‹ Les contes de la guerreChapitre 26 sur 31 · LE CHER IDÉAL · texte numérisé non relu

LE CHER IDÉAL

Le petit Paul est toujours malade.

— Fièvre maligne, dit le docteur, — à cet âge fragile de sept ans, la guerre a trop agi sur lui.

Il a toujours été un enfant délicat, — effet d'hérédité : son père, un savant ingénieur, est mort d'une méningite causée par le surmenage, quelque temps même avant sa naissance.

Sa mère l'a élevé avec des précautions infinies, dans la petite ville bourgeoise, riante et calme, où elle vivait d'un modesie commerce de journaux et de papeterie, auquel élait adjoint un cabinet de lecture.

Il a fait un petit garçon à figure de fille, encadrée de boucles dorées, un peu trop allongée, un peu trop pâle. Sa bonne, pour toute sortie, le conduisait sur le cours planté d'arbres, d'oii il apercevait la devanture garnie de publications illustrées. Sa maman devait

venir sur le pas de la porte lui faire signe, à chaque instant : «je suis là, je te vois... »

A vivre dans la société de grandes personnes amies des livres, il s'est imprégné de leur sérieux et de leur expérience. Son intelligence cultivée comme dans une serre a été d'une extrême précocité. Tout en réclamant continuellement la protection maternelle, il a senti d'autre part combien sa mère elle-même avait jjesoin de lui, — et qu'il était sa compagnie indispensable, et qu'il serait dans l'avenir son soutien, son défenseur. Et même, il n'a pas été sans surveiller avec jalousie les regards masculins qui s'attachaient trop attentivement à sa jolie maman, mince, fine, élégante, pareille à quelque blonde princesse de conte de fée.

Puis, la guerre déclarée. Ton s'est aperçu que petit Paul se rendait compte de la tragique situation. Il savait écouter les gens rétléchis, il discernait les impressions de chacun à la voix, aux jeux de la physionomie; les journaux étaient là, il lisait et il questionnait.

Ainsi a commencé l'excès tiévreux.

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