‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 14 sur 92 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

L EPINGLE QLI ENDORT

Après l'épingle qui transforme en oiseau, voici l'épingle qui plonge les gens dans un çommeil de mort. Nous revenons, comme on voit, au sommeil létliargique de la Captive {Monographie A), et l'épingle correspond à la baguette.

l'épingle qui ENDORT ET LE THEME DE (( SNEEWITTCHEN »

Nous avons déjà touché, plus haut, le thème dit de Siiecivill cJien. On trouvera sur ce thème, une masse de renseignements

— oc. —

dans li's toutes rércritcs Rciuanjucs sur les contes du recueil des Frères Grinini, dont M. .loliannes Boite vient de coTumencer la publication en collaboration, pour la partie slave, avec M. Georges Polivka : ouvrage d'une importance capitale, \érilable vade-mecum du t'olklorisfe (i)

Le lliènie de Snccwitlclwii peut se résumer ainsi :

l ne mère (ou xmo marAfre) croit être la j.lus belle l'eninie du monde ; mais un miroir ma^^ique (ou le soleil), qu'elle interroge, lui répond que sa lille (ou sa l)ell('-nile) — nommée SnecwilIcJien, « Blanche comme neige ». dans le conte des Frères Grimm, — l'emporte sur elle en beauté. Ayant donné l'ordre de tuer la jeune fille, elle interroge de nouvean son miroir et reçoit la même réponse, ce qui lui montre que la jeune fille est. vivante. Alors sa liaine poursint la iugitive chez des nains ou autres personnages qui lui ont donné asile. Elle parvient, au moyen d'objets magiques, remis à la jeune fille, à l'endormir d'un sommeil de mort. Les nains, la croyant vraiment morte, la déposent dans un cercueil, qui tombe entre les mains d'un prince. L'objet magique se troTivant finalement écarté par l'elfet du liasard. la jeiuie fille sort de sa léthargie, et elle épouse le prince.

Le seul point que nous ayons à relever ici, c'est que, dans plusieurs versions de ce conte, l'objet magique qui endort l'héroïne, est une épingle. MM. Boite et Polivka mentionnent, comme ayant ce trait, — lequel est assez peu fréquent, l'objet magique étant d'ordinaire tout différent, — un conte norvégien, des contes italiens (Tyrol, Italie proprement dite, Sicile), des contes slovaques (Nord de la Hongrie), un conte de la Grande Russie, des contes de la Russie Blanche, un conte albanais.

En lisant dans l'original (2) certain conte gaélique, qui a été recueilli dans la petite île écossaise d'Eigg, faisant partie des

(1) Anmerkinujen :u den Kinder-und Hausniarchen der Brûder (iritnm. Neu hearbeitet von Jo/iannes Balle uiid Georg Polivka. I (Leipzig, 19t3). Le premier volume. — !)oO grandes pages de rapprocliemcnts au sujet des 60 premiers contes du célèbre recueil, — a paru tout récemment. Grâce à cet immense répertoire, à cette mine de renseignements qu'on ne rencontre nulle pari ainsi rassemblés, le folkloriste pourra maintenant se reporter à toute sorte de contes qui autrement lui seraient restés inconnus : s'orienlant d'après des vues d'ensemble remarquablement exactes, il saura, en suivant les précieuses indications de détail, oii aller clierclier les différentes formes d'un même thème pour les examiner de près : examen absolument indispensable, car les meilleurs résumés, même quand ils ne sont pas sommaires, ne peuvent suppléer à l'étude directe des originaux.

(2) Cellic Magazine, t. XIII (1887-1888), p. 213.

Hébrides « intérieures » (comté d'Inveriiess), nous avons noté un très lare petit détail :

L'iiéroïne, que sa mère, jalouse de sa beauté, a ordonné de tuer et dont elle croit avoir mangé le cœur, s'est enfuie et elle a épousé un roi. Un joiu', la inère interroj^e, non pas ici un miroir, ni le soleil, mais une certaine traite (trout), et, apprenant que sa fille est toujours \ivaiite, elle s'en va en bateau vers le pays du roi, et, débarquant devant !<• château, elle ciie à la jeune reine qu'elle est venue pour la voir. L'héroïne ayant répondu qu'elle est enfermée et ne peut sortir : « Eh bien ! passe ton petit doigt par le trou de la serrure, que ta mère puisse le baiser. » La jeune reine le fait, et la mère lui enfonce dans le doigt une échardo ompoisonnée : la jeime reine tombe comme morte.

Ce n'est pas un équivalent, c'est le trait même du trou de la serrure, joint à celui de l'épingle, qui va se retrouver, loin, bien loin de l'Ecosse, chez les Turcs de Constantinople, toujours dans un conte du type de Sneewiitchen (Kûnos, n° 26, p. 206) (i) :

La mère dénaturée, ime sultane, se déguise en pauvre femme et va frapper à la porte de Grenadette, sa fille, pendant l'absence des trois jeunes gens frères qui l'ont accueillie comme sœur. « La porte est verrouillée », dit Grenadette. Alors la soi-disant pauvre femme raconte qu'elle vient d'Anatolie et qu'elle apporte toute sorte de présents à ses trois fils. (( Puisque tu es devenue leur sœur, je t'apporte, à toi aussi, deux épingles en cadeau. Approche la tête du trou de la serrure, que je puisse te mettre les épingles dans les cheveux. » Grenadette. sans défiance, l'ayant fait, la femme lui enfonce les épingles dans la tête, et Grenadette tombe morte.

La suite de ce conte turc est particulièrement intéressante en ce qu'elle présente, dans une juxtaposition bizarre, l'épingle qui métamorphose à côté de l'épingle qui endort (2).

Les trois frères, désolés, déposent Grenadette dans im cerceuil d'or, qu'ils portent sur une montagne et suspendent entre deux arbres. Le

(1) Le recueil de contes turcs de Constantinople, publié par M. 1. Knnns. professeur à l'Université de Budapest, a une telle importance pour lliistoire de la transmission des contes indiens vers l'Occident, qu'il est important de savoir exaateraent comment il a été formé. On a cru et imprimé que c'était la « sténof;;rapliie >> des récits que les meddùh, les conteurs de profession, colportent dans les cafés de Stamboul. Grâce à une aimable communication de M. lûinos. nous sommes aujourd'hui renseigné sur ce point d'une manière précise : « Mes contes, «• nous écrit-il, sont absolument populaires ; je les ai recueillis de la bouche du « peuple. Les « conteurs publics » (meddàln ne racontent pas de contes, mais de « petites histoires, qui sont tout à fait différentes. »

(2) Nous avions déjà vu, dans une variante de ce même thème de Snccwillc/irii, une épingle transformer l'Iiéroïne eu oiseau.

cpitiumI osI trouve'' \y,ii le (ils d'im l'adiischiih, qui le fiiit nuMIic dans sa clianibro, cl il ni' cosso de couleniplcr la morte, du soir au matin. Dhii^'é de partir pour la guerre, il détend d'entrer dans sa chambre.

Or le prince a ime fiancée : elle force la porte de la chambre, voit le cercueil et Grenadelte. En examinant bien celle-ci, elle remarque une des deux épingles, la retire, et dienadelte se trouve Iransforniée en oiseau, et s'envole.

Le prince, à son retour, est bien affligé de trouver le cercueil vide ; mais son père ordonne aussitôt de faire les préparatifs des noces, et il faut bien que le prince épouse la fiancée qui lui était destinée, celle qui a retiré l'épingle. Et alors, chaque matin, l'oiseau vient se percher sur un arbre près du palais, et dit au jardinier : « Que fait mon Schehzadé (mon prince) ? — ïl repose. — Puisse-t-il bien reposer et se l)ien porter ! puisse l'arbre siu' lequel je suis perché, se dessécher ! » I.e prince fait engluer l'arbre ; l'oiseau est pris et mis en cage. La femme du prince reconnaît en lui la jeune fille du cercueil ; elle le tire de la cage et lui tord le cou.

De gouttes du sang naissent dans le jardin des buissons de roses. Le jardinier donne quelques-mies de ces roses à une vieille femme qui passe. El, dans la maison de la vieille, à la grande surprise de celle-ci, ime des roses demeure toujours fraîche. Un jour que la bonne femme en respire le parfum avec délices, voilà que la rose deviejit un oiseau, qui se met à voltiger joyeusement. La vieille le prend et, en lui caressant la tête, elle remarque l'épingle, la seconde épingle, qui n'a pas élé retirée. Elle la retire, et Grenadette apparaît (i).

l'Épingle qui endort et le prince en léthargie qu'il faut veiller

Maintenant, dans toute une série de contes, ce ne sera plus une jeune fille qui sera plongée dans un sommeil léthargique ; ce sera

M) I.,es deux effets de l'épingle encliantée (sommeil léthargique et transformation en oiseau) se trouvent, réunis aussi, dans un conte inédit, assez bizarre, de lîlida. que M. Desparmet a bien voulu nfius faire connaître ; mais ce double effet ne se produit pas sur une seule et même personne : Une jeune fille merveilleusement belle, Croissant-de-la-l^une, est gardée par ses sept frères. Un roi, qui veut l'épouser et qui sait qu'il sera éconduit, comme tous les prétendants, par les frères, cliarge nne vieille sorcière d'enlever Croissant-de-la-I^une. La sorcière (jui, grâce à son art magique, est en état de « voler entre le firmament et l'air k, s'habille eu ange avec des ailes et arrive en volant chez la jeune fille ; les sept frères reçoivent le prétendu ange avec grand respect, fendant la nuit, la sorcière prend trois épingles el les enfonce dans la tète de la jeune fille, qui aussitôt « tombe en syncope ». Alors la sorcière l'enlève el la transporte chez le roi, où elle retire les épingles, et la jeune fille se ranime. — Plus tard, la sorcière, qui a frappé d'immobilité et rendu muet un chameau avec lequel Croissant-de-la-t>une avait Ihabilude de s'entretenir, enfonce une épingle dans l'oreille droite de ce chameau et une autre épingle dans son oreille gauche, « et, en un clin d'œil, le chameau est transformé en pigeon, qui s'envole ».

un jeune homme, utî prince, toujours un prince. Et l'instrument âe sa libération sera une jeune fille qui, au prix de longs et pénibles efforts, réussira à le réveiller, et qui ensuite, supplantée par une esclave au moyen du mensonge et de l'imposture, finira, après de nouvelles épreuves, par épouser le prince qu'elle a délivré.

On verra qu'il y a là, pour la dernière partie, une variante très curieuse de ce thème de la Fiancée substituée dont nous avons longuement parlé ci-dessus, à propos de l'Epiuyle qui transforme en oiseau.

Dans son traAail sur la Fiancée substituée, déjà cité, M. V. Arfert écrit, en tète d'une liste de contes du type que noi allons étudier : (( Une forme bien singulière, c'est celle que l'imagination extravagante {die aiis^clnceifende t^hantasie) de peuples du midi {si(dl(et>der 1 œ/Aer) a donnée aux contes du petit groupe qui suit (i). »

Assurément ces contes du sud de l'Europe (M. Arfert n'en mentionne pas d'autres) sont singuliers, ainsi qu'on le verra ; mais qu'aurait dit M. Arfert, s'il avait connu certain conte de l'Inde, dont l'étrangeté ne doit évidemment rien à l'imagination d'un peuple européen quelconque ?

Avant de parler de ces contes européens, il sera bon de résumer le conte indien, qui, outre son intérêt propre, rattache bien certainement cette forme très particulière du thème de la Fiancée substituée, non plus, comme les formes que nous avons étudiées cidessus, au thème de VEpinçjle qui transforme, mais au tlième de l'Epingle qui endort.

Le conte en question a été publié autrefois par miss Maive Stokes, fille du celtisant feu Whitley Stokes, laquelle l'avait entendu raconter dans l'Inde par une de ses ayahs (« bonnes »), très âgée, née à Patna, mais élevée depuis l'âge de sept ans et mariée à Calcutta ; c'est donc, selon toute probabilité, un conte du Bengale (2). Le sous-thème de la Fiancée substituée, qui doit faire l'objet de notre examen, y est encadré dans un autre thème, que nous étudierons à part :

Un roi a sept filles ; il leur dit un jour : « Mes filles, combien m 'aimez- vous •' » {liow mucli do yoa love me). Les six plus âgées répondent : « l'ère, nous t'aimons autant que des douceurs et du sucre. » La plus jeune dit : « Père, je t'aime autant que du sel. » Le

(1) P. Arfert, />fis Afolir der iinli'rsr/idl/pnen Hrout in dcr intcnidtiona'.en f.rz.rh lungxliteroliir (llo.slock, 1807), p. 31.

(2) Miss M. Stolces, op. cit., n° 23.

roi. irrih- de roll<' irjioiisc. f.iil iioilci en |>iil;m(niiii sa lillc dans l.i jmij:li', tn'i ou rahaiulomic.

Se voxaiil sriili" dans ce drsi'il. la pi inccssc nuiKlic <à l'avcnluio cl ,iiii\c à ini Hiapnifiqnr palais. Dans uni- des chambres, ollo voit, étendu sur un lit. un beau prince, le corps loul béiissé daif^milles. Elle se met aussitôt à retirer ces aiguilles, sans s interrompre, ne l)uvant, ni ne mangeant, ni n(^ dormant.

Une semaine s'est écoidée ainsi, «|uand un homme qui ])asse par là, offre à la [)rincesse de lui vendre une jeune esclave. La princesse l'achète au prix de ses bracelets d'or. (( Maintenant, se dit-elle, je ne serai plus seule. » Puis elle se remet à l'ouvrage. Deux semaines se passent encore, et la i)rincesse a enlevé toutes les aiguilles, moins celles qui sont dans les veux. Alors elle dit à l'esclave de lui ])réparer nn hain ; mais, pendant (iu'(>lle le j)rendra, il ne faudra pas enlever les dernières aiguilles. L'esclave lui dit d'être tranquille ; mais, à i)eine la princesse est-elle sortie de la chambre, que l'esclave enlève les aiguilles, et le roi (on Tappello roi ici, et non plus pis de roi} revient à la vie. Voyant l'esclave, il lui demande qui l'a ainsi sauvé. « C'est moi », répond-elle. Le roi la remercie et lui dit qu'elle sera sa femme. Quand la princesse revient, l'esclave la donne pour sa servante ; mais le roi ne peut s'empêcher de se demander si c'est vrai.

Un jour, le roi veut changer d'air, et il demande à l'esclave, devenue sa femme, ce qu'il faut lui rapporter de son voyage. <( De beaux vêtements et de beaux bijoux », dit-elle. Puis le roi adresse la même question à la prétendue servante, et, comme elle dit que, s'il ne peut pas lui rapporter ce qu'elle désire, elle ne demandera rien : « Je te le rapporterai, (pioi que ce puisse être », répond-il. Alors elle demande une (( boîte de joyaux du soleil » (rav-raianke pilârà, « sun-jewel box ». dans la traduction anglaise).

Le roi, durant son voyage, s'informe partout au sujet de cette boîte mystérieuse, et il ne peut la rapporter que grâce à l'aide d'un fakir, lequel l'obtient d'une lée. Quand la prétendue servante l'a entre les mains, elle se rend, pendant la nuit, dans une vaste clairière au milieu de la jungle, et là elle ouvre la boîte. Il en sort sept petites poupées, qui sont autant de fées, et les unes font la toilette de la princesse. (andis que les autres chantent et dansent. Pendant tout ce temps la ])rincesse ne cesse de pleurer. Vers le matin, une des fées lui demande pourquoi elle pleure. Et la princesse raconte sa triste histoire et comment son esclave a pris sa place auprès du roi. Les fées la consolent et lui disent que tout finira par aller bien. Le matin venu, la princesse fait rentrer les poupées dans la boîte.

La nuit suivante, la princesse retourne à la clairière, et tout se passe comme la nuit précédente. Mais un bûcheron, qui revient tard de son travail, a tout vu et entendu, du haut d'un arbre sur lequel il a grimpé. Ayant encore assisté à la même scène, la nuit d'après, il va le raconter au roi. Celui-ci dit au bûcheron de le conduire à la clairière, et, qTiand il a entendu les plaintes de la princesse, il descend tout à coup de l'arbre en disant : « J'avais toujours pensé que tu étais une princesse, et non une servante. Veux-tu m 'épouser ? »

Quand le mariage de la princesse avec le roi va se célébrer, elle y

invite son père, sa mère cl ses sœurs. Pendant toute une semaine, elle ne leur fait servir que des mets apprêtés au sucre, de sorte qu'ils en perdent vite l'appétit. Puis elle leur donne un repas apprêté au sel. Alors le père comprend ce qu'avait dit sa fille, et qu'elle ne pouvait l'aimer davantage, puisqu'on ne peut se passer de sel.

Ces centaines, ces milliers d'aiguilles qui hérissent le corps du prince en léthargie, est-ce bien Vépingle qui endort, bizarrement multipliée ? La chose nous paraît liors de doute, bien que le conte .indien, dans son état actuel, ne nous fasse pas assister à ce qu'on pourrait appeler l'opération qui, au moyen des aiguilles, a plongé le prince dans le sommeil léthargique. A titre de preuve non indispensable, nous pouvons citer un conte arménien, qui, bien qu'écourté, reflète, selon toute probabilité, une variante indienne de ce même conte. (On a pu voir, dans nos précédentes études, combien, pour ses contes, l'Arménie doit, directement ou par l'intermédiaire des Turcs, à la Perse, et la Perse à l'Inde). Voici ce conte, dont nous ne possédons malheureusement que le résumé (i).

Un beau prince attire sur lui la colère d'une sorcière, envers laquelle il ne témoigne pas le respect voulu. La sorcière le pique avec une épine pointue, et aussitôt it s'endort (2). Après quoi elle le transporte au milieu d'un désert, dans un château qui n'a ni portes ni fenêtres. Le roi fait chercher partout son fds, mais en vain. Tout le monde croit le prince mort ; seule sa fiancée, une belle jeune fdle, ne peut se résigner à cette pensée, et elle se met en route à la recherche du bien aimé. Après avoir erré longtemps à l'aventure, elle arrive au château qui n'a ni portes ni fenêtres. P^itiguée, elle s'appuie contre la muraille, (}uand tout à coup la muraille s'ouvre, et la jevme fille se voit dans la cour d'vm grand château. Elle va de chambre en chambre sans trouver personne ; enfin, dans une petite chambre, elle voit son fiancé étendu sur un lit et endormi. Elle l'appelle ; elle le secoue ; il ne bouge pas. Désespérée, elle se tord les mains et pleure amèrement. Une larme tombe sur la joue du prince, et il revient à la vie.

Dans ce conte arménien, 011 l'épine qui endort explique si bien les aiguilles du conte indien, l'esclave traîtresse a disparu, ce qui a rompu tout lien avec le thème de la Fiancée substituée et, naturellement, fait disparaître, du même coup, toute la dernière partie dn conte complet (l'héro'i'ne contant ses aventures et ses chagrins à des êtres merveilleux).

(i) Armenixr/ie Bil)lii)ihck. — Gr. Chalaltan:, .l/xn-hcn and Sagen(Lei\y/.i^, 1887), p. VI de rintroductioii.

(2) Nous n'avons pas ici à rpclierclicr si Vf/tinc ne serait pas un trait plus primitif que l'épingle et les aiguilles.

(ionsfaloiis eiicoïc i\uc le ('(nilc airiiriiicn, — si insliiidif qu'il soit au point do vue du tliènio dt' l'Epinijle (jiii cndoii, — ne donne pas ce lliènie sans huuiie. Dans un conte bien construit (et les contes indiens ou xcnus de llnde oui, c|uand ils sont bien conservés, une structure qui taisait ladiuiration de noire regretté (iaslon Paris), l'épine, devait, d'après la logi(iue du coide, être lelirée, comme le sont les milliers d'aiiiuilles, pour (jue le prince sortît de son

soniHieil.

Diius les contes que nons allons maintenant passer en revue, ce Irait lévélateur des (UijniUe^ ou de l'cpinc l'ait absolument défaut : il semble ipie la létliargie du prince soit chose qui n'ait pas besoin d'explication ; en tout cas, on ne se préoccupe imllement de l'expliquer. Le conte arméni(>n reste seul, — du moins, pour le moment, — à donner formellement et le cotnjneul (cette action de l'épingle, ou épine, enchantée, que le conte indien, dans son état actuel, ne fait qu'indiquer), et aussi le pourquoi (la vengeance d'une sorcière).

En revanche, tous les autres contes de ce type que nous connaissons, présentent le prince comme délivré par une action consciente et non par l'effet fortuit d'une larme libératrice. Tous aussi, ou à peu près tous, ont conservé cette dernière paitie dans laquelle l'héro'ine se plaint de son sort à des êtres (ou à des objets) merveilleux que, sur sa demf^nde, le prince délivré par elle lui a rapportés d'un lointain voyage.

En étudiant ces contes, — bien que le liait de l'Epingle qui

endort n'y figure point, — nous ne ferons donc pas, en réalité, une

digression ; car ils sont étroitement apparentés au conte indien

des Milliers d'aiguilles.

Ces contes, si l'on considère leurs introductions respectives, doivent se répartir en plusieurs groupes. Quant à l'origine de ces introductions, très diverses, nous espérons pouvoir montrer que des indications significatives invitent le chercheur à tourner les yeux du côté de l'Orient, vers cette Inde qui, très certainement, a importé en Europe l'introduction (et tout l'encadrement) du conte des Milliers d'aiguilles.

Après avoir consacré une courte étude à cette introduction-cadre du conte indien, nous examinerons successivement les autres introductions du thème du Prince en létliargie et, en même temps, le corps des récits eux-mêmes.

La dernière partie, commune à tous ces contes, fera l'objet d'un chapitre final.

LE TIIKMK 1)1 (( PKINCE EN I.ÉTHAR(;iE )) ET SES DIVERSES INTRODl'CTIONS

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