‹ Les contes du rouetChapitre 9 sur 35 · LA TROMPE · texte numérisé non relu

LA TROMPE

« A Strasbourg, sur la forteresse, — j'étais en faction — et j'écoutais un pâtre de mon pays qui sonnait de la corne dans le lointain, — et ce fut plus fort que moi, il me fallut m' enfuir, — en nageant, vers mon pays, — et cela est défendu.

A une heure, dans la nuit, — ils m'ont rattrapé ; — ils m'ont conduit à la maison du capitaine ; — ah ! Dieu, ils m'ont jeté sur la paille, — ah ! c'en est fait de moi.

Demain matin, à dix heures, — on me mettra en présence du régiment ; — il me faudra demander pardon, — et, certainennent, je recevrai mon salaire, — je le sais bien.

Ainsi, mes frères, vous tous mes frères, — vous me voyez aujourd'hui pour la dernière fois ; — mais le pâtre n'est pas coupable de ma mort; — la corne seule a fait tout le mal, — et c'est bien triste. »

VIEILLES CHANSONS d'aLSACE qS

— Pleureras-tu seulement, rouet mélancolique de fée ? Ne te rappelles-tu pas quelque lied joyeux ?

— Joyeux ? ronronne le rouet ; celui-ci ne l'est pas autant qu'il semble l'être.

l'archer

« J'étais encore si jeune, et si pauvre déjà ! — D'argent, je n'en avais pas du tout ; hélas 1 quelle misère ! — Je pris donc mon bâton et ma besace, — et sifflotai le Pater tout le grand long du jour.

Mais quand j'arrivai dans la ville — voici que les archers m'empoignent par derrière et par devant; —l'un m'empoigna par derrière et l'autre m'empoigna par devant ; — « Ah !

maudits archers, laissez-moi en repos ! »

Et quand j'arrivai devant la maison de l'archer, le vieux coquin était à sa fenêtre ; — je fis immédiatement une pirouette, et regardant

sa femme : — « Ah ! maudit archer, que ta femme est jolie ! »

L'archer se mit grandement en colère — et me fit jeter dans une profonde, profonde tour, — dans une profonde, profonde tour, au pain et à l'eau. — « Ah ! maudit archer, puisse-t-il t'arriver quelque bon malheur ! »

Lorsqu'un archer meurt, — il ne faut pas l'enterrer comme un autre chrétien ; — il faut l'enterrer vivant, au pain et à l'eau — comme le vieux coquin m'enterra sans remords.

Mais réjouissez-vous, mes frères, le vieil archer est mort ; il — pend à la potence, très lourd et plein d'horreur ; — la semaine passée, mercredi, à huit heures et demie, — on l'a pendu à la potence, solidement.

Il avait presque tué sa jolie femme, parce qu'elle m'avait souri tendrement — à moi, pauvre diable. — La semaine passée, il regardait encore par la fenêtre ; — maintenant je suis dans sa maison avec sa femme. »

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