COMMISSIONS !)!• NOËL
(;er, le dire personnel, rcfiactaiie ù l'instigalion moutonnière.
Voici Hiquet, un pclit vieux de cinq ans, aux pommelles saillantes, frileux, ratatiné, — (ont en frissonnant, les yeux dilatés, il souhaile pour son papa celte chose de rêve que les anges doivent avoir dans le ciel : un tricot.
Puis s'avance un autre avorton, à figure pointue, le sang si pauvre que le bout de son nez seul est un peu rose, on dirait qu'il sort de dessous une roche qui l'éci'asait, il voit enfin la lumière du jour, son cœur bat trop, il souffle avant de parler : à son papa, madame, il veut envoyer « de l'argent ».
Et l'on se représente le malheureux mobilisé qui est parti la poche vide. On entend les douloureuses réflexions de la femme : « Dire qu'il est là-bas sans un sou ! » On devine l'irréalisable envie qu'elle a fait partager à l'enfant : « Si seulement je pouvais lui envoyer un peu d'argent ! »
Suzette, frisée, drôielle, un profil de, chèvre, montre des mollets nus, minces comme des bougies; il lui manque aussi de la chair et de
la chaleur à elle. Mais ça n'a aucune importance. On se rend compte : ses parents ne sont pas mariés, ils en profilenl, ces irrespectueux, pour faire un ménage tout plein sentimental. El Suzetle transpose les exclamations émues de sa mère aux soirs de jeûne : «Ah ! tout m'est égal, pourvu que je reçoive des nouvelles souvent, bien souvent ! » — Les mains croisées, d'un ton d'affection dévotieuse, elle demande comme envoi : « des affaires pour écrire, du papier à lettre, des caries postales, un crayon ».
Embarras. Loulou, un bon vivant à face ronde, n'a pas de papa; il afllrme avec indifférence qu'il n'en a jamais eu ; à quoi que ça sert? Cependant il ne vent pas être traité autrement que les camarades, il s'avance près de la table :
— Je pourrais demander pour Rosier qui est malade.
En effet! Si Rosier est absent, ce n'est pas un motif pour que sou père ne reçoive rien. Et dans cette idée de Loidou on reconnaît l'obligeance mutuelle entre locataires du même
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palier, in solidarité des mères qui seremplucoiit les unes les autres.
— Alors lu le connais, son père h Rosier; qu'est-ce qu'il fait ?
— Non, j' le connais pas; j'sais qu'il 1' bat des fois.
— Passons. Si Rosier était là, qu'est-ce que tu crois qu'il voudrait envoyer à son papa?
Sans doute, Loulou esl 2'oni'mand et choisit comme pour lui-même :
— Du chocolat.
Toutefois — sait-on la quantité de malice contenue dans l'âme enfantine ! — Loulou accompagne sa réponse d'un sourire de coin, d'un haussement d'épaules : c'est peut-être une leçon ironique pour le papa de Rosier, peutêtre une réminiscence de ces réconciliationsexpress pratiquées par Mademoiselle : « Il t'a battu, c'est un vilain, il ne le fera plus... embrassez-vous ».
La nichée de souris! Ce sont les trois petites Lambert que l'on ne sépare jamais, menues, proprettes, avec des museaux vifs et curieux.
L'aînée s'approche, l'air posé, un peu ma-
iiiérée; elle regrette beaucoup, mais elle a mieux que toutes les richesses de la dame :
— Merci, madame, maman y avait déjà pensé, au Noël de papa : ce sera un petit frère, qu'il trouvera en revenant.
Évidemment, toute générosité est éclipsée par un tel cadeau, mais, ma foi, on enverra touL de même quelque chose. L'aînée, bien contenle, lance un coup d'œil vers les paltes de souris, un coup d'œil de ménagère continuellement préoccupée par l'usure la plus ruineuse dans les familles :
— Alors, madame, deschaussures pour papa, s'il vous plaît.
Ces dames échangent des signes de connivence.
Benoît ne sait pas que son père a été tué : on doit donc le laisser parler comme les camarades. C'est le type de l'enfantsage, pas bruyant, qui ne déchire pas ses vêtements, visage régulier, cheveux ras à l'ordonnance, il garde la croix d'un hout de l'année à l'autre.
Il a vu pleurer sa mère, et il al'obscurpressen-