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non |)liis an llirnic de la l'iunccc siihstiiiicc, mais à un llirini- voisin, h' llirnic (le la l-'iduci'c oiihlicc : |)ai' suilc, n'a) an! f»as le Irai! diî l'(''j)in^'U\
C)n n'osi pas lixi' au sujet de la dalc à la(|U('llf .la(t|U(>s Ayicr, pcrsonnatri' ion si dt- ré de Nuicndx'ii;, (( procureur de Iriltuual et notaire impérial », né vers ir)/|0, mort en itiof», a écrit, en vers à la lirvon de Ilans Saclis, sa Comédie de la Belle Sidéa (Coniedia iH)n der schiviicn Side(i). (l'es! seulement eu iSdf) (pie cci ou\rai;c, pi'ohahlemeiit de la lin du \\i'' siècle, a été im})rim('\ par les soins d'yVdelherl von Keller, avec une trcMitaine de comédies et traj^'édies, prises parmi les manuscrits d'iuie centaine de pièces de théâtre, composées par le l'écond auteur (i ).
dette (( comédie » passe pour être une imitation il une de ces pièces (pie des troupes de comédiens anglais (« enytisrhe l\<>ni(edianteii ») promenèrent à travers l'Allemagne au déclin du wi*" siècle, et Sliakspeare, dans sa 'TeDipèle. se serait inspii('' de cette même pièce anglaise.
En 1892, dans une thèse de doctorat, présentée à l'Université de Leipzig (2), M. John George TTobertson a établi une (omparaison très précise entre les deux premiers actes de la Belle Sidéa et les deux premiers actes de la Tempête. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire presque littéralement cette comparaison (les noms propres mis par M. Robertson entre parenthèses, sont ceux des personnages de la Tempête).
Donc, un usurpateur, Leudegast (Antonio, dans Sliakspeare) s'est emparé des états de son frère Ludolff (Prospero), et Ludolff est banni, lui et sa fille Sidéa (Miranda), dans une forêt. Engelbrecht (Ferdinand), fils de Leudegast, étant à la chasse, s'égare dans cette forêt. Il y rencontre, sans le connaître, son oncle Ludolff, lequel, par magie, le fait prisonnier, en lui paralysant le bras, quand il veut tirer son épée. Engelbrecht doit faire office de serviteur et notamment fendre du bois, sous la surveillance de Sidéa, la fUle de Ludolff. Les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre, et leur amour amène, à la fin de la (( comédie », la réconciliation entre les frères ennemis.
(1) Ai/rers Dranien, i' vol.. p. 2177 et siiiv., t\n.\\?.VA IVibUathrl; des /.iirrnrisc/ii'ii Vereins in Stiillgarl, tome 79 (Stuttgart, 186;)).
(2) .1. G. Robertson, Zur Krilil; .Inkob Ayrers mil brsomleri'r RticksicJil auf sein Verli;ellni)<s :u lions Sachs und den enfflisrhcn Koincrdianien. (« Etudia critHiuc sur Jacques Ayrer, particulifn'ement au point de vue de son rapport avec Hans Saclis et les comédiens anglais »), liCipzig, 1892.
M. Uoberlsou rcK'Vf, dans cette première partie des deux drames, les ressemblaïues suivantes : i" J.udollf, comme Prospero, est un magicien, et, à son service, il a un diable, Runcifall ; Prospero, un génie, Ariel : — 2° Engelbrecbt (Ferdinand) est subjugué par la magie de LiuioUï (Prospero), quand il veut tirer son épée ; — 3° Le jeune honuiic est forcé d'exécuter d'bumbles travaux, notamment de fendre (ou de transporter) du bois.
De telles ressemblances, — M. Uobertson le fait remarquer avec raison, — ne s'expliquent point par des coïncidences fortuites.
Après ces deux premiers actes, cliacun des deux drames s'engage dans une voie bien distincte. La Tempête qui, du reste, s'annonçait dès le début conmie une pièce à grand spectacle, devient une pure féerie, où le rôle du magicien Prospero et la mise en scène qu'il provoque, dominent tout. Dans la Belle Sidéa, le conte (car on verra que c'est bien un conte) suit tranquillement sa marche traditionnelle. Tout au plus un trait insignifiant (le diable Runcifall, personnage parfaitement inutile, dansant grotesquement aux sons du fifre et du tambourin du bouffon Jahn, le clown des pièces anglaises) rappelle que Ludolff, le maître de tous les deux, est le double du magicien de la Tempête.
Au début du troisième acte de la (( comédie » allemande, arrivent les deux jeunes gens, Engelbrecbt et Sidéa, qui se sont enfuis ensemble de la maison de Ludolff.
Sidéa, épuisée de fatif,nie, ne pont aller plus loin. « Attendez-moi ici, dit Engell)ieclit. que j'aille cliorcher une voiture. » Et, comme Sidéa est certaine (pie son père a envoyé des gens à sa recherche, le jeune homme lui dit de monter sur im arbre : personne ne l'y découvrira, et, d'ailleurs, il sera bientôt revenu. « Ah ! s'écrie Sidéa, je crains que vous ne m'on])liiez ! »
Voilà donc, comme dans les contes ci-dessus résumés, la jeune fille sur l'arbre, attendant le retour de son fiancé. Suit la scène de la fontaine :
i'inelia. iemnie de Dieterich le cordoimier, arrive avec sa cruche, volt dans l'e.'iii !e rellet d'un beau visage qu'elle prend pour le sien, jette sa cruelle et se jjavane en disant qu'elle ne restera pas plus longtemps
dans la IioiiIkiik^ <I un i\islrf |iiiaul la \hh\. cl (jucllc \;i s'en allcidroit à la (."(uir.
Môinc scrnc, joim'c \);\v un niin\(Mu pcrsoinia^'c. l'.la. lilir d un paysan.
Survient alors Ir nicnnicr .l.ilm Molilor ulonl le lùlc, lums lavons dit. est cclni du rhtwn anj:lais'. envoyé par l.nddHï. le prie de Sidéa, à la icclicrclic de la jcnnc fille. Lui aussi \(ul le icllel. el il conrl annoncer à xui rnaiire (jne Sidéa est relronvée.
l'endaid (pi il <'sl en ronle. vient à son lonr à la lonlaine le coidonnier Dieterich. ipii ne conipT-end j ien à ce qne sa l'eiinnc lui ;i dil. (piand elle est revenue, el cpii est obligé d'aller- ."i l'eau lui-nièine. A|)iès avoir vu le rellel. d lè\e les \eu\ el .iperçoil Sidéa. (jui le prie di> I "aider à descendre de l'aihii' cl de lui donner l'hospitalité j)our- la sauvei' d'cnneinis ipii la poirr snixenl . Le cor-donnier y conserd. el elle ])arl avec lui. cl airssi a\ec la cordonriièr-e. (jiie son ruaii a fait venir- |)orrr lui dire, de rei:ai-dcr- rrrairdeuani dans la luidaiiie. cl (pii esl l'orl hiiruiliéc en voyant sa xc'rilalilc inrai^c.
A ^H'inc Sidéa csl-elle eu sùr-eh''. ipic .lalin amène à l'arbre son riiailrc Ludoll'l. cl il est bien désa|ipoinl('' dr ne plus Iroiixer la jcinic (illc.
Pour abréger, Enii:ell)re(ld, leiilré chez, son père, à la grande joie de celui-ci, oublie complètement sa fiancée (comment cela s'est-il fait, on ne le voit pas), et il est au moment d'épouser la fille du roi de Pologne, quand Sidéa, déguisée, lui fait boire un certain breuvage qTielle a préparé (elle nest pas pour rien fille d'un magicien), et la mémoire revient au prince.
M. Robertson estime que toute. cette seconde partie de la « comédie » d'Ayrer a « un caractère germanique prononcé ». Ayrer, dans sa Belle Sidéa, aurait emprunté ce qu'il a de commun avec Shakspeare, à un vieux drame anglais, utilisé aussi par Shakspeare, et il aurait combiné avec les éléments de ce drame des éléments tout allenumds.
Si AI. Robertson avait été folkloriste, il aurait constaté que la trame de l'ouvrage d'Ayrer est la trame même de certains contes très caractérisés et très rares, racontés non point dans des pays « germaniijnes », rnais dans des pays gaéliques, c'est-à-dire dans cette Grande-Bretagne, patrie des (( comédiens anglais » et de leurs fournisseurs de pièces. Les rapprochements que nous allons laire, montreront s'il est invraisemblable de supposer que c'est à une de ces versions britanniques d'un vieux conte qu'a été emprunté le drame anglais qui devait un jour être imité à la fois par Shakspeare et par ATrer.
Le petit groupe de ces contes gaéliques est du type de la Fiancée oubliée, et a ceci de remarquable que, dans le récit, s'est introduite, d'une manière très naturelle, la scène de la fontaine, — sans l'épingle enchantée et sans métamorphose d'aucune sorte, bien entendu, le thème de la Fiancée oubliée n'en comportant pas.
Nous résumerons d'abord, très brièvement, un conte qui a été recueilli en Ecosse, près d'Inverary (comté d'Argyle) (i) :
Un jeune prince est tombé au pouvoir d'un fféant, qui lui impose des tâches humainement impossibles. Grâce à l'aide de la fille du f,^éant, magicienne, tout est exécuté. Le géant est obligé de donner sa fille en mariage au prince, et les deux jeunes gens s'enfuient ensemble pour échapper à la vengeance du géant. Celui-ci se met à leur poursuite, et la jeune fille fait surgir plusieurs fois entre lui et les fugitifs des obstacles qui le retardent. Finalement il se noie dans un lac se formant soudainement sur sa route (a).
Le lendeniain, les deux jeunes gens sont arrivés tout près du château du roi, père du prince. La fiancée dit au prince d'aller annoncer sa venue, mais de ne se laisser embrasser par personne ; autrement, il l'oublierait. Le prince est à peine au château, qu'un vieux lévrier saute sur lui et le baise. Et aussitôt la fiancée est oubliée.
Pendant ce temps, la fille du géant attend toujours, cachée dans le branchage d'un arbre, au dessus d'une source. Vers midi, un cordonnier du voisinage dit à sa femme d'aller à In fontaine lui eJjercher à boire. La femme voit dans l'eau l'image de la fiancée, croit que c'est sa propre image, casse sa cruche et revient à la maison, en disant à son mari : « J'ai été trop longtemps ton esclave ! Je ne suis pas faite pour cela ! » La fille du cordonnier est alors envoyée à la fontaine : même histoire. Enfin le cordonnier, qui croit rj^u'eUes sont folles, y va lui-même, et il aperçoit sur l'arbre la jeune fille. Il la recueille chez lui.
Un autre conte écossais, d'Elgin (comté d'Elgin ou de Moray), a la même suite d'aventures. Ici, c'est un jardinier qui envoie à la fontaine d'abord sa femme, puis sa fille (3). — Dans un autre conte, également gaélique, dont la provenance exacte n'a pas été indiquée (4), un trait de plus : le forgeron, qui a envoyé à la fontaine
(1) .T. F. Campbell, Po/Jitlar Tiilrs of Ihe West Ilighlantls, l" éd. (Edimbourg, 1860), n° 2.
(2) Voir, pour le thème de la Poursuite, dans cette Revue (1912), notre travail Les Mongols, etc., p. ."i2i et suiv. (p. 104 et suiv. du tiré à part).
(3) Ri'vue Celtique, t. lit (187G-1878), p. 37i et suiv.
(4) Cellic Magazine, numéros 133, 134.
sa servante, puis sa l'eiunie, et qui ne les voit pas revenir, dit à la fiancée, quand il laperçoit sur l'arbre : « Descendez, et, si c'est votre faute que ma servante et ma lenmie m'ont abandonné, il faut tjne vous teniez ma maison vous-même » (i)-
Nous n'avons fait qu'indiquer sommairement les taches que, dans les contes gaéliques, le prince doit exécuter. Dans Ayrer et dans Shakspeare, il y a aussi des tâches, ou plutôt une tache, imposée au prince par celui qui le retient captif ; mais cette tache (fendre ou transporter du bois) n'a rien d'impossible, comme celles des contes gaéliques et de tant d'autres contes (2). Il semblerait presque que, dans Shakspeare, il soit resté un souvenir confus du secours que, dans le conte, la fille de l'ennemi, magicienne elle aussi, apporte au héros. (( Si vous voulez vous asseoir, dit Miranda à Ferdinand ; pendant ce temps-là je porterai vos bûches. » Mais c'est là simplement l'expression d'une compassion qui va jusqu'à l'amour ; car Miranda n'a nullement hérité de l'art magique de son père.
Ce qui est plus positif, comme rapprochement, c'est le passage des contes gaéliques dans lequel le cordonnier (ou le jardinier ou le forgeron) envoie successivement à la fontaine sa fille et sa femme. Dans la Belle Sidéa, Ayrer (ou son auteur) a estropié ce passage en faisant se succéder auprès de la fontaine Finelia, la femme du cordonnier, et une Ela, fille d'un paysan, personnage aussi insignifiant que son père.
Dans la version gaélique, publiée par le Celiic Magazine, la servante et la femme du forgeron le plantent là, ce que, dans Ayrer, Finelia ne fait qu'en paroles.
Le trait de la fiancée oubliée, inexpliqué dans Ayrer, est, comme on l'a vu, très bien motivé dans les contes gaéliques (et dans d'autres contes du même type général) par l'infraction involontaire à une défense faite au prince par sa fiancée. Il y a là une lacune dans Avrer, et le breuvage donné par Sidéa au prince pour réveiller en lui
(1) Dans un conte suédois, le seul conte européen que, pour le moment, nous ayons à rapprocher des contes gaéliques (Cavallius, op. cil., p. 294), Singorra, la fiancée oubliée, n'est pas sur un arbre ; elle attend... sous l'orme. Au lever du soleil, la fille d'un vieillard aA'eugle vient pour puiser de l'eau à une fontaine, tout près de l'endroit où Singorra est assise. Se croyant si belle, elle dépose sa cruche et laisse là son vieux père. Singorra prend la cruche et s'en va chez le vieillard aveugle pour remplacer sa fille.
(2) Sur ces tâches impossibles, qui se retrouvent dans un conte indien, versifié au -XI* siècle par Somadeva de Cachemire d'après un ouvrage plus ancien, voir les remarques de notre conte de Lorraine, n" 32, t. II, p. 23 et suiv.
la mémoire, ce breuvage magique montre bien que l'oubli avait une cause extra-naturelle (i).
Hécapi tuions nos observations au sujet d'Ayrer et de Shakspeare :
Ayrer, mort en iGof), n'a pu emprunter tout ou partie de sa Sidea à la Tempête de Sbakspeare, qui date de iGii. — D'un autre côté, Shakspeare, lequel, d'ailleurs, ne savait probablement pas l'allemand, n'a pas été chercher en Allemagne une pièce n'existant alors qu'en manuscrit et qui n'a été imprimée qu'en iS05.
Les deux premiers actes des deux ouvrages étant semblables pour le fond, il faut bien admettre qu'ils ont été empruntés à un précédent drame, anglais selon toute vraisemblance, un de ces drames que les « comédiens anglais » ont fait connaître à l'Allemagne du xv!*" siècle et qui probablement avaient cours aussi en Angleterre.
Ce drame anglais lui-même était, à n'en pas douter, calqué sur un conte analogue aux récits gaéliques ci dessus résumés, conte anglais, par conséquent, ou, du moins, britannique. Ayrer a suivi son original d'un bout à l'autre ; Shakspeare, à partir du troisième acte, s'est lancé dans le domaine de la pure fantaisie.