, et, aussitôt déclenché l'effet drolatique, il bondit hors de son fauteuil, les yeux luisanls, la figure illuminée, il s'esclaffe bruyamment, il se frotte les mains, il se précipite dans la chambre d'opérations : «■ Passez-moi mes outils! » Et ça y esti Il obtient une réussite fantastique.

11 faut même croire que ce magicien, dont la précision phénoménale résiste à toute atteinte de sensibilité, est en réalité un sensible qui se galvanise. Au moyen du rire, il se garantit contre l'angoisse, contre l'hésitation, il s'immunise contre la vue de la souffrance.

Cette fois, le patient qui attend l'opération est un pauvre petit héros de vingt ans, dont tout le monde dit qu'il est perdu : les médecins qui Tout envoyé, les infirmiers qui l'ont amené, les majors des services voisins. Pensez donc : une hernie du cerveau! Oui : la boite crânienne est rompue et une partie de la matière cérébrale fait saillie au debors.

Il ne parle plus, mais il a encore Ion le sa

connaissance. Sa jolie ligure imberbe n'est pas déformée, elle exprime, d'une tension émouvante, surhumaine, l'amour de la vie. Ses yeux bleus, ses yeux d'enfant accrochent leur supplication aux personnes qui s'approchent : « Ne me laisse/ pas mourir; je me suis batlu pour vous; j'ai été bien brave, allez!... Avez-vous appelé maman?... Je veux maman!... »

Quelle tristesse! Le premier blessé qui succombe dans le service du docteur Leduc, il faut que ce soit cet enfant! Mais enfin, voyons, n'y a-t-il pas le moindre espoir? Il y a celle dérision : s'il survivait à l'opéralion , il sérail sauvé ; seulement on ne peut pas touclier h la hernie sans déterminer la mort.

— Ce sera pour trois heures, a dit le docteur.

A trois heures et demie, une rumeur''courl d'étage en étage, aux quatre bouts de l'hôpital : cette fois, c'est un miracle, un vrai, — comme une apparition de la Vierge, — le docteur Leduc a travaillé en riant tout seul, d'un gloussement ininterrompu, sans desserrer la bouche.

tant et si bien que (l'on ne sait pas comment ça s'est fait, puisque c'était impossible, mais enfin le résultai est là) : il a sauvé le petit blessé.

Tout le personnel médical, ébahi de curiosité, envahit la chambre d'opérations : le rescapé, à demi-étendu sur une chaise longue, commence déjà à reprendre l'usage de la parole. Alors quoi?... Comment?... Qu'est-ce qu'il y a eu?...

Ah! voilà...

Dans un coin sont blotties les trois infirmières : sœur Ursule, Mademoiselle Blon- Coligny, Mademoiselle Rachel Valdès; elles se regardent comme étonnées elles-mêmes d'avoir survécu; des larmes mouillent leur sourire craintif; elles tremblent comme des opérées, sans trouver à poser leurs yeux effarouchés. C'est que... c'est que...

N'est-ce pas, l'heure approchait. Les trois saintes ont senti qu'elles ne devaient pas laisser mourir le malheureux enfant sans faire une tentative désespérée, sans offrir, sans sacrifier tout ce qu'elles pouvaient, tout ce qu'elles avaient...

Le docteur s'apprêtait... peut-être que s'il avait une griserie sans pareille, il atteindrait au miracle, à l'impossible; et puisque, paraît-il.

tout au monde n'est qu'intlueiice de sexe, peutêtre que, par une immolation d'irinocence, elles allaient le diviniser.

Alors, elles se sont prises par la main, les trois saintes. Toute leur chasteté palpitant à leur front, tout le pur, le féminin, Finviolé d'elles frémissant à leur visage, elles sont entrées dans la pharmacie.

Et là, éperdues, hagardes, cramponnées, elles ont tenu jusqu'au bout, la religieuse, la bourgeoise, l'intellectuelle, — plus héroïque l'une, plus héroïque l'autre, — elles ont subi, jusqu'à l'éclat final, l'histoire atlentatoire de l'Invalide à la cheville de bois.

Tout se lient : nous nous battons pour le plu5 bel idéal, — pour la cause de la justice et de la civilisalion; — par suite, l'on constate chez nous un admirable progrès de la moralité publique. Chacun éprouve le besoin de mettre d'accord la vie et les principes.

Par exemple, depuis la guerre, d'un bout du pays à l'autre, les unions précaires se régularisent par le mariage. Et l'intérêt matériel ne guide nullement les contractants : ils obéissent à un souci de bon ordre et aussi à un sentiment généreux de protection réciproque. On veut être meilleur, on veut se montrer digne de la grande Histoire.

Paulette Minot est mère d'un enfant de trois ans, elle a vingt-deux ans; une petite brune jolie, fine, mais légèrement disgraciée — une

coxalgie mal soignée lui a laissé cette difformité : la hanche déviée, une épaule plus haute que l'autre.

Elle a l'air loyal comme certaines gens -ont Fuir bête, c'est quelque chose de criant. Et précisément parce qu'elle porte sa loyauté visible comme de l'argent dans la main ouverte, elle s'est fait attraper.

Un beau parleur s'est présenté à elle, jurant ses grands dieux qu'il la recherchait pour le bon motif, — que dis-je? plus que pour le bon motif : non seulement il avait en vue le mariage, mais il n'en envisageait que les fins supérieures; s'il prenait femme, c'était, avant tout, pour avoir des enfants. Et voilà bien pourquoi un léger défaut physique ne le rebutait pas, — qu'importent les dons fragiles de la natu)-e !

— Vous ferez une mère de famille aussi bien qu'une autre.

— Je le pense.

Au bout de quelque temps, le bon apôtre avait paru soucieux. Ses protestations caplieuses avaient porté sur un autre point : évidemment il supposait bien que Paulette élait aussi apte qu'une autre à la maternité, — oui,

il avait confiance, — mais enfin, tonl de même. . . Bref, il avait amené l'innocente à croire qu'en loule honnêteté, elle devait une garantie avant le mariage. Qu'elle devait u faire une concession » qui n'aurait pas été nécessaire si elle avait été biiui constituée. Seulement, une fois la preuve acquise de son aptitude à la maternité, il avait renoncé, lui, à son grand projet de paternité.

Pauletle s'était mise bravement à élever son enfant, sans même se plaindre.

Mais voici la guerre.

Paulelte prend Toto par la main et va se présenter au bureau des mariages.

— Monsieur, je viens pour la régularisation de mon enfant.

— Bien. Ces papiers suffisent pour vous, il faudra ceux du tutur.

— Oh! monsieur, le père est disparu, je n'en ai aucune nouvelle.

— Alors?...

— Alors, je vois mes voisines qui reviennent de la mairie avec un livret de famille où leur

enfant esl inscrit, je demande la même chose. Puisque voici le petit, et puisque j'ai des lettres du père, signées de son nom, et aussi comme en ce moment on simplifie les formalités, je pensais que vous pourriez...

Pour les bonnes gens de cel arrondissement excentrique, « le monsieur de la mairie » préposé aux mariages est un personnage omnipotent, qui réunit en lui les attributions du juge, du confesseur, du législateur, du pouvoir exéculif, — à qui l'on peut demander conseil, appui, absolution, entremise, — tout.

Aussi l'employé — un vieil homme chevelu, à tête de poète — essaie-t-il en vain de démontrer à PauletLe l'impossibilité d'un mariage sans mari. Elle s'obstine posément :

— Je gagne ma vie, — je suis repasseuse... Le petit joue sur le trottoir devant la boutique de la patronne, quand il fait beau; sans ça, il reste sous l'établi avec le chat. Ce n'est donc pas pour moi que je réclame, c'est pour lui...

L'employé, au cours de sa longue carrière, en est arrivé à pratiquer cette pitié : même quand il s'agit de l'impossible, ou plutôt surtout quand il s'agit de l'impossible, ne jamais

prononcer de refus définitif, ne jamais enlever complètement aux malheureux l'indispensable espoir.

Comme Paulette ne s'en va pas, il use du procédé ordinaire : les yeux au plafond, il semble chercher, réllécliir, puis, sur un ton é vas if :

— Écoutez, vous reviendrez... Je vous convoquerai..., on verra...

Ce jour même, apparaît dans son bureau un artilleur d'une trentaine d'années, l'air d'un Bourguignon à la iigure joviale, ouverte :

— Les mariages, s il vous plaît?

— C'est ici.

— Je m'appelle Horace Langret, j'ai quinze jours de convalescence avant de retourner au fronl, — et vous savez, ça chauffe dur, là-bas, — mais c'est notre bon droit qui triomphe. Alors, puisque l'on va remettre tout en ordre dans le monde entier, j'ai donc voulu profiter de ces quelques jours pour en faire autant. J'avais une personne que je connaissais, à qui je viens d'aller dire que c'était l'occasion de

nous marier, — voilà qu'elle ne veut plus, sous prétexte que depuis des mois que je suis parti, elle s'est fiancée à un autre...

L'employé ne demande même pas : « Alors, qu'est-ce que vous voulez? », car évidemment, Horace ne sait pas au juste; il veut, il veut..., qu'il a besoin de parier au monsieur de la mairie.

— Eh bien, faites comme cette personne : épousez-en une autre.

— C'est que je n'en connais pas.

— Ecoutez, j'en connais peut-être une... Elle a un défaut physique, une déviation de la taille..., oli! mais attendez! Comme compensalion, elle a un enfant de trois ans, un vrai petit amour; de plus, elle gagne sa vie.

— Alors, si elle gagne sa vie et si elle a un joli enfant, elle n'a pas besoin de moi.

L'employé a fait l'article à contre-sens. Horace veut qu'il y ait un motif louable et généreux à son mariage. Toutefois, il ne s'en va pas, lui non plus.

— Écoutez, revenez demain... on verra...

Et, ma foi, l'employé met Horace en présence de Pauletle accompagnée de Tolo.

Mais il regrette bien vite cette charitable invention, car les deux personnages posés sur une chaise ne trouvent pas un mot à se dire, — ils s'appliquent à le regarder fixement dans l'attente d'une solution satisfaisante qui viendra de lui seul. Or lui-même, après avoir commenté la situation et reconnu qu'elle était délicate, qu'il y avait lieu à réflexion de part et d'autre, ne sait vraiment plus quoi ajouter. La sueur lui perle au front : comment va-t-il sortir delà!

Toto seul est tout à fait à son aise ; quand il a suffisamment inspecté les quatre coins du bureau, il se campe devant Horace et lui frappe sur le genou.

— J'veux un mouton.

Sa mère intervient en manière d'excuse :

— C'est un mouton qu'il a vu au bazar. Dans les cas désespérés, on s'accroche à

n'importe quoi ; l'employé s'adresse précipitamment à Horace :

— Voilà une considération qui justifierait

amplement le mariage : aujourd'hui, ce petit veut un mouton, ensuite ce sera autre cliose — jusqu'à ce qu'il soit élevé...

Le brusque éblouissement de l'évidence.

— Oui, dit Horace émerveillé, comme ça, j'aurais un motif à me marier : à cause des choses qu'il voudra, cet enfant, et qui me regarderont plutôt que sa mère.

Paulette aussi bâille d'un air admiratif.

Mais, tout aussitôt, nouveau malaise, nouvelle attente d'une solution qui incombe encore au monsieur de la mairie. Vu le temps nécessaire pour les formalités, Horace rejoindra l'armée au lendemain du mariage, — lui et Paulette ont cette impression qu'il ne peut y avoir entre eux qu'un accoi'd légal, et qu'ils ne sauraient honnêtement cohabiter ensemble pour quelques heures.

— Bien entendu, déclare l'employé, pour l'instant, il ne s'agit que de l'inscription du petit sur le livret de famille; votre mise en ménage n'aura lieu qu'après la guerre.

A la bonne heure! Ils osent respirer, — leur sens de la moralité est satisfait.

La céiémonic à la mairie.

L'employé a bien voulu êti'e un des témoins du marié, avec qui, à l'entrée, il échange un clignement amical. Seulement, comme il doit lire l'acte, debout devant un pupitre, auprès du maire, on permet à Toto d'occuper le deuxième fauteuil, à droite du marié.

Toto suit avec beaucoup d'intérêt la lecture du document qui contient sa légitimation, puis la lecture du code. Il redouble d'attention quand Monsieur le Maire demande aux futurs époux s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme. Puis, ma foi, l'union prononcée au nom de la loi, Toto profite du silence pour s'adresser à son tourà ce monsieur si obligeant :

— J'veux un mouton.

Le maire, par habitude, porte vers l'employé le regard interrogateur qui signifie : « Vous avez entendu? Pouvons-nous faire droit? » L'employé, par habitude aussi, répond : « Parfaitement, Monsieur le Maire », — et il tire un objet de dessous son pupitre :

— Voici, mon petit...

Le maire, après des milliers de célébrations

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nuptiales, est un officiant que nul incident ne peut étonner. Il se met donc simplement à examiner le couple nouveau encore assis devant lui; aussitôt il secoue la tête avec admiration, comme on fait devant un tableau de maître : il vient certainement de célébrer un de ses plus beaux mariages.

Horace et Paulelte avaient prononcé le « oui » pour le livret de famille, sans le moindre sentiment; c'était bien uniquement la loi qui déclarait leur union accomplie. Mais voici Tolo qui serre le mouton dans ses bras. Les mariés se lournent Tun vers l'autre, leurs visages s'attendrissent, la clarté de l'un se mire dans la clarté de l'aulre. A la loyauté comme palpable de Pauîette, répond, comime tangible aussi, celle d'Horace : « Vous voyez, il en sera comme nous avons convenu — je commence par le moulon... ))

Dès lors, ils se connaissent à jamais — leurs deux âmes sont vraiment unies par le mariage. Il ne s'agit plus d'un accord fragile, précaire, — ils peuvent se séparer : lui, repartir à la guerre, elle, retourner à son ouvrage... Dans la candeur de leur sourire, ils onl fait échange de l'éternel.

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