‹ Les contes de la guerreChapitre 28 sur 31 · LE CHER IDEAL · texte numérisé non relu

LE CHER IDEAL

C'est la fin de la journée.

Petit Paul, immobile dans son lit, observe des yeux sa mère qui est debout près do la fenêtre à guetter la venue du docteur et qui reste bien longtemps silencieuse, la figure tournée. 11 songe intérieurement, tel un grand malade parti à revivre son passé, à mettre de Tordre dans ses souvenirs.

Il revoit, dans le lointain déjà, Fécole oii il a été si fraternellement accueilli. Comme les grands et les petits lui ont fait fête à la première récréation! C'était à qui lui demanderait son nom, à qui lui donnerait une poignée de main, à qui sortirait de sa poche quelque olîrande inattendue.

Ceux qui n^avaient aucune richesse disponible pour le moment s'évertuaient en royales promesses :

— Bientôt, mon vieux, j'aurai un bonbon, ou un sou peut-être, ce sera pour toi !

Gustin avait marché près de lui, le bras autour de sa taille :

— Si t'as plus de maison, plus de lit, rien, — faut venir chez nous. Moi et mes deux petits

•l-l-l LES CONTES DE LA GUERRE

frères, ça fail trois; eh bien! figure-loi, on a deux lits! alors, tu vois, y a juste encore une place...

Petit Paul avait refusé avec beaucoup de remerciements les précieux bouts de fer et de bois, les vieilles plumes, les osselets, les éclals de porcelaine qui auraient percé sa poche minuscule. Pourtant, il avait été obligé d'accepter le pUimier de Benoît, un pauvret aux joues affamées, au tablier mal raccommodé. C'était le plus minable de l'école, — mais il avait été si heureux d'être un instant le plus riche de tous! Il s'était avancé tout rayonnant, avec un geste magnifique, une bouche épanouie d'infinie générosité :

— Tiens! petit Paul, prends-le, — c'est madame Poincaré qui me l'a donné !

Ilétaitlà, sur la cheminée, le superbe plumier.

Mais ce sont les grands qu'il fallait voir, dans la cour, s'occuper de pelit Paul et veiller à ce qu'il ne restât pas en dehors du jeu. Dans la bataille de la Marne, par exemple, comme il ne pouvait pas courir, chacun, à tour de rôle, le prenait sur ses épaules pour faire la charge de cavalerie.

Toutefois, le meilleur souvenir, c'est encore

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