‹ Les contes du rouetChapitre 27 sur 35 · LE RAMASSEUR DE BONNETS I · texte numérisé non relu

LE RAMASSEUR DE BONNETS I

veulent absolument qu'on achève tout ce que Ton a entrepris. Ah ! il est fort heureux qu'il me suffise du quart d'un tiers de seconde pour voler d'un bout de la terre à l'autre bout, car, presque à la fois, dans tous les pays, des bonnets s'envolent et se posent. Depuis quelque temps surtout, je ne sais, en vérité, où donner de la tête. Une neige de coiffes bat de Taile par-<iessus les moulins, palpite, hésite, choit. Avant-hier, je fus comme enseveli sous la légère avalanche. Je ramassais vingt bonnets, il en tombait mille, et il en tombait d'autres, toujours I J'ai pensé étouffer. Mais une telle mort ne m'eût pas déplu, parmi les rubans, les batistes et les malines, à cause de cette odeur de cheveux et de nuques, si grisante, que tu sais bien. — Mais, Robin, dis-je à Puck, il y a une chose que je ne m'explique pas. Tu ramasses les bonnets, à la bonne heure ; une fois ramassés, où les mets-tu ? Si tu as coutume de les ranger sur des tablettes ou dans des tiroirs, comme font les bonnes ménagères, il faut que tu aies un bien grand nombre d'armoires ou de commodes.

Puck éclata de rire.

— Trois millions d'ébénistes , travaillant pendant trois millions d'années, ne suffiraient pas à faire assez de commodes et d'armoires pour que Ton pût, même en les serrant beaucoup, ranger tous les bonnets jetés par-dessus les moulins ! Viens avec moi. Tu verras une chose qui ne manquera pas de t'intéresser.

Qjiand on voyage avec Puck, on voyage très vite ; une belle-de-nuit ne se serait ouverte qu'à demi pendant le temps que nous employâmes à nous rendre, de la venelle où nous étions, dans un étrange et vaste jardin, si vaste que vous l'auriez cru à peine moins grand que toute la terre. Et ce jardin, plein d'innombrables arbustes entrelacés^ avait pour jacinthes, pour roses, pour camélias, pour œillets, d'adorables petits bonnets qui frémissaient au vent. Il faisait venir l'idée d'un immense Eden qui serait une boutique de modistes. Je voyais, accrochés à des aubépines, des bonnets de toile, sans rubans ni fleurs; bonnets de pauvres filles, qui s'étaient envolés, un jour de moisson, après un faux pas derrière une meule de

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