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CHAPITRE IV

Autres épreuves que celle du feu

T\elati\ement aux épreuves autres que cette épreuve du feu, — laquelle est loin de figurer dans tous les contes de ce genre, — les conteurs ont eu aussi à se demander comment ils feraient intervenir, dans l'intérêt du héros, les personnages à dons extraordinaires.

Certains de ces couleurs n'ont vu à cette intervention, même quand elle substitue ouvertement les doués au héros, aucune difficulté. Témoin ce qu'ils font dire au héros et au roi dans le conte hes-sois déjà cité (Grimm, n° 71), où l'épreuve unique, imposée par

{[, Nous reviendrons snrre type rie conte, dont nous avons donné, plus haut ilievue, 1915, p. 101 ;— p. 285 d'u tiré à part), un spécimen indien.

le ixii à CLMix (lui pii'tiMulont à la main dt> sa fille, est de vaincre celle-ci à la course (.nous aurons à revenir sur cette épieuve). En s'unnonçant au roi, le héros ajoute, conun.e chose toute naluiellc : « Mais je \eu\ laiie courir mon serviteur pour moi (/c/i '<'/'// aber iitrii}cn nicncr ji'ir luich hnijcn /assc/i ). » Et, très accommodant, le roi n'y voit aucune objection ; il dit seulement : (( Alors tu dois mettre en jeu sa vie aussi [la \ie du serviteur], de sorte que sa tète et la tienne répondent de la victoire. » - — Dans un conte esthonien, très voisin du conte liessois (i), le prétendant dit au roi : (( Sire, j'ai entendu dire que, si quelqu'un ne veut pas disputer lui-même le prix de la course à votre fille, il lui est permis d'envoyer un serviteur à sa place. — C'est elteclivement vrai, répond le roi ; seulement, si votre remplaçant échoue, ce n'est pas sa tête, mais la vôtre, qui en répondra. »

Parfois, on s'est mis davantage en frais d'imagination, lorsque, par ex.emple, le héros se verra imposer la tâche (déjà connue par le conte grec de Tino) d'engloutir en quelques heures des montagnes de victuailles, et qu'il se substitue son compagnon le Mangeur. Ainsi, dans un conte vv,estphalien de la région de Paderborn (Grimm, n° i34), le Mangeur interviendra à titre d'invité, et ce avec l'agrément du donneur, ou plutôt de la donneuse de tâches :

Pour obtenir la main de la fille d'une vieille reine sorcière, le prétendant, un prince, doit manger, cuir et poil, cent bœufs et boire trois cents tonneaux de vin. Le prince demande s'il n'aura pas le choit d'amener des invités ; car la société est l'assaisonnement d'un repas. « Tu peux en amener mi, dit la vieillo reine, mais jias ])liis. )> El le prince amène le Mangeur.

Le héros du conte lithuanien, en présence d'une tâche de ce genre (manger en une nuit toutes les provisions amassées dans le château royal), dit tout simplement : « Il me sera bien permis n'est-ce pas ? de prendre un con.pagnon, ou du moins un serviteur ? — C'est permis, » répond le roi.

Dans les deux derniers contes (vvestphalien et lith lanien), la difficulté a été tournée ; ailleurs, elle n'existe même p s : l'interv,ention d'un auxiliaire du héros est expressémer autorisée d'avance : « J'ai dans mon étable quarante bœufs gra dit le roi d'un conte bas-breton au jeune Luduenn (Luzel, IIF, . 807) ; il

{i] F. Kreutzvvald, khstnische Mserchen, 2' recueil (Dorpat, 188 ■°?,

faut que toi, ou un de tes conipiujuons, les mange seul en huit jours. » Le compagnon Mange-Tout peut ainsi se mettre aussitôt ostensiblement en besogne.

Cette alternative que, sans en être prié, le roi laisse au héros de manger lui-même les quarante bœul's ou de les faire manger par (( un de ses compagnons », est, il faut en convenir, bien peu naturelle. Le second conte russe présente mieux la chose : ce que le tsar envoie dire au moujik, r"est ceci : « Il faut que tu manges avec tes compagnons en une fois douze bœufs et vingt sacs de pain. » « C'est, bien, répond le héros ; servez ; nous mangerons. »

Dans d'autres contes, rinter\ention des personnages extraordinaires sera non pas seulement autorisée, mais formellement exigée, et le récit marcliera bien. Dans un conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, III, n° 7), le roi dit an petit gars : « 7/ faut que tu me trouves un homme qui soit capable de manger tout le pain qui est dans la ville. » Requis de la sorte, le héros peut et doit faire agir au grand jour son compagnon extraordinaire. Même chose dans un conte sicilien (Gonzenbach, n° 7Z1), dans le conte de Madame d'Aulnoy, Belle-Belle ou. le Chevalier Fortuné, dans un conte gascon (i).

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