‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 26 sur 92 · III · texte numérisé non relu

III

DEUX CO^JTES FRANÇAIS INEDITS

Les deux contes inédits du Velay, dont nous allons parler, nous ont été envoyés jadis, par un folkloriste, collaborateur de la Romania et de Mélusine, feu M. Victor Smith. Ni l'un ni l'autre de ces contes n'ont été rédigés par M. Smith, d'après des notes prises au cours d'une narration orale. Les manuscrits, que nous avons sous les yeux, sont de la main des conteuses elles-mêmes, main très inexpérimentée.

Tout, dans ces deux contes, est fruste et souvent altéré, l'introduction surtout. Dans ce récit plus qu'obscur, il s'agit d'une femme qui avait deux petits garçons et « ne les voulait pas », et qui (( ne voulait qu'une petite ». Elle « va en chercher une » (sic), et « ses petits vont au bois ». Elle dit à l'un que, « s'il y a un bâton à la fenêtre, il ne faudra pas rentrer ». Etc.

Personne, assurément, sans être familier avec les contes similaires, ne devinera, sous ces déformations, les deux traits constitutifs du thème de cette introduction : le mécontentement du père (et non de la mère) de n'avoir que des garçons, et le signe indicateur du sexe de l'enfant qui vient de naître, arboré par ordre de la mère.

Mais, si informes que soient nos deux contes, ils ont leur petite importance. D'abord, ils posent un jalon indiquant une des routes suivies par ce type de conte vers l'Occident, jusqu'en Bretagne. De plus, ils nous montrent, une fois de plus, qu'il ne faut pas se hâter de croire que tel épisode caractérisé, faisant partie d'un conte de tel pays et jusqu'à présent unique en son genre dans les recueils, ne se retrouvera pas dans d'autres pays : ainsi, un certain épisode, qui pouvait sembler la propriété exclusive du conte du Montferrat, figure, — et mieux motivé, — dans les deux contes français du Velay.

Cet épisode du conte italien, que nous avions laissé de côté à dessein, le moment est venu de le donner dans son texte :

La vieille sorcière ayant été tuée par les frères de la jeime fille, il advint que celle-ci, un jour, alla chercher de l'eau à une fontaine ;

elle y trouva une vieille qui voulut lui vendre des écuelles (scodelle) blanches ; "mais la jeune fille no voulait rien entendre, parce qxi'elle n'avait pas d'argent. La vieille fit tant, que la jeune fille en accepta une en présent et l'emporta à la maison. Arrivèrent les frères, qui revenaient du travail et avaient soif. Et à peine eurent-ils bu dans cette écuelle, qu'ils devinrent autant de bœufs...

Qu'est-ce que cette vieille, qui donne à la jeune fille l'écuelle magique ? Evidemment, c'est la sorcière, revenue à la vie. Mais comment elle y est revenue, c'est ce que ne dit pas le conte du Montferrat. L'un des deux contes du Velay (conte B) présente beaucoup mieux les choses.

Il convient d'abord de faire remarquer qu'au Velay comme au Montferrat, l'épisode du Chat n'existe pas. La seule recommandation faite par les frères à leur sœur, c'est de ne pas aller chercher de feu dans une maison voisine, oii habitent des « sorciers » ou (( sorcières » (Velay A, Montferrat), « du mauvais monde » (Velay

Dans le conte B, la petite fille, étant en retard pour faire la soupe de ses frères, va chercher du feu dans la maison défendue.

Elle y trouva une femme, qui lui dit : « Qu'as-tu fait, ma fille, de venir ici ? Mon mari te mangera. — Mais il ne le saura pas. — C'est qu'il le sent. » Quand l'homme rentra au logis, il dit : « Je sens la chair chrétienne. — Personne n'est venu. — Je sens la chair chrélicnne. — Que crois-tu que ce soit? C'est cette petite, qui est venue chercher du feti. »

A midi, l'homme alla vers la petite : « Donne-moi ton petit doigt ». Et il en tirait du sang.

L'un des frères ayant réussi à le tuer, la femme « monte de làbas » et dit à la petite : « Voulez-vous acheter a trois gamelles en or » ((( trois écuelles en or », conte A) ? La petite les achète. Quand ses frères viennent manger la soupe qu'elle a servie dans les trois gamelles, à la première cuillerée ils sont u tournés en bœufs ».

C'est bien là, on le voit, l'épisode du conte du Montferrat, mais s 'enchaînant bien à ce qui précède : la femme veut venger son mari par un tour de sa façon.

Parmi les contes de ce type que nous connaissons, les contes du Montferrat et du Velay sont les seuls, nous l'avons déjà dit, qui substituent cet épisode des « écuelles » magiques à celui oïl l'être

malfaisant se survit dans une plante pour transformer les jeunes gens en animaux.

Quant au changement en bœufs, nous ne l'avons rencontré jusqu'à présent, — en dehors du Montferrat et du Velay, — qu'à Malte et dans le pays basque (à Saint- Jean-Pied-de-Port) (i). 11 se trouve aussi en Abyssinie, dans un conte qui n'est (pic partiellement du type examiné ici, mais qui, chose intéressante, a le trait de VcpirKjle qui fransjoniH' (2).

Un enchanteur enfonce des aiguilles magiques dans la tête de sept frères, qui deviennent des taureaux. Leur sœur les conduit au pâturage. Des hommes les ayant tués, la jeime fdle rassemble leurs os et les enterre ; et à cet endroit, croissent sept palmiers (3).

La dernière partie de nos contes du Yelay est peu intéressante :

Pendant que la jeune fille est à garder ses bœufs dans un pré derrière la maison, vient à passer un « bourgeois », qui lui demande si elle ne veut pas « se louer » [comme servante] (se marier avec lui, conte B). Après avoir d'abord refusé, elle y consent, mais en disant qu'il lui faudra passer les nuits avec ses bœufs. Le bourgeois lui ayant demandé pourquoi, elle raconte toute l'histoire. Le bourgeois, alors, fait chauffer le four, et, la sorcière étant venue apporter sa miche à cuire, il lui ordonne de « remettre les bœufs en garçons » ; sinon, il la fera brûler dans le four. Elle fait quelques « simagrées », et les bœufs « reviennent en garçons ». Ceux-ci jettent la sorcière dans le four ardent.

Dans le conte du Montferrat, la jeune fille est épousée, non point par un « bourgeois », mais par un (( fils du prince )), après que d'abord elle a refusé, à cause de ses frères les bœufs. — Dans ce même conte aussi, la sorcière est finalement brûlée ; mais auparavant elle avait réussi à se substituer auprès du prince à la jeune femme, dont elle avait pris la forme. Bientôt, du reste, tout se découvre ; la sorcière est jetée dans le feu, et, au fur et à mesure qu'elle brûle, les dix bœufs redeviennent hommes.

(1) Bertha Ilg. Maltesiache Mxrchen, i'" partie (Leipzig, 1906), 11° 38. — W- Webster, Basque Legends (Londres, 1877), p. 187

(2) Léo Reinisch, Die Nuba-Sprache (Vienne, 1879), t. 1, p. 221 et suiv., texte n'8.

(3) Voir, pour les palmiers naissant des ossements enterrés, les remarques de notre conte' de Lorraine n" 23, Le Poirier d'or.

Dans le conte basque mentionné ci-dessus, la dernière partie est du même genre, si ce n'est que, comme dans les contes du Aelay, c'est la sorcière elle-même qui, menacée par le roi d'être jetée dans le four, rend leur forme primitive aux frères métamorphosés en a vaches ».

Ce même conte basque porte, ce nous semble, des traces du thème de la Survivai^ce de l'être malfaisant dans une plante :

En retard pour préparer le souper, la jeune fille va demander du feu dans une maison oîi ses sept frères lui ont défendu de janiais aller. Elle y est très bien accueillie par une femme. Or cette femme est une sorcière, et elle donne à la jeune fdle une poignée d'herbes, en lui disant de les niellrc dans le bain de pieds que les frères prennent tous les soirs : rien, ajoute-t-elle, ne défatigue mieux. La jeune fille le fait ; mais, à peine les frères ont-ils mis les pieds dans le bassin, qu'ils sont changés en vaches.

Ces herbes ne font-elles pas penser au persil qui pousse à l'endroit oii les sept frères du conte abruzzien ont enterré l'ogresse .^

Dans le conte de Malte (i), comme dans le conte basque, la jeune fille épouse un prince, de qui elle a obtenu que ses treize frères les bœufs soient emmenés avec elle dans le palais. — Ce conte est altéré en divers endroits : ainsi, un beau jour, la vieille « se repent » du mal qu'elle a fait aux jeunes gens et leur rend leur forme humaine. Mais les frères la jettent dans une chaudière de poix bouillante.

LE THEME DE (( SNEEWITTCHEiN )) ET L EPISODE DU CI£VT

La disposition, l'ordonnance de ce tra\ail nous a fait réserver jusqu'à présent un conte kabyle qui est très intéressant, malgré une forme actuellement bien délabrée (2). Nous allons ici refaire connais.sance avec un thème déjà rencontré au cours de ces investigations le thème dit de Sneeiuittchen (3) :

(1) Ce conte a éli'' irciieilli dans If ilialccle arabe (fortement mélangé iritalicn) que parle la population des ilesmalt;iises.

(2) J. Rivière, op. cit., p. 215.

(3) Voir Revue, décembre IIHIÎ, p[). !)2y cl siiiv. ; - tir. l^ part, p. '.I.'i et suiv.

Une foninio, belle comme la lune, a une lille plus belle encore. <( O lune 1 (lit la mère, qui de nous deux est la plus belle ? — Moi et toi, répond la lune, nous sommes pareilles ; mais celle qui est au berceau est plus belle que moi cl que toi. « La femme renouvelle son interrogation il diverses reprises, et toujours elle reçoit la même réponse.

Crotte introduction ei?t bien celle de SncewiltcJien ; mais il y manque, du moins expressément, le trait de la jalousie do lu mère (la marâtre, dans plusieurs contes de ce type) à l'égard de sa fille.

Sans transition, le conte kabyle continue ainsi :

Un jour, l'enfant, nommée Tbizourith, prend un peloton de fil et s'amuse à le faire rouler loin de la maison. Une ogresse lui dit : « Si tu ne me l'apportes pas, je te mange, comme je mange les gens du pays où tu te trouves. » La petite court après son peloton et s'égare. Elle arrive à une maison, où habitent six « enfants ». Elle se cache, puis prépare le souper sans être vue. Elle finit par être prise. Le « maître de la maison » (l'un des six « enfants ») l'épouse.

Voyons si, en nous aidant de diverses versions de Sneeiuiltchen et aussi de certains traits folkloriques, nous pourrons rétablir la forme première de ce passage très altéré.

La petite fille est une jeune fille ; poursuivie par la jalousie d'une mère dénaturée, elle erre, fugitive, loin du pays natal. C'est alors qu'elle fait la rencontre d'une ogresse, dont elle gagne V amitié, et cette ogresse lui donne un peloton de fil qui, en roulant, la conduit vers la maison où elle recevra l'hospitalité (i).

Un jour (dans la maison des six « enfants »), Thizourith prend une fève pour la manger. Le chat lui dit : « Donne-moi cette fève ; sinon, j'éteins le feu. — Je t'en donnerai d'autres à poignées, répond Thizourith ; quant à ma fève, je l'ai mangée ». Le chat éteint le feu. Thizourith va chez un ogre et en rapporte du feu.

(i) Jje « peloton de fil « joue le rôle du « petit pain " roulant du conte finnois Ce même peloton sb rencontre dans d'autres contes, notamment dans des contes arabes Voir Victor Chauvin, Biblioqraphie des auteurs arabes. Les Mille et une Nuits, n" 27 et 286), dans un conte hessois (Grimm, n" W). dans un conte polonais (A. Cliodzko, Contes des paysnns et des pâtres slaves, 18(ii, p. 23(3), dans un conte italien de i"Ombrie(Stan. Prato, Quattro novelline popolari livornesi, Spoleto, 1880, p. 36), dans un conte de-s Abruzzcs (De Nino. op. cit., n° 13). — Ailleurs, c'est une « boule >>, notamment dans un conte arabe d'iîsypte (Spitta, op. cit., n° 10, p. 30), où une o.^re.^.se bienveillante dit au liéros de jeter par terre la boule qu'elle lui a donnée, etde marchera lasuite de cetteboulejusqu'àcequ'elles'arrète.

Comment l'épisode du Chat csl-il venu se loger ainsi au beau milieu d'une variante de Sneewitlchen ? La chose est, ce semble, fissez facilement explicable, si l'on constate que le conte tripolitain (et les contes italiens) ont, pour l'allure générale, une certaine analogie avec le conte de Sneewitlchen : ici et là, une jeune fille, au cours de ses pérégrinations, arrive à une maison habitée par plusieurs personnages vivant ensemble (sept nains, sept brigands, par exemple, dans des contes du type de Sneewitlchen ; — les sept frères d'Udêa), et elle reste dans cette maison pour s'occuper du ménage ; ici et là, la jeune fille tombe en léthargie sous l'action d'un objet provenant de quelqu'un qui lui veut du mal, objet ayant parfois, de part et d'autre, une certaine ressemblance (épingle magique de la mauvaise mère ou de la marâtre, dans des variantes de Sneewitlchen ; — griffe de l'ogre, dans le conte tripolitain). Etant donnée cette affinité entre les deux types de conte, il n'est pas étonnant que l'épisode du Chat ait été transporté de l'un dans l'autre.

Continuons l'analvse du conte kabyle :

Chaque jour, pendant l'absence des « enfants », l'ogre vient et pose à Thizourith la môme question : « 0 Thizouritli ! que faisait le vieux Lamara (lui-même, l'ogre) ? » Un jour le mari de Thizourith demande à cellc-ri pourquoi elle a l'air si abattue. Elle lui raconte ce qui se passe, et le mari tue l'ogre d'un coup de fusil.

Dans le conte tripolitain, l'ogre vient aussi, chaque jour, poser une question, invariablement la même, à Udêa ; mais, à chacune de ses visites, il force une des sept portes. Ici, l'on dirait qu'il ne se propose que d'ennuyer Thizourith. Et pourtant, celle-ci en est tout « abattue »... Le récit originaire n'aurait-il pas eu, en cet endroit, un trait dans le genre de ce doigt sucé, causant l'épuisement des forces de l'héroïne, dans des contes résumés plus haut ?

Après cette longue intercalation, le récit kabyle rentre dans le thème de Sneewitlchen :

Thizourith part avec son mari pour aller revoir son père. Sa mère [toujours mortellement jalouse] lui fait donner par ce dernier une pilule d'opium, qui la fait tomber comme morte.

Au lieu de l'enterrer, son mari la met dans une caisse qu'il charge sur un chameau. Le chameau, abandonné à lui-même, arrive chez un sultan, qui ouvre la caisse et aperçoit la pilule d'opium dans la bouche de la jeune femme. Comme il part pour Alger, il dit à ses femmes de

ne pas ouvrir la caisse en son absence. Elles l'ouvrcMit, et il arrive que 1 une d'elles retire la pilule. Thizourith se réveille et se fait conduire auprès du chameau, qui la reporte chez les six « enfants ».

A rapproiiier jiai ticulèreuu ni du conte Iripolitain le trait de la caisse chargée sur \v clKuneau et ce iiui \ient ajjrès.

l.'iNrKODl CTION DKS CONTKS INDIENS (DEkkAN ET II.E DE CEYL.\n) ET I,ES CONTES DE I, 'OCCIDENT

Rappelons brièxeiit.eiil l'iiil roductioa des contes iiulieiis éliidiés ci-dessus.

Dans le conte du Dekkaii, une toute petite lille est enlevée par un aigle à sa mère, ptMidant que celle-ci est endormie sous un arbre. Le couple d'aigles élè\e l'enfant dans son aire, une vraie petite maison. — Dans les contes importés de l'Inde dans l'île d.e Ceylan, l'enfant est née en pleins champs : abandonnée là par ses parents, elle est emportée par des cigognes dans leur caverne.

De ces deux variantes d'un même thème, c'est la seconde, — ou du moins, quelque chose d'analogue, — que nous allons retrouver à l'occident de l'Inde.

FORME ÉTRANGE DU THEME EN .^SIE MINEURE ET K BLIDA. — PARALLÈLE INDIEN.

\oici d'abord un conte provenant de Kassaba, en Asie Mineure (i):

Un homme et une femme n'ont point d'enfants. Un jour, la femme entend crier dans la rue : « Pommes de grossesse {Big-beUy apples) ! » Elle en achète une; mais, au lieu de la manger, elle la pose sur la table. Le mari vient, voit la pomme et la mange. Et voilà qii'im de ses gros orteils enfle, enfle, comme s'il avait une ampoule. Pour aller chez le médecin, il doit passer à travers un fourré, et des ronces lui écorchent le pie<:l. L'ampoule crève, ei, sans que l'homme s'en aperçoive, il en

(1) M. W.-R. Paton, qui a recueilli ce conte à Lesbos, le tenait d'une vieille religieuse grecque, qui, dans sa jeunesse, l'avait entendu racoater à Kassalia (Folktales frorn (lie A.gean, n° IX, dans Folk-Lore, septembre t9(>(l). — Kap?al)a est le nom arabe de la ville appelée en turc Denislii. Cette petite capitale d'un sandjak presque tout musulman i98 "/») est située à'J kilomètres au nord-ouest de l'antique Laodicéa de Phrygie, sur le Lycus.

sort une petite fille. L' « aigle de Dieu » emporte l'enfant dans son aire, sur un haut cyprès, et elle y est nourrie et élevée par l'aigle jusqu'à l'âge de douze ans.

Ici, comme dans le ^ la petite fille enlevée par

l'aigle est née en pleins ciiaiiips, liiiklb dune façon bien autrement singiili'iiv Tl \]\:-l !,:is s,:i!> inl:'irî (j:- \oir .-■! l'Inde, — nous voulons il (résor des contes indiens, — ru u:. iGuiiii, ' pprocher cette étrang'e lvistoii<'.

Sur la- cote occi indienne, dans l'île de Salsette, tout

près de Bombay,, cclic auUe île- à laquelle la rel)( ' Il

a été recueilli un conte qui commence ainsi (i) :

Un jour qu'un ascôlc nicndianl, marié et père de six filles, est à faire sa quête, une femme lui verse dans la main un peu de riz bouillant, qui lui fait lever une grosse ampoule sur le pouce. Rentré dans sa maison, le mendiant di t à sa femme de lui ouvrir l'ampoule. Mais, à peine a-t-elle commencé, qu'elle entend une petite voix crier : <c Père, si tu es poiu- ouvrir, fais bien attention ! » La môme scène se répète plusieurs fois. On ouvre avec précaution, et de l'ampoule sort une petite fille, qui se met à marcher.

C'est bien le même thème baroque, mais obscurci et sans combinaison avec le thème des oiseaux nourriciers et protecteurs. Cette combinaison, nous allons la trouver dans un conte arabe de Blida (2), apporté jadis avec tant d'autres sur la côte barbaresque par un des grands courants historiques, ce courant indo-perso-arabe mainte fois signalé par nous :

Une femme, qui n'a d'autre enfant qu'un fils, se prépare lui « remède » poiu devenir encore mère, et s'en va aux bains. Pendant qu'elle y est, son mari trouve le remède dans une casserole et le mange. Peu de joins après, la femme meurt. — Cependant l'homme voit sa jambe enfler de plus en plus; finalement elle s'ouvre, et il en sort une petite fille. Ne sachant qu'en faire, l'homme la remet à son fils, qui la pose sur un arbre et l'abandonne. Un aigle vient pendant trois ans lui donner la becquée.

(1) Fi)U;lore in Salselle, 11° 8, dans Vfndinn Anliquari/ d'avril 1891. — Voir, sur ce conte, notre travail, déjà cité. Le Lait delà mère et te Coffre /lotlniil (Bévue des Questions historiques, avril l'.)()8, pp. 3()3-3G;>, 417-418 ; —pp. l3-lo, 67-68 du tiré à part). .

(2) .1. r>esparmet. Contes j.ojjulaires sur les Ogres, rerurillis à Rlidii, t\)me 190'J), p. iiO.

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