‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 22 sur 92 · MÊME THÈME GÉNÉR.\L AVEC INTRODUCTION DIFFÉRENTE. LE CHAT · texte numérisé non relu

MÊME THÈME GÉNÉR.\L AVEC INTRODUCTION DIFFÉRENTE. LE CHAT

Charrié par le courant indo-persano-arabe, un conte, dont le thème central est à peu près identique au conte indien du Dekkan, est arrivé sur la côte barbaresque, à Tripoli.

L'introduction est toute différente de celle du conte indien :

Un homme cl une femme ont sept fils, et il va naître un nouvel enfant. Les sept fils, en partant à la chasse, disent à leur tante, la femme du frère de leur père : <( Tante, si notre mère a une petite fille, fais-nous signe avec des langes. Si c'est un petit garçon, fais-nous signe avec une faucille, iwur que nous prenions le large.»

La mère met au monde une petite fille ; mais la tante, qui hait les sept frères, leur fait signe avec une faucille. Ils partent donc et vont s'établir au loin.

La petite reçoit le nom d'Udêa (« Petit cauris (i) «). Quand elle est grandelette, il arrive que, dans une dispute avec d'autres jeunes filles, celles-ci lui disent qu'elle est cause du départ de ses sept frères pour un pays lointain. Udêa interroge sa mère et lui déclare qu'elle veut aller à la recherche de ses frères.

L'épisode qui va suivre, et sur lequel nous nous réservons de revenir, est très bizarre :

La mère d'Udêa, n'ayant pas refusé son consentement au départ de sa fille, donne à celle-ci, pour compagnons de voyage, un vieux nègre de la maison, nommé Barka, avec la négresse, sa femme, et Udêa part, montée sur un chameau, au cou duquel la mère a pendu un cauris.

Le second jour du voyage, le nègre dit à Udêa de descendre du chameau et de laisser la négresse monter dessus. Udêa crie : <( Mère ! —

(1) Le coquillage appelé cauris est employé, comme petite monnaie, au Soudae et sur les côtes africaines de l'est et de l'ouest, comme en Extrême-Orient, dans le Siam

Qu'y a-t-il ? répond la mère. — Barka veut me faire descendre du chameau. — Laisse-la tranquille, Barka ! » Mais, le lendemain, la mère nô répond pas, et Udêa doit faire péniblement la route à pied, tandis que la négresse se prélasse sur le chameau.

Quand on arrive près du château des sept frères, Barka enduit de poix Udêa et lui défend d'en rien dire. Les frères, qui reconnaissent le vieux nègre de la maison et sa femme, demandent ce quest « l'autre négresse » : « C'est votre sœur. » Les jeunes gens lui font bon accueil.

Un jour que le frère aîné, la tête appuyée sur les genoux d'Udêa, se fait chercher les poux {sic), il voit une larme tomber des yeux de la jeune fille sur son bras noir et y faire, en enlevant la poix, une tache blanche. La méchanceté du nègre apparaît alors, et les frères le tuent, ainsi que la négresse.

Le récit tripolitain se poursuit ainsi :

Les sept frères, qui vont souvent à la chasse, disent à Udêa : (( Enferme-toi dans le château et prends le chat avec toi. Mais gardetoi de rien manger sans lui faire sa part. Il nous avertira, s'il t'arrive quelque chose; car il sait en quel endroit nous nous tenons, lui et aussi la colombe qui est là, sur la fenêtre. »

Un jour, pendant l'absence de ses frères, partis pour une semaine, Udêa se met à balayer le château et trouve dans les balayures une fève, qu'elle ramasse et mange. Le chat, l'ayant vue, réclame la moitié de la fève. La jeune fille lui offre de lui en faire rôtir autant qu'il voudra. « Non ! c'est la moitié de cette fève-là que je veux. Et, si tu ne me la donnes pas. tu verras! — Va donc, et fais ce qui te plaira.» Le chat court vers le feu allumé dans un réchaud, et l'éteint (i).

Udêa, qui n'a rien pour rallumer son feu, grimpe sur le faîte du château et aperçoit quelque chose qui brûle, bien loin, bien loin. Elle se dirige de ce côté et, arrivée auprès de ce feu, elle voit, blotti là, un ogre, « qui avait étendu une de ses lèvres au-dessus de lui, en guise de couverture, et l'autre en-dessous, en guise de matelas ». Comme Udêa l'a salué du nom de « grand-père », l'ogre lui dit qu'il ne la croquera pas, et lui demande ce qu'elle veut. « Un peu de charbon ardent. — Un petit morceau ou un gros ? Si c'est un gros, tu me donneras une lanière de ta peau, depuis l'oreille jusqu'au pouce ; si c'est un petit, depuis l'oreille jusqu'au petit doigt. » Udèa demande un gros charbon, et, après que l'ogre a taillé la lanière de peau, la jeune fille prend le charbon et s'en va, laissant tout le long du chemin des traces de sang (2).

(1) Le texte dit crûment de quelle façon., physiologique le chat s'y prend pour éteindre le feu (Hess sie ibr Wasser hinein).

(2) On se rappelle le « grain grillé », que la ràkshasi du conte du Dekkan donne à la naïve Sùrya-Bài, pour qu'elle le répande le long du chemin en s'en retournant à la maison.

La nuit, l'ogre suit ces traces et, arrivé au château, il monte jusqu'à la chambre d'en haut, qui est celle d'Udêa, et dans laquelle on ne peut entrer qu'en ouvrant successivement sept portes, six de bois et la dernière, de fer. Il appelle la jeune fille : « O Udêa, qu'est-ce que ton grand-père faisait, quand tu l'as vu ? — Il dormait, dans un beau lit, soie par-dessus, soie par-dessous. » Après quoi, l'ogre enfonce une porte, rit et se retire. Même chose se passe, les nuits suivantes, jusqu'à ce que l'ogre parvienne h la septième porte. Alors Udêa écrit à ses frères et confie la lettre à la colombe, qui part à tire-d'ailes.

Après avoir lu la lettre, les frères retournent en toute hâte à la maison. Ils frappent à la septième porte, la seule qui tienne encore, et se font ouvrir. Informés de ce qui a eu lieu, ils creusent devant le château un grand trou, le remplissent de bois, et, quand le bois, qu'ils ont allumé, est réduit en charbon, ils mettent sur le trou une grande natte. La nuit, l'ogre revient, et il pose à Udêa sa question habituelle. Cette fois, elle répond : « J'ai vu qu'il écorchait un âne et le mangeait, et ses lèvres sont effroyablement grandes. » L'ogre, furieux, fonce sur la porte. Mais les frères sont là, et ils disent à l'ogre de s'asseoir un peu sur la natte. Ce que faisant, l'ogre tombe dans la fournaise ardente, où il est brûlé, chair et os. Mais une de ses griffes saute en l'air, jusque dans la chambre d'Udêa.

Quand Udêa veut balayer sa chambre, la griffe de l'ogre saute en l'air de nouveau et s'enfonce « entre les ongles » de la jeune fille, qui tombe inanimée. Grande désolation des frères, quand ils la trouvent étendue morte. Ils la mettent dans un cercueil, qu'ils chargent sur un chameau, et ils disent au chameau de la porter à leur mère.

Le chameau est arrêté en route par des hommes, dont l'un, remarquant une bague à un des doigts de la jeune fille, veut la prendre. En tirant cette bague, il fait sauter de nouveau la griffe de l'ogre, et la jeune fille revient à la vie. Le chameau la rapporte chez ses frères, et tous retournent ensemble à la maison paternelle.

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