‹ Les contes de la guerreChapitre 22 sur 31 · COMMISSIONS DR NOËL · texte numérisé non relu

COMMISSIONS DR NOËL

Un après-midi de décembre, dans un quartier populeux au bout de Paris, Le préau de l'école nialernelle, un vieux local adminislrali*", gris et nu, avec des piliers de fonte et des hauts vasistas. On a réuni là une soixantaine de « grands », filles et garçons, âgés de cinq à six ans, et dont l'aspect minable s'harmonise parfaitement avec la purée du décor.

Ils sont rangés sur des bancs et tendent leurs regards vers le couloir du fond qui conduit au bureau de la directrice. Attention! La voici qui apparaît en compagnie d'une belle dame, souriante, jeune et toute parée de fourrures.

— Silence!... Il y a assez longtemps que les papas font des surprises aux enfants le jour de Noël, — cette année, nous changeons : à chacun son tour... Ecoutez, mes enfants... chacun de vous va envoyer un cadeau de Noël à son papa qui est à la guerre. Madame de Monrenard , que vous voyez auprès de moi, vient lout exprès

pour inscrire vos commissions el elle se chargera de les faire porter à leur adresse. La mairie où vos mamans louchent leurs indemnilés nous a fourni tous les renseignements nécessaires.

Munie d'un carnet et d'un stylographe, la dame s'assied devant une lahle.

Tout de suite une ohservaliou s'impose : chaque enfant, d'un mot, révèle sa situation, l'histoire de ses parents. Les commandes formulées expriment l'état et la vertu du peuple, ses détresses et ses tendresses, le positif et le rêveur.

Bien entendu, c'est la i)rave insouciance, la généreuse imprévoyance qui s'affiche tout d'ahord. Le premier qui parle est un garçon à l'air gouailleur et cocardier; il désire envoyer à son papa des cigarettes. Et il entraîne à sa suite tout un lot de camarades à l'imagination superficielle, àl'espritimilateur, qui demandent la même chose que lui : du tabac, des pipes.

Mais ensuite, combien a de valeur le dire des autres enfants qui ne se laissent pasinfluen-

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