‹ Les contes de la guerreChapitre 27 sur 31 · LK CHER IDEAL · texte numérisé non relu

LK CHER IDEAL

Pelil l\iul a d'abord éprouvé dans soji caïucet altentat à rhumanité que constituait la guerre par elle-même, substituant à la loi d'être bon et d'aimer la loi de haïr et de détruiie. Puis, l'angoisse de la cité, voisine de la frontière, est passée en lui; il a, comme lotit le monde, cherché à scruter l'horizon, à entendre les lointaines rumeurs; il est resté, la nuit, les yeux ouverts, à méditer.

Et à mesure que le danger s'est approché de l'agglomération inoiTensive et impuissanic, petit Paul a eu cette impression que la Justice était suspendue, que le Bien ne comptait plus, n'avait plus raison, — alors^, chose affreuse, il a senti s'en aller de lui sa confiance en la vie, sa croyance au vrai, ce je ne sais quoi d'indispensable à l'être humain pour qu'il puisse vouloir, agir, se guider.

Il a porlé dans sa frêle enveloppe d'enfant un instinct d'homme naufragé, sans boussole. 11 a compris qu'il faudrait s'enfuir, abandonner tout ce qu'on possédait; que sa maman serait, avec lui, une épave, — une pauvre veuve sans ressources, sans domicile.

Et quand s'est formé le lamentable troupeau des réfugiés — quand sont venues les terreurs,

les privations, les cruelles fatigues, petit Paul a souffert aussi pour les autres mères, pour les autres enfants, — là encore, il a trop palpité, trop douloureusement vécu.

A Paris, le médecin a pensé que l'école offrirait une distraction favorable à sa santé.

El, de fait, petit Paul a été content d'aller se mêler à la population enfantine du quartier ouvrier qui remplaçait sa ville natale. On a coupé ses boucles dorées et comme ses souliers fins étaient percés, ça l'a amusé de mettre de grosses galoches pareilles à celles des camarades. Mais, par ailleurs, il a trouvé bien triste de laisser, pendant la journée entière, sa maman toute seule, enfermée dans une chambre, en haut d'une grande vilaine maison, — sa maman, vieillie, maigrie, et qui devait coudre sans répit des pèlerines pour les soldats.

Et malgré qu'il prît un intérêt passionné aux ébats scolaires, il n'a pas recouvré l'appétit, il a continué d'avoir les yeux trop brillants, les pommettes rouges, les mains brûlantes. Au bout de quelques semaines, il a fallu essayer du repos complet, le garder couché.

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