‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 25 sur 92 · UN C( DOUBLE » DU CHAT · texte numérisé non relu

UN C( DOUBLE » DU CHAT

Nous arrivons à un groupe de contes où l'introduction, sans être identique à celle du conte tripolitain, en est voisine et doit être dérivée de ce type d'introduction par altération.

Un conte hongrois fournit le spécimen suivant de cette nouvelle introduction (i).

Un roî, qui a neuf fils, dit à sa femme enceinte que, si le dixième enfant est encore un garçon, il la fera brûler vive, elle et tous les garçons. La reine dit alors à ses fils de se réfugier sur une montagne : si de là ils voient un drapeau noir, c'est qu'un nouveau garçon sera né ;

(1) E. Sklarek, Uiujarische Volksvixrchen (Leipzig, 1901), n° 8.

s'ils voient un drapoau aux couIcmus du pays, l 'enfant sera une fille, et ils }X)vuTont revenir. Une méchante servante arbore le drapeau noir au lieu de l'autre.

Voici tiuintenaiit un citMlt' suisse, de Soleure (i) :

lu roi a sept fils. Il désire tant avoir luie lillc qu'il jiue que, s'il a ce bonheur, il sacrifiera tous ses fils. La reine dit aux princes de se cacher près du ch;Ueau : un drapeau rouge leur annoncera la naissance d'un prince ; un drapeau noir, celle d'une princesse. Quand les princes voient le drapeau noir, ils s'enfuient.

On remarquera que, dans ce conte suisse, il n'y a pas de substitution d'un signe à un autre. Il n'y en a pas davantage dans un conte hessois (Grimm, n° 9), dont l'introduction est altérée : si le roi aux douze fils veut faire périr ceux-ci au cas où son treizième enfant serait une fille, c'est pour qu'elle ait de plus grandes richesses et que le royaume lui appartienne à elle seule.

Un conte de la Haute-Bretagne, recueilli par M. Paul Sébillot, nous arrêtera plus longtemps ; nous y retrouverons notamment la partie centrale du conte tripolitain et des contes italiens (2):

Un homme et une femme ont sept garçons et point de fille. Le mari en est bien fâché, et il dit à sa femme : « Il n'y a ici que ds gars et point de cuisinière : si ton prochain enfant est encore un garçon je tuerai tout à la maison; si c'est une fille, je tuerai les gars. » La mère dit à ses fils : « Si vous voyez une quenouille devant la maison, il faudra vous sauver bien vite; car votre père vous tuerait. » Quelque temps après, ils voient la quenouille, et ils vont tous les sept se réfugier dans la forêt.

On se demandera peut-être pourquoi la mère se donne la peine de mettre devant la maison cette quenouille, puisque, dans tous les cas, les gars doivent être tués... Mais la conteuse bretonne, du village d'Ercé, a raconté les choses telles qu'elles lui avaient été transmises, altérées ou non.

Le père, bien aise d'avoir une fille, lui achète, quand elle commence à grandir, un peigne d'argent. Un jour qu'elle se peigne sur le bord d'un puits, une pie survient, qui prend le peigne dans son bec et se

(t) Sulermeistor. Kinder-imd Hausnhrrciien ans der Schweiz (Aarau, 1869), n" 46.

(2) Paul Sébillot, Contes populaires de la Ilaulc-Bretagne, 2' série (1881), 11° 27

bis. .

met à fuir en sautillant. La petite fille court après elle et finit par arriver à la maison où demeurent ses frères, et où elle trouve son peigne, que la pie a laissé tomber par le tuyau de la cheminée.

Voilà bien, à lextrémité occidentale de la France, l'épisode de l'oiseau voleur que nous avons rencontré au bout de la péninsule italienne.

La petite fille une fois installée avec ses frères, ceux-ci lui disent de bien soigner leur petit chien et de lui donner à manger de tout ce qu'elle aura; car c'est le petit chien qui va chercher du feu chez un Sarrasin (ogre), et ce Sarrasin dévorerait la petite, s'il la voyait.

Un jour, la petite fille mange une noix et n'en donne pas au chien. Le feu s'éteint, et le chien ne vevit pas, comme d'habitude, en aller chercher chez le Sarrasin. La petite fille est obligée d'y aller à sa place.

Arrivée chez le Sarrasin, elle est protégée par la femme, « qui n'était point sarrasine », et le Sarrasin consent à ne pas la manger, à la condHion que, tous les matins, elle lui apportera son doigt à sucer. Les frères, s 'apercevant que la petite dépérit de jour en jour, la questionnent. Le Sgirrasin est tuéj et sa femme l'enterre dans un coin de son jardin. Sur sa fosse, poussent d'énormes poireaux. La petite fille en met, un jour, dans la soupe, et ses frères « tournent en Sarrasins ».

Le conte finit là, et l'on ne voit pas que la sœur, — qui « reste à vivre avec la veuve du Sarrasin », — • se préoccupe le moins du monde de la délivrance de ses frères.

Il en est tout autrement dans un autre conte de la Haute- Bretagne (P. Sébillot, op. cit., n° 27), beaucouj) plus défectueux pour l'ensemble, mais qui a bien conservé cette dernière partie.

L' « homme sauvage », qui vient (pas d'explication) sucer le sang de la petite sœur « par-dessous la porte », est tué par l'aîné des frères et enterré dans le jardin : un bel arbre pousse à cette place. La petite fille prend, un jour, des feuilles de cet arbre et les met dans la soupe de ses frères ; aussitôt, ils sont « enmorphosés » en cerfs. Ils disent à leur sœur qu'au bout de quatre ans ils reviendront : « Et, si tu nous mets à chacun un mouchoir blanc sur les cornes, nous reprendrons aussitôt notre première forme. » La sœur les attend et les délivre.

Du reste, dans tous les contes, — même différents de ceux de ce groupe, ^-<3Ù un enchantement transforme les frères en animaux, leur petite sœur, quand elle a grandi, se met à leur recherche et parvient à les délivrer (Voir les remarques de MM. Boite et Polivka sur les n°' 9, 2.5 et 49 de Grimm).

Nous n'avons pas besoin de souligner ce qu'ont de curieux les altérations de l'épisode du « petit chien », ce double du « chat ».

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