EPILOGUE
Ainsi je recueillais ces pages heureuses et paisibles qui sont devenues, en mon humble enclos, un brin de gazon, un brin d'herbe , une bêche, une plante, un rosier! Soyez les bien remerciées (me disais-je) ! amies et protectrices de mon foyer domestique, témoins intimes de mon labeur de chaque jour, vous attesterez que je dois à moi seul ce toit qui brille au matin, ces vitres claires où resplendit le soleil avant de disparaître à l'occident ! Il n'y a pas ici, Dieu soit loué! un grain de sable, une fleurette qui ne soit due à mon labeur; pas une solive et pas une pierre qui m'accuse, et c'est bien le maître innocent de ces demeures qui peut écrire au fronton de son logis \epauper in œre meo du poëte latin.
Ici j'arrêtais mon livre, et j'allais le clore enfin, lorsque j'ai lu, d'une muse indulgente, un doux poëme à la louange de mon jardin. Ce poëme est une des récompenses (trop rares) que j'aie reçues en toute ma vie. Il m'arrivait imprimé, comme un hommage public, et cependant Dieu sait si j'hésitais à en faire un des principaux ornements des Contes du Chalet !
Était-ce à moi à me parer de cette aimable louange?... Ainsi j'hésitais... mais quoi!... ce fut un usage accepté de tous les écrivains d'autrefois. Ils se glorifiaient, tantôt à la première page et tantôt au dernier feuillet de leur livre, de la sympathie et de l'adoption de leurs contemporains. Ainsi fais-je aujourd'hui, demandant grâce aux bonnes gens de mon peu de modestie. Enfin, la poésie a ses privilèges. Qui de nous voudrait effrayer le bel oiseau qui se pose, en chantant, sur son toit?