I.K CHER ll)l]AT
la classe : Mademoiselle à son bureau, — une mademoiselle avec des cheveux noirs, avec des yeux noirs, un corsage noir. On est forcé de la regarder tout le temps, — on trouve qu'elle est belle, qu'elle vous aime bien et qu'il faut bien l'écouter.
Chaque jour, elle racontait des histoires au sujet de la guerre, — des histoires d'autrefois et de maintenant. Comme les yeux luisaient, comme les fronts se redressaient quand elle parlait de l'Honneur, du Droit, de la Justice, — comme les cœurs battaient quand elle disait les fiers espoirs de l'avenir!
Et ces belles poésies qu'elle apprenait à ses élèves! A ce propos, le petit Paul avait même remarqué une chose bien étonnante : celui qui montait au bureau pour réciter sa poésie, s'il la savait bien, — on aurait dit qu'il avait la voix et les gestes, et la figure, les airs de Mademoiselle, — et de l'entendre, ça vous faisait presque le même effet que d'entendre xMademoiselle.
Ainsi va la rêverie de petit Paul.
Tout à coup, dans l'éclairage pâlissant de la fenêtre, il croit voir briller une perle à la joue de sa maman : si elle ne se retourne pas vers lui, c'est qu'elle pleure.
Aussitôl, une angoisse nouvelle naît en son cœur. S'il n'est plus là, un jour, — que deviendra sa maman? Est-ce qu'elle pleurera tout le temps ? Si elle n'a plus son enfant à aimer, restera-t-elle abattue, sans rien qui la soutienne, sans rien qui lui fasse tout de même lever le front, regarder le ciel?
Petit Paul se demande quel secours, quelle consolation il pourrait bien inventer? Sa recherche a cette chère et navrante signification : quoi donner? quoi de précieux, d'attendrissant, d'éternel sortir de moi pour laisser à maman ?
Quoi donner?... Mais oui, le remède à toute détresse, c'est a d'offrir ». Fût-on un pauvre enfant malade, étendu dans son lit, — si quelqu'un souffre près de vous, votre bonté d'âme devient quand même l'impulsion de donner.
Et voilà que petit Paul sourit pensivement; il s'assure, les paupières baissées, de bien posséder sa trouvaille. Mais oui...
Alors, il réunit toutes ses forces, il s'assied en s'appuyant aux oreillers, il appelle :
— Maman, viens donc, prends la chaise à côté de moi.