HUITIÈME FORME D 'INTRODUCTION AU THEME DU « PRINCE EN LÉTHARGIE
Dans les premières formes d'introduction à notre thème, la future libératrice arrive sans s'y attendre auprès du prince en léthargie, dont elle n'a jamais entendu parler, et c'est un écrit déposé à côté du « mort », qui apprend à la jeune fille ce qu'elle doit faire pour lui rendre la vie.
Dans d'autres formes, la libératrice entreprend volontairement, après réflexion, le voyage qui l'amène auprès du prince qu'elle délivrera, et elle sait d'avance à quoi elle s'engage.
Une dernière forme met quelque peu de prosaïque dans le fantastique. Le cas du prince en léthargie et les conditions de sa délivrance sont, si l'on peut parler ainsi, livrés à la publicité : il n'y manque même pas les annonces, faites par ordre du prince luimême en temps utile. Nous reproduisons le début de ce conte abruzzien (i) :
Il y avait un roi qui devait mourir à un jour fixé. Les magiciens (maghi) l'avaient prédit, et le roi le savait. Les magiciens avaient prédit aussi que, si une jeune fille allait pleurer sur la tombe du roi, en remplissant de larmes une urne, le roi ressusciterait. Aussi le roi fit-il répandre l'annonce {spargere voce) qu'il épouserait la jeune fille qui lui rendrait la vie.
Une seule jeune fille dit qu'elle essaierait. Elle pleure « de si bon cœur » que les larmes arrivent en peu de temps presque jusqu'au bord de l'urne : il ne s'en faut que de l'épaisseur d'un ongle. Mais la voilà prise d'un sommeil invincible. Pendant qu'elle dort, arrive une autre jeune fille, « laide comme les dettes » (nous avons déjà rencontré dans un conte sicilien cette originale expression). Elle fait tous ses efforts pour pleurer afin d'achever de remplir l'urne ; mais les larmes ne viennent pas. Alors elle se frotte les yeux avec un oignon (le trait n'est pas mauvais), et le vase se remplit, et le roi se lève de son cercueil.
La fin de ce conte abruzzien est un emprunt assez maladroit au groupe de contes dont nous avons parlé à l'occasion de la septième forme d'introduction. Il serait trop long et sans grand intérêt de nous arrêter là-dessus.
(1) A. De Niko, Csi e Costumi ahruzzest, vol. III, Fiahe (Florence, 1883), n" 73.
LE DÉNOUEMENT DES CONTES UU (( l'UINGE EN LKTIIAUGIE )) LES OBJETS MYSTÉUIEUX ET LES l'LAINTES DE l/llÉROÏNE
Oïl se rappelle peul-èlre le déiioueiuciil du premier conle du type (lu Prince en léthargie que nous avons eu à étudier (Revue, igiS, p. 53o ; — tirage à part, p. 99), le conte indien des Milliers d'aiguilles :
Le roi à qui la princesse a rendu la vie, est au moment de partir en voyagfo. 11 demande à la femme esclave qui a supplanté auprès de lui la princesse, et aussi à cette dernière, devenue servante du palais, ce (pTelles désirent qu'il leur rapporte. La fausse libératrice demande de beaux vêtemenis et de beaux bijoux ; la princesse, une « boîte de joyaux du Soleil ». — De cette boîte, quand elle l'ouvre chaque nvdt dans une clairière de la jungle, sortent sept petites poupées, autant de fées, à qui elle raconte son histoire et qui la consolent. — Le roi, averti, assiste, une nuit, à cette scène et il reconnaît ainsi l'imposture de l'esclave.
Dans les contes actuellement publiés, nous ne connaissons pas, pour ce dénouement, de forme absolument identique à celle de ce conte du Bengale. D'ordinaire, ce n'est pas à des personnages merveilleux que l'héroïne raconte ses malheurs ; c'est à des objets mystérieux, manifestant les sentiments d'êtres animés et montrant qu'ils prennent part aux peines dont le récit leur est fait.
Cette forme, apparentée à la première, mais plus bizarre, est très probablement, elle aussi, indienne d'origine ; car nous la rencontrons à la fois dans plusieurs des régions où les grands courants historiques, partant de l'Inde et passant par la Perse, ont charrié une masse de contes hindous : en Turquie, dans l'Arabie du Sud, en Egypte et sur la côte barbaresque.
Les contes de ces régions et les contes européens que nous aurons à citer, ne présentent pas tous le thème du Prince en léthargie ; mais ils ont tous un lien avec ce thème, ainsi qu'on le verra.
Commençons par les contes orientaux, et d'abord par les deux contes, un conte turc de Constantinople et un conte arabe d'Egypte, qui donnent bien le thème du Prince en léthargie (Voir la Seconde
— loo —
forme d'introduction, la Prédiction menaçante de l'oiseau, Revue, igiS, p. 544 ; tirage à part, p. iio).
Dans le conte turc, — oià l'héi-oïne, supplantée par une négresse auprès du Bey, réveillé par elle de sa léthargie, est reléguée à la cuisine, — le Bey, qui va partir en voyage, demande, et à la négresse, qu'il s'est cru obligé d'épouser, et à la servante (l'héroïne), ce qu'elles désirent qu'il leur rapporte. La négresse demande de beaux vêtements ; l'héroïne, (c la pierre de patience » et « le couteau de patience ».
Quand l'héroïne a ces objets mystérieux, que le Bey, après de longues périgrinations, a fini par recevoir d'un personnage extraordinaire (un nègre, surgissant brusquement d'ime fontaine), elle se met à leur raconter de point en point son histoire. Et la pierre se gonfle, se gonfle, et elle semble « bouillonner », comme s'il y avait de la vie en elle ; à la fin, elle éclate. Alors, la jeune fille prend le couteau et s'écrie : « O pierre de patience, tu es une pierre, et pourtant tu n'as pu supporter cela. Et moi, pauvre fille, je le supporterais ! » Au moment où elle va se plonger le couteau dans le sein, le Bey, qui s'est caché pour écouter, se précipite et lui saisit la main. Et il la reconnaît pour celle qu'il devait épouser.
Dans le conte arabe d'Egypte, ce que la vraie libératrice, la (( Princesse Tcherkesse », emprisonnée sur le faux rapport de la tzigane, se fait rapporter par le prince, c'est « la boîte de la patience, la boîte de la douleur et le sabre avide de sang ».
La princesse leur dit : « O boîtes de la patience et de la douleur, donnez-moi la patience pour supporter ma douleur ! » Puis elle leur raconte ses infortunes. Qtiand elle a fini, la boîte de la patience lui dit: « O ma princesse, tu dis la vérité ; ton père est un roi régnant et chacune de tes paroles vaut mille dinars. » La jeune fille reprend : « O boîte de la patience, donne-moi la patience ! ô sabre avide de sang, tranche-moi la tête ! » Le sabre se lève ; mais le prince, qui est aux écoutes derrière la porte, l'arrête.
Voici maintenant les cinq autres contes orientaux qui ont ce même dénouement : un conte turcd'Ada-Kaleh, un conte mehri de l'Arabie du Sud, un second conte arabe d'Egypte, un conte arabe de Blida et un conte kabyle du Djurdjura. Nous avons déjà rencontré tous ces contes dans notre étude sur la troisième forme d'introduction au thème du Prince en léthargie (Le Maître d'école ogre. Revue, iot3, p. 547 seq. ; tir. à part, p. ii3 seq.), et nous avons constaté que cette forme si particulière d'introduction, ce sont eux qui la possèdent à l'état pur.
Persécutée sans relâche par un personnage étrange, l'héroïne de ce groupe de contes, devenue femme d'un prince, se voit enlever
successivement par son ennemi ses enfants nouveau-nés, et elle est accusée d'être une ogresse. Le prince, qui l'a emprisonnée ou réduite à la plus basse condition, lui demande, là aussi, ce qu'il doit lui rapporter d'un voyage qu'il va faire.
Le conte turc d'Ada-Kaleh, de ce type, donne le dénouement à peu près comme le conte turc de Constantinople, ci-dessus, du type du Prince en léthargie.
Dans le conte mehri de l'Arabie du Sud, — qui, nous l'avons dit en son lieu (Revue, iqiS, p. 548 ; tir. à part, p. iih), est, pour l'ensemble, à peu près identique au conte turc d'Ada-Kaleh, — l'héroïne a demandé au fils du sultan une tasse, un noyau (Kern) et un couteau.
Elle met le noyau dans la tasse et dit : « Le cadi a dévoré mon père, et j'ai eu patience ; prends part à ma patience, ô noyau! » Et ainsi de suite, pour tous les événements de son existence. A la fin, le noyau se gonfle, et il est au moment de la tuer en éclatant, quand le fils du sultan intervient.
Dans le second conte arabe d'Egypte, les objets auxquels l'héroïne raconte ses chagrins sont « la boîte de l'amertume » et « la coupe d'aloès ». Quand l'héroïne leur demande si elle a dit la vérité, ils se brisent. En même temps, le mur de la chambre s'ouvre et le maître d'école persécuteur apparaît, ramenant à la jeune femme les trois enfants qu'il lui avait enlevés.
Dans le conte arabe de BHda {Revue, 191 3, p. 55o ; tirage à part, p. 116) (i), c'est un sabre et un plat de bois (à couscous) que la jeune femme a demandés à son mari. Elle dresse le sabre contre le mur ; puis, élevant le plat à la hauteur de sa bouche, elle parle dans le creux et fait son récit. Et le plat s'élargit, s'élargit, si bien que la chambre devient trop étroite, et le sabre s'allonge aussi de son côté... Tout à coup le plafond s'ouvre et le Ghoul descend, ramenant les enfants de la princesse ( comparer le second conte arabe d'Egypte).
Enfm, dans le conte kabyle du Djurdjura (Revue, 1918, p. 554 ; tir. à part, p. 120), la jeune fille que l'ange soumet à toute sorte de cruelles épreuves, demande, avant de se marier, à son futur beaupère une « perle d'espérance ». Après avoir raconté toute son histoire à cette perle, elle se la jette dans la bouche pour s'empoisonner ; mais son beau-père accourt et l'empêche de l'avaler.
(1) Dans le renvoi se référant au volume de M. Desparmet, il faut lire p. 353 et non p. 433.
Les contes européens ayant ce dénouement que nous examinerons les premiers, sont deux contes grecs modernes, du type du Prince en léthargie, l'un d'Athènes, l'autre de l'Epire (Seconde forme d'introduction, La Prédiction menaçante de Voiseau, Revue, igiS, p. 542 ; tir. à part, p. 108). Il n'est pas étonnant que les Grecs modernes, auxquels les Turcs ont apporté jadis un si ample approvisionnement de contes, aient, de ce dénouement, une forme très voisine du conte de Constantinople, cité il y a un instant.
Dans le conte d'Athènes, le roi rapporte à l'héroïne, devenue gardeuse d'oies, « la pierre de patience, la corde de pendaison et le couteau de tuerie ».
Après qu'elle a raccmté son histoire à ces objets, l'héroïne dit : « Couteau de tuerie, que me dis-tu de faire ? — Tue-toi. — Corde de pendaison, que me dis-tu de faire ? — Pends-toi. — Pierre de patience, que me dis-tu de faire ? — Sois patiente. — Comment pourrais-je être patiente ? » Et elle va se mettre la corde au cou quand le roi enfonce la porte et l'empêche de se pendre.
Dans le conte épirote, — où le troisième objet est, au lieu de la corde, (( la chandelle qui ne fond pas » — la gardeuse d'oies dit au couteau de lui couper la gorge ; mais la « pierre à aiguiser (Wetzstein) de patience » s'y oppose tant qu'elle peut. Au moment où elle ne peut plus retenir le couteau et où la chandelle s'éteint, intervient le prince.
Dans un conte sicilien, lui aussi du type du Prince en léthargie (Revue, igiS, p. 546 ; tir. à part, p. 112), les objets sont également « la pierre de patience » et le couteau. Pendant que l'héroïne raconte ses peines, la pierre se gonfle, et elle éclate à la fin, comme dans le conte turc de Constantinople (comparer le conte mehri). « 0 pierre de patience, dit la jeune fille, si tu éclates au récit de rues souffrances, je ne veux pas non plus continuer à vivre. » Et elle prend le couteau, mais le prince enfonce la porte et lui saisit la main.
Le conte espagnol, étudié un peu plus haut, a d'autres objets, « une pierre dure, dure, et un rameau d'amertume », una piedra dura dura y un ramito de amargura (comparer la a boîte de l'amertume » du second conte arabe d'Egypte). A chaque question de l'héroïne : « Te souviens- tu de ceci, de cela ? » la pierre répond : « Oui, je m'en souviens. )> A la dernière réponse, l'héroïne dit : a Alors,
si tous mes sacrifices ont été inutiles et que le roi se marie à une autre, que me reste-t-il, si ce n'est à mourir ? » Et elle est au moment de prendre le rameau d'amertume « pour se tuer », per niatarse (est-ce en d'empoisonnant, comme veut faire l'héroïne du conte kabyle ?). « Tu ne mourras pas, crie le roi qui accourt ; tu es ma vraie femme. »
Dans un conte dalmate (Revue, igil\, p. 98 ; tir. à p., p. 122), les objets sont « la pierre de la passion et le couteau qui perce ». la piera de la passion e'I cortelo che ponze. La pierre seule joue un rôle en disant de ce que raconte l'héro'ine : a Oui, c'est la vérité ».
Les deux contes d'Angola, que nous avons ci-dessus rapprochés du conte espagnol, ont multiplié les objets, qui se nomment « lampe, allume-toi » (comparer la chandelle du conte épirote), « rasoir, aiguise-toi », (( ciseaux, coupez de vous-mêmes », (( pierre, diseuse de vérité ». Le second conte ajoute une chaîne qui se suspend d'elle-même pour pendre l'héroïne en même temps que le rasoir va lui couper la gorge, et des poupées qui, à ce moment critique, se saisissent de ces objets.
Un conte inséré, au commencement du x\if siècle, par Basile, dans son Pentamerone napolitain (n° 18), rattache ce même dénouement à un autre corps de récit :
Une jeune fille, qui se trouve dans la maison d'un baron, son oncle, sans que celui-ci connaisse son origine, est persécutée par la femme de ce baron, qui fait d'elle une servante de cuisine. Partant un jour pour la foire, le baron demande à ses gens ce qu'il faut leur rapporter. La servante de cuisine demande une poupée (comparer le second conte d'Angole et aussi le conte indien des Milliers d'aiguilles, avec ses poupées qui sont autant de fées), un couteau et un morceau de pierre ponce. C'est à la poupée qu'elle raconte son histoire : « Si tu ne me réponds pas, dit-elle en aiguisant le couteau sur la pierre ponce, je me tue avec ce couteau. » Après quoi, la poupée s'enfle « comme une cornemuse » et répond qu'elle a bien entendu. Cette scène se renouvelle plusieurs jours de suite, et finalement l'héroïne va se tuer, quand le baron, qui a tout entendu, lui arrache le couteau des mains.
Un trait est à relever dans les contes orientaux et européens qui présentent ce dénouement. Le prince, en voyage, se trouve dans l'impossibilité de regagner son pays, s'il ne rapporte pas les objets demandés par l'héroïne ; ou, sur mer, son vaisseau ne peut avancer ; ou, sur terre, sa marche est arrêtée, soit par un orage, soit par un fleuve infranchissable.
Nous jetterons un simple coup d'œil sur un autre groupe de contes, qui est du type de la Fiancée oubliée et dont le dénouement n'est pas sans affinité avec celui qui vient de nous occuper.
Au cours de ces Monographies {Revue, igi'6, pp. Sgg-AoS ; tir. à part, pp. 85-91) nous avons rencontré ce type de la Fiancée oubliée : un prince, qui est tombé entre les mains d'une magicienne, est sauvé, à plusieurs reprises, par la fille de celle-ci, et il doit l'épouser ; mais, par suite d'une infraction involontaire à une défense qu'elle lui a faite, il oublie complètement sa libératrice.
Ce thème, on le voit, est différent, sur un point important, du thème du Prince en léthargie, où le prince n'a jamais connu celle qui l'a délivré, et où il s'agit de lui apprendre, de lui révéler qui elle est. Dans le thème de la Fiancée oubliée, il s'agit de la rappeler à son souvenir. Mais, — ce qui est curieux, — dans des contes de la Fiancée oubliée, comme dans les contes du Prince en léthargie. figurent les objets merveilleux et aussi le récit des peines de l'he roïne, entendu par le prince. Seulement, ce sont les objets euxmêmes qui fonl ce récit et qui sont les interprètes des doléances de la délaissée.
Ainsi, dans un conte sicilien (Gonzenbach, n" 55), l'héroïne ouvre le livre de magie qu'elle a dérobé à sa mère, et elle se souhaite deux poupées, un garçonnet, qui joue du violon, et une fillette, qui chante. Les deux poupées, achetées par le prince, sont mises par celui-ci sur la table pendant un grand festin, et elles dialoguent entre elles, la fillette racontant comme siennes les aventures de l'héroïne et demandant au garçonnet s'il se souvient. A la fin, la mémoire revient au prince ; il court se jeter aux pieds de l'héioïne en lui demandant pardon.
Dans un autre conte sicilien (Pitre, n° i3), le dialogue a lieu entre deux colombes enchantées, que l'héroïne charge de jouer, l'une son rôle à elle, en racontant son histoire, l'autre le rôle du prince en répondant, à chaque question relative à cette histoire, qu'il s'en souvient (i).
En comparant ce dénouement avec le dénouement de certains contes indiens que nous avons cités plus haut (Revue, igiS, pp. Sgô-
(1) Ce trait des colombes (parfois un coq et une poule) a été sommairement étudié par Reinhold Kœhler à propos d'un conte écossais de la collection Campbell Kleinere Schril'ten, I, p. 172.
397 • ^i'"- '^ part, pp. 82-83), on sera, croyons-nous, porté à penser que, dans la forme primitive, les deux oiseaux n'étaient autres que l'héroïne elle-même transformée.
Dans les contes indiens en question, l'héroïne, une parî (sorte de fée), fiancée d'un prince, est poursuivie implacablement par une ennemie qui s'est substituée à elle auprès d'un prince (nous sommes ici dans le thème de la Fiancée substituée, très voisin du thème de la Fiancée oubliée). Finalement, à l'instigation de cette ennemie, la parî est conduite dans la jungle, où elle doit être mise à mort. Grâce à son pouvoir magique, son corps, membre par membre, devient les diverses parties d'un magnifique palais, et ses yeux deviennent deux oiseaux. Le prince, passant un jour par là, entend les deux oiseaux converser ensemble, et l'un raconter une histoire qui est l'histoire de la parî et de la femme qui s'est substituée à elle.
Les deux oiseaux enchantés des contes européens, que l'héroïne magicienne charge de raconter son histoire devant le prince, ne seraient-il pas un souvenir affaibli de ces oiseaux des contes indiens en qui a passé la vie de l'héroïne et par lesquels l'héroïn.e parle en réalité elle-même (i)?
(1) Pui^qu'en voici l'occasion, nous nous perraellrons de C( m pic 1er ici des rapprochemenlsque nous avons faits autrefois à propos de ces étranges contes indiens où l'héroïne se transforme, membre par membre {Les Mongols, etc. Revue, 1912 p. 520 : tirage à part, p 100). — Dans un conte du Bengale, une femme se fait couper en deux, et aussitôt ses jambes deviennent le tronc d'un arbre d'aigeiit: ses bras des branches d'or ; ses mains, des feuilles de diamant ; tous ses ornements, des perles, et sa tète, un paon, dansant dans les branches et mangeant les perles. — Dans le travail auquel nous renvoyons, nous rapprochions de ce conte indien un conte turc de Constanlinople, où un vieux dev (sorte de génie) se l'ait arracher successivement les bras, les pieds, la tète : les bras deviennent deux arbres de diamant ; les pieds, deux escabeaux d'or ; la tète, un lit sans pareil au monde ; le tronc, un magnifique tapis. Le tout, pour meubler splendidement la chambre de la fille adoptive du dev Ainsi, ajoutions-nous, cette transformation, membre par membre, des contes indiens, « les Turcs, qui ne sont pas des Européens, n'ont pas fait difficulté de l'accepter ». Si, au moment où nous écrivions ces lignes, nous nous étions rappelé certain conte sicilien (le conte même n° oM de la collection Gonzeubach dont nous venons de citer un passage), nous aurions un peu modifié cette réflexion. Les Siciliens sont des Européens, et voici comment se termine le conte sicilien en question : Le prince ayant recouvré la mémoire et dit qu'il épousera la vraie fiancée, celle-ci, pour rentrer en amitié avec la magicienne sa mère, l'invite aux noces. La magicienne, dont la colère est passée, arrive, et elle dit à son futur gendre : « Ce soir, je viendrai dans cette chambre ; alors, il faudra que vous me coupiez la tète et que vous la pendiez au plafond. Vous me couperez ensuite les quatre membres, que vous mettrez dans les quatre coins ; quant à mon tronc, vous le hacherez en petits morceaux, que vous éparpillerez dans la chambre, k Le prince va trouver sa fiancée et lui dit ce qui lui a été ordonné. " Sois sans crainte répond-elle : ma mère est une si puissante magicienne, que cela ne peut lui faire du mal. » Le soir donc, après avoir pris congé de sa fille, la magicienne entre dans la chambre, et le prince fait ce qui lui a été
APRÈS l'Épingle dans la chair, l'épingle dans les vêtements.
LE LIBÉRATEUR ENDORMI ET LA TRIPLE APPARITIQN DE LA PRINCESSE DÉLIVRÉE.
Dans le groupe important de contes qui va suivre, il s'agit encore, comme dans les contes précédents, de délivrer d'un enchantement un personnage princier. Ici encore, le mariage est promis à qui réussira dans l'entreprise, et une circonstance fortuite, — la même, — un malencontreux sommeil, vient empêcher l'exécution de cet engagement.
Nous retrouverons également dans ce groupe l'épingle enchantée, l'épingle qui endort, avec cette particularité, qu'il suffit de l'enfoncer dans les vêtements de la personne à endormir, et non plus dans sa chair.
Mais, sur ce plan général, a été construit un récit ayant son individualité bien marquée. Et d'abord, le personnage à délivrer n'est plus un personnage masculin, un prince, comme dans les contes précédents ; c'est une princesse, et, au lieu d'une libératrice, intervient un libérateur. De plus, l'épingle magique n'est absolument pour rien dans l'enchantement de la princesse à délivrer ; c'est à un autre endroit du conte, dans la partie centrale, que cette épingle opère, et cela en produisant le sommeil intem-
commandé. « Et quand, le lendemain matin, il rentra dans la chambre, dit le conte sicilien, il A'it une telle magnificence qu'il en resta tout ébloui. A la place de la tète de la magicienne était suspendue une superbe couronne d'or ; quant aux membres et au tronc, ils étaient devenus des monceaux d"or et de pierreries. C'était là le cadeau de mariage que la magicienne faisait à sa fille. » — Voilà certes un épisode apparenté à l'épisode du conte turc et qui n'est guère moins étrange que cet épisode et que l'épisode du conte indien. Et pourtant, nous le répétons, les Siciliens sont des Européens. Mais, pendant plus de deux siècles à partir de 827), les Siciliens ont été sous la domination des Arabes d'Afrique, ol les relations entre conciuérants et conquis, telles qu'elles paraissent avoir existé en temps ordinaire, ne rendent nullement invraisemblable que les ( onquérants aient importé d'Afrique en Sicile leurs contes orientaux, comme ils y ont introduit de nouvelles plantes, telles que la canne à sucre. (Voir sur les Arîibes en Sicile, un remarquable expusè de Mgr Umberto Benigni dans la Catliolic Lacyclopsedia. de JVew-York, vol. .Xlll, 1913, v .S'/ci///)
pestif (jui brusqueiiuMil aiiéanlit, pour le libéralour, Je Iruil dfr soulïrances inouïes.
Donnons une idée un peu précise de ce type de conte : Pour délivrer une princesse d'un enchantement, le héros supporte, sans proférer une paro](>, trois nuils d'affreuses tortures, que lui font subir des êtres malfaisants (magiciens ou autres).' La princesse dit alors à son libérateur qu'elle viendra le prendre, à tel endroit, à tel moment, pour l'emmener dans le royaume où elle l'épousera. Mais, quand elle arrive au lieu du rendez-vous, elle trouve son fiancé endormi : la main d'une ennemie a enfoncé dans les vêtements de celui-ci une épingle magique, qui l'a plongé dans une sorte de sommeil léthargique ; la princesse ne peut le réveiller. Les choses se passent de même les deux jours suivants, et la princesse part en laissant au héros un écrit l'invitant à aller la rejoindre dans son royaume, où il n'arrive qu'après mille peines.
Quelques détails maintenant.
Dans ce groupe de contes, le héros, celui qui délivrera la princesse, est le plus souvent un soldat, lequel est presque toujours un soldat déserteur. Nous rencontrons ce trait dans l'Europe du Nord comme dans l'Europe centrale et dans l'Europe méridionale : en Ecosse (comté d'Argyle), comme en Allemagne (Hesse), dans le Tyrol allemand, en Hongrie, en Dalmatie, en Sicile, en Portugal (i).
Dans plusieurs de ces contes, le soldat n'a pas déserté seul ; il arrive au château avec deux compagnons, mais seul il se décide à risquer l'épreuve des tortures qu'exige la délivrance de la princesse.
A cette liste de contes de soldats, il est assez instructif, au point de vue des transformations et déformations folkloriques, d'ajouter encore deux contes qui sembleraient au premier abord n'avoir rien de « militaire ».
w ' w If ^ Innés Folk and Hero Taies from Argyllshire (Londres. 1890). n° 5 ; - .1. TiriZ' Deutsche Hausma-rchen (Gœttingen, 18ol), p. 16;- Zingerle, Kwder-
iolksma-rchen ^PesthiSol), n» 6 : - Riccardo Forster. Fiabe popolari dalmate !4-/.^&sbonne;i8?9fn.T8'' ^* ^^"^°^^ ' ~ ^'^ '°^"''^' ^^nJpopulares por^
Un conte piémontais du Montferrat (i) dit ceci du héors, de celui qui délivrera la princesse :
Une femme avait un fils unique. Les gens l'appelaient Dragon, mais lui ne voulait pas de ce nom. Voyant qu'on ne cessait pas de l'ennuyer ainsi, il résolut de quitter le pays.
Dans un conte basque (2), le futur libérateur, fils d'un roi, a, non plus le sobriquet, mais le nom de Dragon ; c'est un mauvais sujet, qui dépense tout. Il demande à son père sa part d'héritage et s'en va, emmenant un compagnon, qui a été soldat.
Le conte hongrois ci-dessus mentionné dit tout bonnement du héros qu'il sert dans un régiment de « dragons verts ». Evidemment, c'est là, sous sa vraie forme, le trait qui est arrivé, en s'altéarnt, chez les Piémontais et chez les Basques.
D'ovi et comment y est-il arrivé ? c'est ce qu'il n'est guère possible de savoir ni même de conjecturer. La question est loin d'être simple... Si encore les trois contes 011 figure le personnage auquel est appliqué le mot dragon, étaient parfaitement semblables ! Mais non ; malgré l'identité du fond, les différences de détails sont parfois notables. — Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que le personnage qui, dans les premiers contes cités, était un (( soldat », sans autre précision, est devenu quelque part un a dragon », vert ou non, il y a au plus trois cents ans (3), et que ce trait n'a plus été compris, quand il a passé, avec tout le conte, dans certains autres pays-
Ce n'est pas toujours du même enchantement que la princesse est délivrée. Tantôt (dans le conte hessois et dans un second conte hongrois, n° 5 de la collection Gaal-Stier), elle est devenue noire des pieds à la tête, et chacune des trois nuits de tourments supportés par son libérateur la fait, par tiers, redevenir blanche. Tantôt (dans le conte piémontais), elle est retenue dans un puits, avec de l'eau jusqu'au cou, et les trois nuits l'en font progressivement sortir, ou bien (dans le conte basque), elle est enfoncée sous la terre et, après chaque nuit, elle apparaît, d'abord de la tête aux épaules, puis jusqu'aux genoux, puis tout entière.
(1) D. Goraparetti, Novelline populari italiane (Turin 1875), n* 24.
(2) W. Webster, Basque Legends (Londres. 1877), p. 106.
(3) C'est à la fin du xti% en France, que les « dragons » font leur première appa ri tien dans les armées.
Dans lo pioinier des deu\ contes du Tyrol allemand, la princesse est devenue serpent ; dans un des deux contes siciliens, elle a été changée en chèvre, et il en est de même dans deux contes, l'un de la Haute, l'autre de la Basse Bretagne (i); dans un troisième conte sicilien (Gonzenbach, n° 60), elle est (( petite brebis ».
Plusieurs contes ne précisent rien au sujet de la nature de 1' « enchantement I) qui tient la princesse captive dans le château.
Ouant à la manière dont le héros doit s'y prendre pour désertchaitter la princesse, presque partout se rencontrent les trois nuits de tortures.
Nous arrivons à la partie des contes de ce groupe où la princesse trouve endormi, trois fois de suite, son libérateur, qu'elle vient prendre pour l'épouser, et nous allons revoir l'épingle magique qui endort.
Ainsi, dans les deux contes siciliens de la collection Pitre (n° 84 et particulièrement la variante), il est décidé entre la princesse et Giuseppi, son libérateur, que, tel jour, ils se rendront, chacun de son côté, à l'église 011 ils s'épouseront (2).
Giuseppi y va le premier; mais une vieille « qui sait tout » lui enfonce dans la tête une grosse épingle, qui le fait dormir. La princesse, ne pouvant le réveiller, laisse pour lui au sacristain un magnifique mouchoir. Même aventure, les deux jours suivants (le troisième jour le mouchoir est noir). La princesse part alors ix)ur ne plus revenir, laissant une lettre, dans laquelle elle dit à Giuseppi qu'elle l'attendra, dans le royaume de son père, le royaume des Trois Montagnes coinonnées d'or, sept ans, sept mois et sept jours. Les trois mouchoirs servent à Giuseppi pour se faire reconnaître de la princesse, quand il parvient dans ce lointain royaume.
Ici l'épingle magique est encore employée dé la façon que l'on connaît. Dans d'autres contes similaires, le procédé sera moins brutal ; l'épingle sera enfoncée dans les vêtements du libérateur. Il en est ainsi dans le conte piémontais, le second conte hongrois, le
(1) Paul Sébillot, Contes des paysans et des pécheurs, (Paris, 1881), n° 28. — F. M. Luzel, Contes populaires de la Basse-Bretagne (Paris, 1887), t. I, p. 219.
(2) D'ordinaire, la princesse donne à son libérateur rendez-vous non point dans une église, mais à tel endroit (par exemple, près de telle auberge), où elle arrivera
-en carrosse pour remmener dans son royaume, et l'y épouser.
conte écossais du comté d'Argyle, et aussi dans un autre conte écossais (collection Campbell) et dans un conte des Saxons de Transylvanie.
Ce conte saxon de Transylvanie (i) et le conte hongrois, ont ceci de particulier, que la sorcière, qui veut empêcher le mariage du héros, soudoie le valet de celui-ci et lui met en main l'épingle enchantée. — Dans des contes écossais de la collection Campbell (2), c'est le fils de la vieille sorcière qui est chargé par sa mère, soit d'enfoncer l'épingle dans les vêtements du héros, soit (ce qui est plus bizarre), de ficher une certaine pointe dans le chambranle de la porte de l'église où le héros doit se rencontrer avec la princesse pour l'épouser.
Une remarque à faire, c'est que l'épingle enchantée ne figure pas dans la majorité des contes de ce groupe. Plusieurs mettent en oeuvre, pour endormir le héros, un moyen bien plus simple à imaginer, un simple narcotique dans un verre de vin (conte portugais et contes tyroliens mentionnés plus haut; conte de la Basse-Saxe (3). — Ailleurs, c'est une pomme qui endort (conte dalmate, conte basbreton de la collection Luzel, I, p. 198 ; contes écossais, otj la pomme et l'épingle sont employées successivement). Ailleurs encore, le libérateur, à qui il a été ordonné d'être à jeun quand la princesse viendra le prendre, a contrevenu, plus ou moins inconsciemment, à cette prescription ; de là, le sommeil invincible (second conte hongrois, conte basque, contes bas-bretons (A).
Dans quelques versions de notre conte, la princesse, — qui très souvent laisse à l'endormi un billet indiquant le royaume oii il la retrouvera, — lui met, de plus, dans la main ou dans la poche certains objets qui lui permettront de se faire reconnaître d'elle plus tard (anneau, mouchoir), ou qui l'aideront dans son expédition (bourse inépuisable, tabatière qui fait paraître des génies.
(1) J. Haltrich, Deutsche Volksmxrchen ans dem Sachsenlande in Siebenbûrgen (Berlin, 18S6), n°31.
(2) J. F. Campbell, Popular Taies ofthe West Hig hlands (Edimhomg, 1860), n* 44.
(3) G. Schambach et W. H. Mùller, Niedersœchsische Sagen iind Mœrchen (Gôttingen, 1853), p. 2o3.
(4) F. M. Luzel, dans Revue des Traditions populaires, 1888, p. 174 (conte basbreton de Plouaretj. — Voir aussi Luzel, op. cit., p. 218.
comme la lampe d'Aladin). Nous avons vu plus haut les mouchoirs du conte sicilien. Le conte basque, le conte breton de Plouaret ont l'anneau. La bourse se trouve dans le conte hessois ; la tabatière, dans l'un des contes écossais de la collection C.ampbell.
Ce serait nous enirager dans une élude beaucoup trop longue que d'examiner comment le héros parvient au royaume de la princesse, et de démêler, dans la trame de toute cette dernière partie (trame qui n'est point partout la même), les thèmes bien connus dont elle se compose.
Notre conte, avec ses « militaires », a bien pu passer par la caserne, mais il n'y est certainement pas né, et ce ne sera pas sans intérêt qu'on lira un certain conte oriental, qui a été recueilli par M. W. Radloff, dans la Sibérie méridionale, chez des Tatares, (musulmans) de la région de la Tobol (i):
Un jeune liommc, appelé Cliosha Sultan, qui habite avec sa mère, se nourrit, lui et elle, des canards sauvages avixquels il tend des pièges sur le bord d'un lac. Un jour, il prend une cane dorée. « Ne me tue pas, lui dit la cane; je suis la princesse Kara Kys. » Comme il n'en veut rien croire, elle se montre à lui sous sa vraie forme. Elle lui promet, par serment et aussi par écrit, de revenir.
Chosha Sultan la laisse partir et tombe malade d'amour ; il ne veut pas dire à sa mère la cause de son mal. La mère prie un ami du jeune homme de chercher à savoir son secret. L'ami revient et dit : « Il est amoureux d'une jeune fdle, qui doit venir, et nous allons tous les deux l'attendre. )> La mère s'écrie : « Si mon fils s'en va, comment aurai-je de quoi vivre ? je n'ai pas d'autre enfant que lui .» Et elle ajoute : « Quand la jeune fille viendra, enfonce une épingle dans la chemise de mon fils, pendant qu'il dormira ; alors il ne se réveillera pas .» Et la mère donne à l'ami une épingle.
Pendant la nuit, les deux jeunes gens se rendent sur le bord du lac. L'ami de Chosha Sultan dit à celui-ci : « C'est seulement au point du jour que la jeune fille arrivera ; faisons un somme .» Chosha Sultan s 'étant endormi, l'ami lui enfonce l'épingle dans la chemise. Au lever du soleil, apparaît sur le lac un bateau, qui porte la princesse. Elle envoie chercher Chosha Sultan ; mais on ne peut le réveiller. Quand le
(t) \V. Radloff, Proben der VnlkshUeratur der tûrkischen Stxmme Sûd-Sibiriens, <[.. IV ^St. Pétersbourg, 1872), p. o02.
bateau s'éloigne, l'ami enlève l'épingle, et Ghosha Sultan se réveille; il appelle, mais les gens du bateau ne L'entendent pas. Le lendemain, la princesse revient avec deux bateaux ; le surlendemain avec trois, et, chaque fois, l'épingle a endormi Ghosha Sultan d'un sommeil de mort. La princesse, en dernier lieu, essaie elle-même, en vain, de le réveiller. Alors, irritée, elle dit : « Je suis venue vers toi avec trois bateaux ; tu as endurci mon cœur. Je l'ai transformé en une pierre comme un œuf ; la pierre, je l'ai mise dans un canard ; le canard, dans un lièvre ; le lièvre, dans un coffre, et ce coffre, je l'ai mis sous une pierre, grosse comme une maison. Tant que tu n'auras pas pris cet œuf de pierre et que tu ne l'auras pas fait fondre au feu, ma volonté ne s'amollira pas. Vous, gens de mon peuple, ne prononcez pas devant moi le nom de Ghosha Sultan! Gelui qui le fera, je lui couperai la tête .»
A son réveil, voyant fuir les trois bateaux, Ghosha Sultan, désespéré, va dire à sa mère qu'il se met en route jwur chercher « sa femme ». Arrivé dans le pays de Kara Kys, il est hébergé par une bonne vieille, qui lui rapporte les paroles de la princesse au sujet de l'œuf de pierre.
Grâce à l'aide de divers animaux (chèvre, chienne, aigle, poisson), qu'au cours de son voyage il a consenti à ne pas tuer, Ghosha Sultan s'empare de l'œuf : la chèvre, d'un furieux coup de cornes, déplace l'énorme pierre ; la chienne rattrape le lièvre qui s'est enfui, quand le jeune homme a ouvert le coffre ; l'aigle saisit le canard, qui s'est échappé, quand le ventre du lièvre a été ouvert ; enfin, Ghosha Sultan ayant, en se penchant pour boire, laissé tomber l'œuf de pierre dans une rivière, le poisson le rapporte à son bienfaiteur.
Alors la vieille met l'œuf de pierre sur le feu. Quand il est tout à fait fondu, arrive Kara Kys. « Maintenant, dit-elle à Ghosha Sultan, je t'aime .» Elle épouse le jeune homme et lui transmet sa puissance princière.
La dernière partie de ce conte tatare est très singulière : elle adapte au thème de l'épingle qui endort, — pour préciser, au sousthème du sommeil du héros lors de la triple apparition de la princesse, — un autre thème, que l'on ne s'attendait nullement à rencontrer, ainsi combiné. Cet autre thème, à l'état pur, a été également recueilli en Sibérie. Chez les Tatars dits Baraba, établis dans la région de l'Om.aux environs du lac Kargat, se raconte ceci (W. Radloff, op. cit., IV, p. 88) :
Une femme, qui a été enlevée par le prince Tasch Kan, feint de consentir à l'épouser et lui demande où se trouve son âme. « Je vais te le dire, répond Tasch Kan. Sous sept grands peupliers, il y a une fontaine d'or ; il y vient boire sept marais (sorte de cerfs), parmi lesquels il y en a un dont le ventre traîne à terre ; dans ce maral, il y a une cassette d'or ; dans cette cassette d'or, une cassette d'argent ; dans
la cassette d'argent, sept cailles ; l'une a la tôle d'or et le reste du corps d'argent. Cette caille, c'est ma vraie Ame .» Le beau-frère de la femme, venu pour la délivrer, a tout entendu. Il sait ainsi comment il peut tuer Tasch Kan, et il y réussit, en tuant la caille.
Nous renvoyons-, pour ce thème, aux remarques du n° i5 de nos Contes populaires de Lorraine. On y verra notamment (I, p. 178) que le trait des animaux reconnaissants qui, dans le premier conte tatare, aident Choslia Sultan à se saisir de l'œuf de pierre, n'est pas spécial à ce conte.
Dans les contes indiens du type de La Captive alternativement morte et vivante, — on se le rappelle peut-être, — la vie de l'être malfaisant, geôlier de la captive, est cachée dans un animal, caché lui-même dans le corps d'un autre animal, et la captive, par d'adroites paroles, réussit à se faire révéler ce secret, qu'elle livre ensuite à celui qui sera son libérateur (Revue, igiS, p. ig/j et suiv. ; pp. 2o5-2o6 ; — tirage à part, p. 18 et suiv. ; pp. ag-So).
Quant à l'introduction du conte de Chosha Sultan (la princessecane épargnée par le héros et la promesse de mariage), elle se retrouve, ce nous semble, quoique assez obscurcie, dans deux des contes européens sommairement examinés ci-dessus.
Dans le premier conte écossais de la collection Campbell, un jeune chasseur, Jain, veut, trois fois de suite, tirer un chevreuil ; mais, chaque fois, le chevreuil se transforme et lui apparaît sous la forme d'une belle femme. Le chevreuil conduit Jain dans la chaumière d'une vieille et lui dit de se trouver le lendemain à l'église. Suit le sommeil de Jain, produit, ainsi qu'on l'a vu, par la « pointe » magique, et le reste.
Le second conte écossais de la même collection a ceci de particulier, que le chevreuil, la première fois que le chasseur veut le tirer, lui apparaît avec une tête de femme ; la seconde fois, il devient femme jusqu'à mi-corps ; la troisième fois, des pieds à la tête. Il semble qu'il y ait là un souvenir de contes du genre d'un des contes ci-dessus, oià la princesse-serpent redevient femme, d'abord partiellement, puis tout entière, après chacune des nuits de tortures subies par le héros.
Quoi qu'il en soit, l'introduction des deux contes écossais, rapprochée de celle du conte tatare de Sibérie, nous paraît établir l'existence d'un lien entre la forme orientale en question et une des formes européennes de notre conte.
Une autre constatation, tout à tait importante à enregistrer, c'est que le conte tatare de Sibérie a le trait de l'épingle enchantée qu'on enfonce, non point dans la chair de celui que l'on veut endormir, mais dans ses vêtements. Cette ressemblance avec plusieurs des contes européens cités plus haut est déjà trappante ; elle le devient beaucoup plus encore si l'on considère la combinaison dans laquelle entre ce trait, combinaison qui, pour lessentiel, est identique en Sibérie et en Europe (i).
FORME INDIENNE ROMANESQUE, NON MERVEILLEUSE, DU THEME DU SOMMEIL DU HEROS ET DES APPARITIONS DE LA PRINCESSE
A côté de la forme de notre thème, donnée par le conte sibérien, — forme que, comme celle de nos contes européens, on peut appeler héroïque, — l'Orient nous fournit encore, de ce même thème, une forme simplement romanesque, dépouillée de tout merveilleux.
11 y a quelques années, un brahmane de Srînagar (Cachemire), le pandit Sahajabhatta, recueillait dans un village de forêt un long récit, un conte développé, dont il envoyait à M. Johannès Hertel le texte cachemirien, accompagné d'une traduction interlinéaire en sanscrit. C'est de ce (( roman populaire », dont une traduction alle-
(1) Nous fiant à îa traduction allemande de YEddtt par Karl Simrock (9' éd., Stuttgart, 1888. p. 182 , nous avons cru quelque temps que, pourendormirla Vaikyrie Brûnnhilde d'un sommeil qui est un châtiment, le dieu Odin la <• pique de 1 épine f magique] dam son voile (in den Schleier) » La 4" édition (1875-1878) de la Deutsche Afytlwlorjie de Jacques Grimm, donnée par M. Elard Hugo Meyer (t. III, p..1.j3), disait, de même : <i Odin lui enfonce Tépine simplement dans le vêtement (bloss ans Geirand . )> . Malheureusement pour Simrock, pour fîrimni et pour d'autres encore, leur traduction repose sur une fausse interprétation, dans le texte islandais, du mot [eld\, «[elle] abattait, tuait » (allemand /".y/Z/e), que l'on a voulu rapporter au substantif feldr. « peau, étoffe, manteau ". C'e-t ce que le Danois Svend Grundtvig a établi dès 1868 ; le Norvégien Sophus Bugge l'a suivi, et tous les interprèles récents de VEdda traduisent ainsi : « Odin [la] piqua de l'épine, [parce qu' ] elle abattait (tuait) d'autres hommes que ceux qu'il voulait. » — Nous remercions notre ami M. Johannès Boite de nous avoir douné ces renseignements, qui nous ont permis, chose impossible avec Simrock. de nous rendre compte, mot par mot, dans le texte original, des deux vers de VEdda (2i, Fafnismàl, strophe43).
][ Ces lignes ont été écrites avant la r/uerre ; nous n'avons rien à y changer. Quelle que soit notre haine contre l'Etat allenumd, brigand et sophiste, et contre l'odieuse mentnlité créée par lui chez son peuple, noiis n'oublierons jamais ce que nous devons à tels et tels savants allemands, dont l'obligeance à notre égard a été, pendant des années, véritablement inlassable : le patriotisme ne supprime pas la reconnaissance.
mande a été publiée par M. llntcl, (pa' mous ilélachoiis l'épisode suivant {i):
[ Il piiiuc. a\i'c son ami cl (•onscillci-, le Mis du vi/.ir-, est arrivé «{('•LMiisé dans un auliv i(i\aumc, (u'i, Hr,àrr à i'lial)ilclé de son compaj^iion, il réussira à enlever la lil|i' du roi, (pii deviendra sa femme.
Le fils du vi/ir .ivaiil su uhlenii de la princesse un rendez-vons ix)ur k> prince, celui-ci attend, la nuit, à lendroit indiqué. La première veille se passe, puis la seconde ; le prince s'endort. Durant la troisième veille, arrive la princesse. Voyant que le prince est plongé dans un profond sonuueil, elle avise un pot de lait qui se trouve ]h, et barbouille de lait les lèvres du ])riiice ; puis, toujours avec le lait, elle fait trois [)oinls sur le front du dormeur ; après quoi elle se retire.
!.(> prince se réveille et va dire au fils du vizir que celui-ci l'a trompé cl que la princesse n'est pas venue. Le fils du vizir lui fait alors remarquer les traces du lail. et, (piand le prince lui en demande l'explication : « Eb ! ])rince, dit-il, si elle t'a barbouillé les lèvres avec du lait, cela veut dire iiue tu en es encore à boire du lait (que tu es un petit enfant), et les tiois taches de lait sur ton front signifient : Je suis veiuie pendant la troisième veille ».
tu second rendez-vous ayant été fixé, le prince s'endort de nouveau eu attendant. Alors la princesse lui met deux noix dans la main gauche et une dans la main droite. Puis elle substitue à l'une des chaiissures du prince une dès siennes. Cette fois encore, le fils du vizir donne au prince l'explication : « L'échange des chaussures, c'a été pour montrer qu'elle est venue. De plus, elle a voulu dire que tu en es encore à jouer avec des noix ».
Un conte tatare de Trariscaucasie, qui a été recueilli dans la province d'Elisavetpol, à mi-chemin entre cette ville et Tiflis, a un épisode tout à fait aapparenté à celui du conte cachemirien (2).
Le tsarévitch Kouch et son ami Aguil, le fils du vizir, sont arrivés dans le pays d'une princesse dont Kouch a vu le portrait et qu'il veut épouser, ou mourir. Ils gagnent à prix d'or leur hôtesse, une vieille femme qui est connue de la princesse et l'envoient auprès de celle-ci. Aux paroles de la vieille, la princesse feint de s'indigner et ordonne de la battre avec des tiges de rosiers. Pendant que les esclaves vont chercher les tiges dans le jardin, la vieille s'enfuit et va faire son rapport aux jeunes étrangers. Aguil dit alors que la princesse a voulu inviter le tsarévitch à venir dans le jardin des rosiers.
La princesse, trouvant le tsarévitch endormi dans ce jardin, s'approche de lui et lui met dans la poche une balle à jouer. Quand le
(1) Zeilsclinfl fies Vereinn fur l'nlkskunde, t XVIII (1908), p. 168 et suiv. 2) Shornik Karkas fXXVI, 3, prit) et sniv.) - Nous devons la connaissance de ce cont.- à notre ami M. Frédéric Psalmon, professeur de langues vivantes, qui a bien voulu nous le traduire du russe.
tsarévitch tire la balle de sa poche, il ne comprend pas. Alors son ami lui dit : « Cette balle signifie que tu es encore à un Age où on joue avec les enfants ».
Dans le passage correspondant d'un conte du livre persan, le Bahar Danush, livre dont la source est évidemment indienne (i), reparaissent les noix du conte cachernirien, glissées dans les plis du vêtement du dormeur, au-dessus de la ceinture (2).
Ainsi, dans cette forme non merveilleuse ni héroïque, mais simplement romanesque, de notre thème, que présentent le conte ca- <:hemirien et les deux contes de l'Asie occidentale, originaires de l'Inde, on peut signaler les points saillants qui caractérisent la partie centrale des contes européens ci-dessus étudiés :
— le rendez-vous à tel endroit, donné par la princesse au héros ;
— le sommeil de celui-ci, pendant l'attente ;
— l'arrivée de la princesse durant ce sommeil ;
— et enfin (car ce n'est nullement un trait insignifiant) les objets (ou l'objet) laissés par la princesse au héros, et qu'elle lui met dans les mains ou dans la poche.
Seulement, dans la forme romanesque, les objets (les noix ou la balle à jouer) prennent une signification ironique, et font de cette iorme romanesque comme une parodie de la forme héroïque.
(1) Ce conte indo-persan est des moins édifiants. Point de princesse qu'un prince veut épouser, mais la femme d'un vizir, laquelle, pendant que son mari est en voyage, clierclie à attirer dans ses filets un certain jeune et bel orfèvre, marié lui aussi. El, — ce dévouement conjugal est peut-être exemplaire dans l'Inde ! — le rôle de l'ami conseiller est joué par la femme légitime de l'orfèvre.
Ace i)ropos, ce trait plus qu'étrange, qui figure aussi dans un conte oral hindou du district de dhazipour {Xo'-lh Indian Notes and Queries, avril 1804, n°22), a été apporté chez les M.iigols avec la traduction ou imitation d'un livre sanscrit {Histoire d'An! ji Bordji K/i(iii, thmii Monr/olisc/ie M,rrc/ien, de B. .lïilg, Innsbruck, 1868, p. 112 et suiv.) : il !i l'Ié introduit également chez les Souahili de l'île de Zanzibar {C. Velten, Mx-rclten and Krza'IUungen der Suahili, Stuttgart, 1898, p 178 et suiv.).
Un conte aral eôes Mille et une A'!<!/.ç (traduction Henning, IV, p. 45 et suiv. ;
pa , . .
pour lui. interprète les signes par lesquels une femme (qui n'est pas ici une femme mariée) lui donne un rendez-vous ; c'est cette même cousine qui explique ce que veulentdire les objets laissés par lafemmeau dormeur l'épisode du sommeil existe •dans le c nte arabel. Après avoir toutfait pour favoriser la passion d'Azis, la jeune fille meurt, le cœur brisé.
(2) Bahar- Danush, Iranslaled from the Persian bij Jonathan .Sco/MShrews bury, 1799 , vol. I, p. lîii et suiv.
LA FORME ROMANESQUE ET LA FORME HÉROÏQUE DU THEME CHEZ LES PRÊCHEURS BOUDDHISTES
Ces divers points saillants vont encore énicrj^er d'nn conte indien, vieux de plus de quinze cents ans, que le bouddhisme a importé en Chine, tout au commencement du v® siècle de notre ère.
Nous croyons avoir eu déjà l'occasion de faire remarquer que, si les écrits bouddhiques sont, pour le folkloriste, une véritable mine de documents précieux, il ne faut pas y chercher une fidélité rigoureuse dans la reproduction des contes traditionnels indiens que les bhikshous, les ascètes bouddhistes, ont pris pour en faire ce que notre moyen-âge appelait des exempla. Il est plus que probable que, dans le cas présent, se proposant de moraliser contre les femmes, ou plutôt contre la jemme en général, ils ont arrangé le conte indien primitif de façon à le rendre absolument scandalisant et à pouvoir, par suite, en tirer un argument à l'appui de leur thèse de la foncière perversité féminine.
Ces observations faites, voici le résumé de ce conte sino-indien, qui a été traduit du sanscrit en chinois entre l'an Z|02 et l'an 4o5 de notre ère (i).
Un jeune pêcheur aperçoit, un jour, la fille "du roi du pays : il en perd le boire et le manger. Sa mère, à qui il a révélé son secret, cherche à se faire bien venir de la fille du roi en lui apportant constamment en présent de gros poissons et de la viande excellente. La fille du roi finit par lui demander ce qu'elle désire. La mère la prie d'éloigner les assistants et lui dit : a J'ai un fils unique, qui vous aime respectueusement ; sa passion est si forte, qu'il en est tombé malade ; sa destinée ne semble plus devoir être longue ; je voudrais que vous lui accordiez une pensée compatissante et que vous lui rendiez la vie .» La fille du roi lui répond : (( Le quinzième jour du mois, qu'il aille se placer derrière la statue du dieu, dans tel sanctuaire .»
Quand le moment est venu, la princesse dit au roi son père : « Je suis sous une infiuence néfaste ; il faut que j'aille dans le sanctuaire du dieu pour y demander un bonheur propice .» Le roi y ayant con-
(1) Ed. Chavannes, op. cil , n° W2. — Pour la date de la traduction, voir t. III p. 283, note.
senti, elle sort avec un cortège de cinq cents chars et se rend au temple du dieu, où elle entre seule.
Nous transcrivons littéralement la suite :
Cependant le dieu fit cette réflexion : « Cette chose est inconvenante (sic) ; ce roi est mon bienfaiteur ; je ne saurais permettre que cet homme de peu déshonore sa fille ». Aussitôt il accabla de fatigue cet homme et le fit s'endormir sans qu'il pût se réveiller. Quand la fille du roi fut entrée et qu'elle eut vu qu'il dormait, elle le secoua à plusieurs reprises, sans parvenir à lui faire reprendre ses sens ; alors elle lui laissa un collier d'une valeur de cent mille onces d'or et partit.
Quand le jeune homme se réveille, il aperçoit le collier, et, s'étant informé, il apprend que la fille du roi est venue, et il meurt « consumé par le feu de la passion ».
Le prêcheur bouddhiste ajoute sentencieusement :
Par cet exemple, on peut savoir que le cœur des femmes ne fait pas de distinction entre ceux qui sont élevés en dignité et ceux qui sont de basse condition, et qu'il se laisse guider seulement par ses désirs sensuels.
Cette réflexion finale, qui donne à tout 1' a exemple » un caractère tendancieux, mettra le lecteur européen sur ses gardes : on se demandera, nous le répétons, si, dans l'intérêt d'une thèse favorite, les bouddhistes n'auraient pas enlevé du récit primitif ce qui pouvait le rendre acceptable, n'y laissant que ce qui, isolé de l'ensemble, aurait quelque chose d'odieux.
Mais, quelles qu'aient pu être ici les manipulations bouddhiques, le conte sino-indien reste un document extrêmement intéressant, d'autant plus qu'il tient à la fois du type romanesque et du type héroïque.
La passion du jeune homme et l'envoi de sa mère à la princesse appartiennent sans conteste au type romanesque. La suite se rapporte à la fois aux deux types, surtout au type héroïque. On y revoit (il faut insister là-dessus), le rendez-vous du héros avec une princesse ; — son sommeil provoqué, imposé par un dieu, comme il est provoqué, imposé par une sorcière dans les contes européens ; — l'arrivée de la princesse avec ses cinq cents chars, que l'Occident, d'imagination plus sobre, réduit à un carrosse (comparer les un, deux, trois bateaux du conte sibérien) ; — les efforts
de la priiK'osst" pour n'-voillcr le n'uiu' homme (encore là un trait du conte sibérien et des contes européens) ; — enfin, l'objet laissé au dormeur, mais non point avec une intention ironique, comme dans les contes du type romanesque, car le collier est presque aussi précieux que la bourse inépuisable d'un des contes européens (le conte hessois).
Tous ces traits, el surtout leur réunion dans un même récit, établissent assurément, entre le conte sino-indien et les contes européens (sans parler des contes cachemirien et autres), non pas une vague analogie, mais une ressemblance qu'on peut dire certaine. Ils témoignent de l'existence dans l'Inde, — dès le iv^ siècle de notre ère, tout au moins (la traduction chinoise est des premières années du V*), — de ce thème du Sommeil du héros et des apparitions de la princesse, dont nous venons d'étudier les ramifications, tant (( romanesques » qu' u héroïques », en Orient et en Occident.