PREMIER SOUS-THÈME
LE VAISSKAl MEHVEII.LELX, DEMANDÉ PAR IN ROI COMME INSTRUMENT DE DÉLIVRANCE DE SA FUIE CAPTIVE
Combinaison avec le thème des « Doués »
Un conte gaélique, recueilli de la bouche d'un pécheur, en Ecosse. près d'Inverary, peut se résumer ainsi (i) :
(I) .U F. Uiimplicll. l'apular Talix of the MV.s-/ //ni/ilcn/.i (KdinilH urj.-. IS'ÎO)^ II* H). - R. Kneliler a comineiilé les cniiles île ccl iiilcicrsuiil i«-<Mieil JHettifre Sr/irifleii, 1, |) l?Ja el suiv.).
Lps tiois filles (!ii roi de [.ochliii ont (lisjiiiiii. Le loi fait venir un sage qui lui dit qu'elles ont été emmenées sous terre par trois géants et que le seul moyen de les délivrer, c'est de fabriquer un vaisseau pouvant naviguer sur mer et sur terre. Le roi lait publier que celui qui construira. un tel vaisseau, obtiendra en mariage l'aînée des princesses.
Or, l'aîné des trois fils d'une veuve se dit qu'il essaiera de construire le vaisseaxi demandé, et il s'en va près dune rivière couper du bois à cet effet. Pendant qu'il csl à manger im gâteau, que sa mère lui a donné, surgit de la rivière un être merveilleux, une uruisg, qui lui denie^nde une part du gâteau. Il refuse, ot la conséquence, c'est que son travail no peut aboutir à rien. — Même aventure arrive au second frère. — Li' troisième partage son gâteau avec Vuruisg, et celle-ci lui dit de revenir dans un an et un jour : le vaisseau sera prêt.
En effet, au lx)ut du temps fixé, le vaisseau est là, tout équipé. Le « fils de la veuve » s'y embarque avec trois (jentlemen, des plus grands seigneurs du pays.
Cet embarquement iiiaUtiidu des trois gentlemen est, comme on le verra, une préparation lointaine, assez peu naturelle, à des aventures se rapportant à un tliènie dont il y aura un mot à dire.
Le vaisseau n'est pas en marcbe depuis longtemps à travers champs, quand le « fils de la veuve » voit un homme qui est occupé à boire une rivière. Il le prend avec lui sm- le vaisseau. Plus loin, il emmène également un homme qui est en train do manger tous les bœufs d'un parc ; puis un troisième personnage qui. l'oreille contre terre, écoute l'herbe pousser.
Pendant que le vaisseau continue à naAiguei'. l'Ecouteur dil tout d'un coup qu'on est arrivé à l'endroit où sont les princesses et les géants. Il y a là un grand trou, et le « fils de la veuve » s'y fait descendre dans un panier par les gentlemen, et les trois doués l'accompagnent.
Les voici arrivés à la maison du premier géant. « Je sais ce que tu viens faire ici, dit le géant au (c fils de la veuve » ; mais tu n'auras pas la fille du roi, si tu ne m'amènes un homme qui boive autant d'eau que moi. •> Le Buveur de rivière lient si bien tète au géant, que celuici crève. — Chez le second géant, c est l'affaire du Mangeur de bœufs, et le géant crève, lui aussi, de bombance, avant que le Mangeiu- ait satisfait à moitié son appétit.
Le troisième géant nf donne la plus jeune princesse qu'à condition que le « fils de la veuve n restera à son service dans le monde inférieur pendant tui an et un jour. Le moment venu, le géant ordonne à tm aigle de transporter le jcTine homme hors du monde inférieur.
Et le conte gaélique s'engage tout à fait dans le développement d'un thème que nous avons jadis étudié à propos de nos contas de Lorraine n" i, Jean de l'Ours, et n° ')-2, La Canne de cinq cents livres : trahison des trois gentlemen, qui se donnent pour les libérateurs de la princesse etc. — Déjà, dans la Première partie de ce
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travail suf Ks Doiu')^, nmis rcnciuili itms un coiiU' iiuliii'ii du Ilaiif- Ml. dans liMnic! \c \\ici\u' des Doiu'^ <iu service d'un inailrc esl combiiR' avec le thème do Jean de rOurs.
Un coiitr norvégion est. à rapprocher du coule liacliquc (iV
Le Uéros. un JH-Iil ho:dioinn)C du nom de Lillekoit, a voir à une vieille son (vil luiique. l'ouï- le ravoir, la \i^'ille oITre. puis (iouuc à Lillekorl x un vaisseau qui \a sur l'eau douée et sur l'eau salée, sur l€s nionla^nies et svir les vaiiv'es ». Ce vaisseau, (pii jumiI se nuMIre dans la j'oelie, s'agrandit à voioulé, de fiiçcn à pouvoir conleuir (!os quantités d'hommes et des masses de provisions. C'est sur ce vaisseau merveilleux que Lillekort s'embarque avec cinq cents hommes, qu'il a demandés au roi pour aller délivrer une fille de ce roi, prisonni"-^ d'un IroU (géant, ogre\ et il ordonne à son vaisseau de voguer sur mer e\ sur Icrre jusqu'à l'endioit où est la princesse (■>!.
De inènu^ que le « ills de la v.euve », Lillekort descend dans un monde initrieur, mais il > descend seul, et si, comme le géant gaélique, le IroU Scandinave périt d'avoir bu, ce n'est pas d'avoir trop bu dans un défi à qui boira le plus : Lillekort n'a, en effet, nullement reçu, pour tenir tète à un géant, à un troll, le don de boire des rivières ; mais une seconde vi.eille, à laquelle il a. comme à la première, rendu son œil, lui a appris, en récompense, « l'art de brasser d'un seul coup cent charges de malt » (sic) ; il peut donc brass,er pour le iroU cette énorme quantité de malt, et, le troll lui ayan' ordonné, avec menaces, de faire la bière bien forte, Lillekort la fait d'une telle force, qu'en la goiitant le troll et sa séquelle tombent morts <( comme des moucbes »... L'épisode du Buveur de rivière et du géant, acceptable dans l.e conte gaélique, s'est, on le voit, complètement déformé ici.
Un conte de marins de la Haute-Bretagne (P. Sébillot, clans la Uevue des Traditions populaires, i8S6, p. ho et suiv.), n'a pins la moindre trace du thème des Doues ; mais des fées y donnent à un pêcheur, en recompens.e d'un service rendu, un petit bateau, qui devient grand et redevient petit à volonté. Ce bateau, par le moyen d'une certaine baguette, marcbe tout seul, aussi vite que
(1) Asbjoernsen, t. I, n' 2i delà trail. al 'mande (Berlin, 18't7).
(2) Le vaisseau magique, f/<mnt^ pour iw anl rendu, se trouve aussi dans ini conte allemand d:i SlesviK-Holslein (K. Mii! ■ihnfL Sagen. MaTchen und-Uei/er drr Herzoqthûmer Sr/ilearjq Holsinn und l.aueni irg. Kiel. 18'f5. p. iij.'i. ; mais, dans ce. conte écourté, le iiéros ne fait alisolameiil en de ce vaisseau, dont il n'est plus question dans la suite du récit.
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l'on veut, mais non point sur terre ; en revanche, il va aussi bien sous la mer que sur la mer, et, grâce à ce sous-marin, le pêcheur, quand il y embarque une princesse, délivrée par lui de captivité, peut échapper à un grand vaisseau, qui se met à sa poursuite et que dirige un diable, l'ancien ravisseur de la princesse.
Combinaison avec le thème der, Possesseurs d'arts magiques
Dans un certain nombre de contes, le vaisseau qui va sur terre et sur mer, contribue, — comme dans le conte gaélique et dans le lonte de la Haute-Bretagne, — à la délivrance d'une princesse, captive d'un être malfaisant. Il en est ainsi dans un conte de la Basse-Bretagne, dans un conte danois, dans un conte faffaibli) du Pentamerone napolitain (i).
Dans ces trois contes, il n'y a pas de doués. Chacun des personnages dont les efforts réunis délivrent la princesse, est en possession d'un certain art magique, appris par lui, et, notamment, c'est grâce à un tel art que le vaisseau est construit par l'un d'eux. Ce trait de l'art magique appris relie les contes de ce petit groupe à d'autres contes européens et à des contes indiens. Mais il vaut mieux réserver l'examen rapide de ce sujet à la Monographie H*».