‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 55 sur 92 · CHAPITRE MIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE MIT

L'Élément de la ressemblance

introduit dans le thème des « doués, » auxiliaires du héros.

La vraisemblance dans l'invraisemblable

Grâce au trait de la ressemblance complète des « doués » entre eux, tout se tient parfaitement bien dans le conte chinois, comme dans les deux contes annamites ,et dans le conte esthonien. Ce même élément, habilement introduit dans la branche principale du thème,

(I) Dans un conte roumain déjà cité (.Iules lU-un, p. 7t). l'un des doues peut (I s^étirer » en longueur comme en tarftueur. si liien qu'il est capal)le de " louctier •de la main la lune, les étoiles, le soleil », ou d' « entourer la terre de ses bras ».

celle où les personnages extraordinaires sont les compagnons et auxiliaires cVun simple mortel, y mettra enfin ce que, dans cette branche, si importante, nous n'avons pas encore rencontré d'une manière pleinement satisfaisante, au cours de cette étude, la vraisemblance dans l'invraisemblable.

C'est dans l'Inde qu'a été réalisé ce petit chef-d'œuvre de structure, que nous révèle un conte fort court, recueilli par M. W. Crooke de la bouche d'un brahmane d.e Faizhabad, et dont voici l'essentiel (i) :

LU prince !!-e niel en route pour chercher une fille de roi (pi'il jniisso épouser. Sin- sou chemin, il rencontre un râkshasa (mauvais génie), •qui se nomme [par antiphrase, on le verra phis loin] Kamdcg, a Petit Marcheur ». Le prince s'adresse à ce « mangeur d'hommes » en l'appelant (( Oncle », et lui demande son aide, que l'autre promet. Le râkshasa se Joint au piii!((\ — Plus loin, ils rencontrent un second râkshasa. Kamkliurak, a Petit Mangeur », qui se met de leur compagnie, et enhn un troisième r,"ikshasa, Kampiyas, « Petit Buveur », qui s en va axissi avec eux.

Anivés dans la \ille d'un ràdjà, ils apprennent que ce râdjâ donnera sa hlle en mariage à celui qui mangera autant de gâteaux qu'il en peut tenir dans ime chaurhre ; qui ensuite sautera d'un hond une rivière, •et enfin qui hoira toute l'eau d'un réservoir (2). Le râdjâ dit au prince : (( Si tu veux épouser la princesse, il faut exécuter les conditions ».

Le prince appelle Petit Mangeur et lui dit de manger, en un repas, les gâteaux qui remplissent vme chamljre du palais ; il dit à Petit Buveur de boire l'eau du réservoir et à Petit Marcheur de franchir d'un bond la rivière. Les trois râkhasas prennent, successivement, la forme du prince et exécutent ainsi, chacun à son tour et selon sa spécialité, les tâches im]X)sées par le râdjâ. Et le râdjâ donne sa fille au prince, qu'il croit avoir vu, de ses propres yeux, faire en personne tout ce qui était exigé comme conditions du mariage.

Il nous semble que voilà résolu, d'une manière aussi simple qu'ingénieuse, un petit problème dont certes les difficultés n'étaient

pas p,etites.

Dans une Seconde partie, nous étudierons, sous d'autres de ses aspects, ce thème des Personnages extraordinaires.

Il) \'iirt/i liulian \<itpx nnd Querien, février 180(î. n° ")\2. — Fai/liivliad est le •clief-lieii (lu distiicl rte iiièine nom, diin* l'ancien royaume d'Ouiili, sur le Gogra, ;affhient île f;auclie du (ianj^e ; la ville est moderne et occupe en parlie l'empia- -cement de l'ancienne cai)itale Ayodhyà. fameuse dans l'épopée indienne

(2) L'épreuve consistant à frcinchii- d'un bond une rivière se reiroiive en Occident, comme les deux autres, si connues. Dans un conte sicilien d'itré. I. p. VM), uu roi promet sa fille à (pii sautera un fossé lai-ge de dix palmes, fn magicien le saule ('t il emporte la princesse, qu'ensuite il lient caplive et qui sera di'divrée par -sept frère i/nnrs. Dans la Seconde parlie de la présente étude, nous aurons à parler <le ce lième de \;\ Cnpllve dclivrci'.

SECONDE rVUTlE

riiÈ.MEs DivKMs ArX(^)rKi.s S'Associi-: 1.1. :iii:.Mi:

DES » DOIÉS .)

En cxaniiiiaiil , liaiis iiiir |)i('nii(''[r [lartic, coiiuiiciit les (•(iiitcurs- <ml mis en œuvre 1." Ihriiic des /'< /•.s'o///)a;/('.s à ilons s;tirhnm<iins, clos Doués, nous axcns \ii (cs eonleurs iceourif à loules les l'essources de leur imai^inalinn pour elieicliei' à lésoudie, tant bien que mal, le shiiruliei- problèm.e dont on se seunienl : F)es lâches {ici, des tâches imin)ssH>lcs) étant iw})nsci's nu Itcros hii-mêrne, trouver moyen, sans trop heurter la vraisemblance, de faire exé I nier ces tâches par des auxiliaires (ici, par des personnages ex extraordinaires). \)o tuus c^es essais sont nées, on se le rappelle aussi, des formes variées, plus ou moins acceptables, du thème général.

Il nous r.este maintenant à montrer que ce thème, ainsi diversifié, a voyagé à travers le monde en s'associant à des thèmes très diffél'ents les uns des autres. Ce sont ces associations, ces combinaisons,, que nous allons passer en revue.

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