L'IMPOSSIBLE DESERTION
plus, le mystère si cruel et si doux lui inspire une tendre et brave dévotion envers la féminine puissance...
Sais-lu que lu as été ce garçon-là?
Dès tes quinze ans, la conscience d'homme a commencé d'éclore et ton émoi nouveau t'a porlé tout de suile à sentir la sainteté de la femme. Plus tu avançais vers l'âge des droits masculins, — plus tu éprouvais le respect suprême du à l'espèce femelle tout entière.
Et je me lappelle qu'une fois, dans la rue, à mon bras, en voyant pleurer une pauvre fdle déchue, tu m'as interrogée :
— Maman, est-ce que pour toi, par respect pour toi, — puisque je t'aime lant et puisque tu es maman — (quel front hautain tu avais, mon enfant!) est-ce que je ne devrais pas m'cipproclier et demander à cette femme : (( Quel secours vous faut-il, je vous prie?... »
Te voici! Et la guerre même n'a pas pu changer l'inchangeable! Il n'y a pas de cataclysme qui tienne! rien ne peut dégager l'homme de sa de! te d'avoir été créé deux fois par la femme : créé humain et créé dieu. Car enfin l'existence et lamour, vous nous en êtes débiteurs, à nous autres femelles!
\l[ sil fullail crier pitié à Ion âme de conquéraal, je crierais pitié pour nous, ta mère et ta fiancéo, car lu ne pourrais frapper une seule femme, sans nous atteindre, nous! Ne sommesnous pas à nous deux loutes les femmes?... i']l les mois ne me feraient pas peur : pense au venlre qui t'a porté, pense au ventre qui porlera ta descendance .' . . .
Mais, qu'est-ce que je dis? Dans quel verbiage est-ce que je mégare? Une phrase aurait suffi.
Tandis que rilisloire vous regarde pour en saisir l'Eternité, — vous voilà en Allemagne, vous les soldats de France, — vous voilà avec tout ce que vous apportez de chez nous, toutes les grandeurs, toutes les noblesses. Eh bien, vous n'allez pas, au contact du sol étranger, descendre de la majesté humaine, — vous n'allez pas, d'hommes, devenir des scélérats!... Vous n'allez pas déserler l'àme française, — el comme on jette le fusil, le sac, les carlouches, jeter : Honneur, Justice. Bonté!... Vous n'allez pas, vous, vos régiments et vos chefs, — par le fait d'assassiner des êtres sans défense, — vous n'allez pas, les Français^ passer à l'ennemi!
Que n'ai-je écrit cela tout de suite : vous
L IMPOSSUîLK DKSKRTION 15
irallez pa< passer à reiinouiil .Mainleiianl. j-' suis Iranquitle, je te vois, je feDleiuls, mou enfant, je souris de ma \aine anxiété.
Ouoi encore !
Kt si je t'entendais :
— Maman! il est des folles, des monstres femelles... cachées... quelque part... elles ont tire sur moi.
— Ça m'est égal I... Pas nous, les Français, pas nous!
— Maman! je vais mourir, elles onl lue ton lils...
— Mon enfant! mon pelil... ni^iu adoré... mon cher petit... pardon! alors je... Mais non! Au drapeau! Au drapeau!...