LE RAMASSEUK DE BONNETS
blé. Il y avait des bonnets de guipure, des bonnets de valenciennes, fleurant le whiterose et Topopanax ; des bonnets qui étaient des coiffures de nonnes, et gardaient, avec une odeur d'encens, une ressemblance de lys; il y avait aussi, plus impossibles à nombrer que les étoiles du ciel et les grains de sable de Nubie, des bonnets qui, au lieu d'être des bonnets, étaient des chapeaux, des voilettes, des corsets, des jupes, des chemises ! Car le respect d'une proverbiale métaphore a des bornes après tout; on ne peut exiger des jeunes personnes qui veulent jeter leur bonnet par-dessus les moulins, qu'elles aient toujours un bonnet à leur portée; on jette ce qu'on peut. Cependant, l'âme attendrie, je songeais à tant de baisers donnés et reçus dans les bois, dans les ruelles, dans les cloîtres, dans les boudoirs, et j'admirais la Femme et l'Homme, toute l'aimante humanité.
— Oui, reprit Puck, ce jardin est agréable ; on éprouve quelque satisfaction à se promener dans ces allées; c'est une heureuse imagination que j'ai eue d'accrocher aux' arbris-
seaux, chaque madiiy les bonnets de la veille.
— De la veille ? m'écriai-je, stupéfait. Tu ne veux pas dire, je pense, que tu me montres ici ta récolte d'un seul jour ?
— Mais si, je veux le dire, et je le dis. Dès que l'aube se lève, je remplace par des bonnets nouveaux les bonnets anciens. La journée d'hier, relativement, n'a pas été très bonne.
O joie! ô orgueil! ô infini de l'amour! Combien de cœurs échangés ! combien d'âmes qui se mêlent ! combien de bouches sur des bouches ! Âh ! que les Dieux sont bons !
Je dis à Puck, quand je fus revenu de mon extase :
— En ce cas, tu me dois une explication encore. Les bonnets d'hier, d'avant-hîer, de jadis, de toujours, où les mets-tu, Robin Bonenfant ?
— Où je les mets ? partout ! et, bientôt, il n'y aura plus de place.
Il continua, en s'amusant à faire grimper une coccinelle sur le petit doigt de sa main gauche :
— J'en Élis d'autres bonnets pour les ingé-