‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 57 sur 92 · SECOND SOUS-THÈME · texte numérisé non relu

SECOND SOUS-THÈME

LE VAISSEAXT MERVEILLIÎIX, DEMANDÉ PAR UN ROI COMME SIMPLE OBJET DE CI RIOSITÉ

Parmi les contes oii figure le vaisseau a qui va sur terre et sur mer », aucun de ceux qu'il nous reste à citer ne présente le trait de la princesse à délivrer par le moyen de ce vaisseau. Le vaisseau merveilleux est tout bonnement un objet rare et précieux, demandé par un roi

fl) Lnzel, m. p. 312 et suiv. — Svend Griindlvig. t. 1 âe lu trad. allomaii'ie (Lei!)zifj;, 1878;, p. 110 et suiv — f 'entameront, u" 4".

•Le second sous-thème, non associé au thème des « Doués »

Dans uiu' d(<s formes du présent sous-thème, le vaisseau n'est pas \e soûl mais siinplonient le premier objet de curiosité qui soit drmautlt'. Il en est ainsi clans deux fOMt(>s allcfiiands du llaiv, (i) :

Un roi, l'aligné <lo régner, envoie ses trois fils on voyage : la couronne sera jK)iir celui' qui rapi)orlera « le vaisseau qui va sur la terre ferme » (ou « un bateau sans chevilles ni clous »). La bonté du plus jeune prince envers un petit vieux qu'il rencontre, est récompensée, et le (( petit homme blanc. » lui donne l'objet merveilleux. Mais le roi exige encore d'autres <c épreuves » : celui-là lui succédera qui rapportera la toile la plus fine et, en dernier lieu, qiii rani.èiiera. comme f.ancée, la plus belle princesse.

Pour l'allure générale, ces deux contes sont tout à lait du type du conte si connu de Madame d'Aulnoy, La Chatte blanche : le vaisseau merveilleux y remplace, sans avoir plus d'importance, un des objets rares demandés par le roi dans les contes de ce type (voir notre Monographie D, Section III, Seconde branche, Revue, 1916, .p. i5i ; — p. 3o9 du tiré à part) (2).

Le second sous-thème, associé au thème des « Doués »

Dans tous les autres contes se rapportant au sous-thème dont ■nous abordons l'étude, il n'est question que du vaisseau. C'est pour posséder un objet de curiosité sans pair, qu'un roi demande partout « le vaisseau qui va sur terre et sur mer », et la main de sa fdle est promise à quiconque amènera ce vaisseau tant désiré... Il

(t) A. Kutin et VV. Sclnvnrt.T, Xordiletilsclic Sar/fn. M.rrchen und fiebro'uche (Leipzig, 18i8), p. 3j1. — IL Fi'jelile, Kinder-iuid Hiasm;trclien (Leipzig, 1833), û° 76 et p. xLvii.

(2) Dans un conte se racoiit'int dans le dialecte arabe de l'île de Malte (Rertlia 11g, Maltesische Mœrchen und Schuxnke, Leipzi.t;, tyi6. n° 33), le vaisseau merveilleux n'est pas demandé à un jeuuf! homme ; c'est lui-même qui désire passionnément avoir un « vaisseau de verre ». Ce vaisseau, que lui vaut sa ctiarilé envers deux vieilles femm s, maretie tout seul sur ten-e et sur mer. — Nous lais- :sons de côté la suite du conte, très arrangée.

est. vrai que, le vaisseau une fois amené, le roi. avant de donner la princesse exige successivement l'exécution de différentes tâches lunnainement impossibles, et ainsi le thème des Doués au service d'un maître vient se rattacher au thème du Vaisseau.

Mentionnons comme appartenant à cette branche principale du sous-tlièmo, parmi les contes cités dans la Première partie, les deux contes de la Haute et de la Basse-Bretagne, le conte gascon, le conte lithuanien, le conte russe, le conte flamand du recueil J. W. Wolf, et, de plus, deux contes allemands, l'un de la Basse-Saxe, l'autre de la Souabe (i).

Dans la plupart de ces contes, le vaisseau merveilleux a été donné ou procuré au plus jeune de trois frères (souvent regardé comme un peu simple) par un personnage mystérieux, vieillard ou vieille femme, à l'égard duquel le jeune homme s'est montré respectueux et charitable, tandis que ses aînés ont été durs et impertinents.

Dans ces contes, comme dans le conte gaélique, les doués ont été riicolés par le héros, pendant qu'il voguait à travers champs, et il [es a fait monter sur son vaisseau. Parfois, c'est le personnage secourable qui, davance, a dit au héros de prendre avec lui dans le vaisseau ceux qu'il rencontrerait (conte russe, conte gascon, conte flamand du recueil Wolf, conte allemand du recueil Schambach et Mûller).

Dans un conte sicilien (Gonz.enbach, n° 74), le vieillard qui a procuré au plus jeune des trois frères le vaisseau merveilleux, s'y embarque avec lui, à la prière du jeune homme, et il est pour celui-ci un conseiller de tous les instants, disant, à la rencontre de chaque doué, de le faire monter sur le vaisseau, et, plus tard, à chaque épreuve imposée par le roi, indiquant celui des doués dont il faut requérir les ,ser\ices (2).

(1) G. Schambach et W. Mûller, Niedersxchsxsche Stigen und Mxrchen (Goettingen, 1855), n° 18. — Ernst Meier, Deutsche Volksmxrchen aus Schieaben (Stuttgart. 1852), n- 31).

'2) La dernière partie du conte sicilien est -intéressante. Après que le roi s"est vu forcé de donner sa fille au jeune homme, le vieillard rappelle à son obligé une convention qu'ils ont faite ensemble : ils doivent se partager tout ce qu'ils pourront acquérir. Le vieillard réclame donc la moitié de la princesse. Le jeune homme est au moment de la couper en deux, quand le vieillard l'arrête et lui révèle qu'il n'est autre que Saint Joseph, envers qui le jeune homme avait toujours eu la plus grande dévotion. — Ce trait du parlar/e convenu est très certainement emprunté au thème du Afort reconnaissant, et la preuve, c'est que, dans un conte allemand du Harz déjà cité fAug. Ey, p. 114), le rôle du vieillard bon conseiller est tenu par un mo/•^ dont le héros a payé les dettes pour soustraire son cadavre aux outrages de ses créanciers. Grâce aux doues, que le compagnon inconnu du héros lui a dit de s'associer (il n'y a pas, ici, de vaisseau), le héros épouse la fille du roi ; alors le compagnon lui dit qu'il est < l'àme du mort ». Le

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Dans le conte de Madame d'Aulnoy, Belle-Belle ou. le Chevalier Fortuné, déjà mentionné fqui n'a pas le. Vaisseau), c'est aussi sur le conseil d'un sage compajj^non, — ici, le cheval merveilleux Camarade, infiltration d'un des éléments de la Belle aux cheveux d'or, — que l'héro'ïne, déguisée en homme, s'adjoint successivement les « doués » qu'elle rencontre.

Quant aux faits et gestes de tous ces doues, dans les contes de la présente branche du sous-thème, on les connaît par ce que nous en avons dit dans la Première partie, et, du reste, nous aurons à y rev(Miir (i).

Le second sous-thème, associé au thème des « Objets merveilleux »

Au cours de la présente étude, nous avons constaté parfois, dans le thème des Personnages extraordinaires au service d'un maître, une infiltration assez naturelle, l'infiltration du thème des Objets merveilleux. Ainsi, à côté du doué d'un conte roumain et d'un conte russe, dont la personne même émet un rayonnement de froid intense, nous avons rencontré, dans des contes allemands, un homme qui, sans doute, peut produire un même froid, mais seulement par un moyen tout extérieur, par le moyen d'un chapeau magique, selon qu'il le met droit ou de travers. Un second conte russe, également cité, a, dans le mêm.e genre, un personnage porteur d'une botte de paille qui, jetée dans le liquide le plus bouillant, le refroidit du coup.

trait du partage, ''abituel dansles contes du type du Mort reconnaissant, a disparu du conte allemand. (Non- avon^ jadis étudié brièvement ce thème du Mort reconnaissant dans notre travail Le Livre de Tohie et l'Histoire du Sa^e Ahikar. Revue biblique des Dominicains de Jérusalem, année 1899, p. 513 et suiv.).

(Il En France, ce n*est pas seulement dans la Haute et dans la Basse Bretagne que l'on a constaté Texistence de contes où le thème du Vaisseau merveilleux est associé au thème des Doués. Des notes, que nous avons sous les yeux et qui nous viennent d'un folkloriste. feu M. Victor Smith, collaborateur de la Remania et de Mélusine. nous apprennent qu'un conte semblable existe dans la région du Velay et du Forez. Voici ces notes, échos de souveuirs fragmentaires d'un paysan de cette région : « Roi qui a promis sa fille à qui ferait un vaisseau marchant « sur terre comme sur mer. — Un jeune homme tente [l'aventure]. — Une fée le « secourt, et le vaisseau est fait. — Le jeune homme, en se rendant près du roi « pour en réclamer la fille, trouve cinq personnes. — Propos [échangés] avec « chacune d'elles... »

A ces deux spériincns de l'infiltration en question, nous ajouterons le (■ourcur du conte souabe, qui ne court si vite que grâce à ses (( énormes bottes », sortes de bottes de sept lieues ; le Souffleur du conte gascon, dont le souffle ne met pas en mouvement des moulins à vent, comme dans d'autres contes, mais qui « tient un soufflet, grand comme une église et souffle ferme vers les nuages » pour « chasser le mauvais temps ».

Dans le conte de la Haute-Bretagne, après les diverses tâches exécutées par les doués, vient une dernière épreuve : garder trois cents lapins dans la campagne et les ramener, le soir, sans qu'il .en manque un seul. Le Coureur a beau les rattraper un à un ; ils continuent à s'enfuir. Alors la bonne vieille qui a procuré au héros le vaisseau, lui donn.e un sifflet, qui rappelle tous les lapins, et le jeune homme ramène triomphalement la troupe au palais (i).

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