‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 36 sur 92 · L EPOUX MYSTERIEUX · texte numérisé non relu

L EPOUX MYSTERIEUX

Le thème de V Epouse-fée et l'Enveloppe animale va, si l'on peut parler ainsi, passer du féminin au masculin : l'épouse mystérieuse, qui tantôt dépose et tantôt reprend sa grossière enveloppe, fera place à Vépoujc mystérieux. Dans un groupe considérable de contes de cette nouvelle famille, l'introduction se montrera, elle aussi, apparentée à l'introduction que l'on connaît, mais les rôles des personnages y seront retournés : c'est un futur mari que désignera une cérémonie publique, et non une future femme. D.e plus, le tir à l'arc, exercice ne convenant guère à des princesses, ne reparaîtra pas, du moins en général : nous ne connaissons qu'un conte ayant cette forme d'introduction, un conte turc de Constantinople (Kûnos, n° 5, p. 29) :

Les deux aînées des trois filles d'un padishah font écrire à leur père par leur jeune sœur qu'il est temps de les marier toutes les trois. Le padisliah donne à chacune d'elles une flèche à tirer : là où cette flèche tombera, là il faudra chercher le futur mari. La flèche de l'aînée tombe dans le palais du fds du vizir; celle de la cadette, dans le palais du fds du Scheikh-ul-Islam; celle de la troisième, dans la cabane d'un

garçon de bains; deux fois encore, elle tire, et toujours il en est do même. Elle doit donc épouser le pauvre hère.

Dans le récit, d'un type particulier, que le conte turc juxtapose à son Lancement de flèches, le garçon de bains reste constamment d'une complète insignifiance, et son rôle est absolument nul. Rien des contes qui vont suivre, et qu'il faudra mettre en parallèle avec l.'Epouse-fée et V Enveloppe animale ; rien du héros travesti, qu'on verra cacher sous un misérable accoutrement sa beauté et sa vaillance, comme l'épouse-fée cachait sa splendeur sous la peau d'une guenon ou sous la carapace d'une tortue ; rien surtout du héros qui, dans la forme première, — celle qui correspond bien à la forme féminine, — a, depuis sa naissance, l'apparence d'un animal, et ne se révélera qu'après des années tel qu'il est dans son esc^ence

Nous commencerons, — cela nous paraît préférable, — par l'examen des types adoucis, affaiblis, pour arriver finalement aux types ayant conservé l'étrangeté primitive.

Le conte turc, — nous l'avons dit déjà, — demeure, pour le moment, isolé avec son tir à l'arc. D'ordinaire, les princesses à marier lancent, au lieu de flèches, d'autres objets, parfois des pommes (ainsi que, du reste, le faisaient les princes dans le conte maure d.e la Tortue et dans un des contes arméniens). Et, de plus, elles ne les lancent pas au hasard, mais visent ceux qu'elles désirent pour maris.

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