LES DEUX MOUTONS ET LA CHUTE DANS LE MONDE INFÉRIEUR
Ce ne sera pas perdre notre temps, ce nous semble, que de revenir sur le conte turc de Constantinople, cité à la fin de la Mono-
(\) A. D->staing, Etudes sur le rlialerle berbère des Beni-Snous (l. 11. Paris. tOli) u* 60, p. 71.
graphie H*, et d'y relever, — dans la variante de Jean de VOiirs, qui en l'orme (nous l'avons dit) la dernière partie, — un petit épisode singulier et non sans quelque importance : il nous donnera, en effet, l'occasion de déterminer les routes qu'ont suivies, dans leur marche vers l'Occident, les contes où il figure.
Dans le conte turc, la variante en question est rattachée assez mal à ce qui précède. Si le héros se fait descendre par ses deux frères dans un puits, oe n'est pas pour aller combattre un être malfaisant, déjà blessé par lui et dont il a suivi la trace sanglante jusqu'à ce puits ; c'est tout bonnement pour y aller chercher de l'^au. — Viennent ensuite, dans la région qui s'ouvre au fond du puits, les aventures ordinaires : délivrance de trois princesses, captives d'un dev ; trahison des deux frères qui, toutes les princesses une fois remontées par eux hors du puits, abandonnent le héros. Nous laisserions tout cela de côté, comme trop connu, s'il ne s'y rencontrait l'épisode que voici :•
Quand vient, ix)ur la troisième princesse, son tour d'être remontée hors du puits par les deux frères du héros, elle supplie celui-ci de se faire d'aJ>ord remonter lui-même ; sans quoi, ses frères pourraient bien l'abandonner au fond du puits ; mais elle ne peut le convaincre. Alors [et c'est là le trait particulier] , elle lui dit : « Si tes frères t'abandonnent ici, va devant le palais du dev et attends : deux moutons passent là chaque jour ; l'un blanc, l'autre noir ; si tu te cramponnes à la toison du blanc, tu reviendras sur la terre ; mais si tu empoignes la toison du noir, il te jettera au fond de la septième terre (sic). « C'est co qui arrive, le héros n'ayant pas empoigné le mouton qu'il fallait.
Dans cette variante, il n'y a donc pas simplement un monde inférieur, mais deiij:. Et c'est dans ce second monde inférieur que se place un incident qui, d'ordinaire, a pour conclusion de tirer le héros du monde inférieur unique : le héros sauvant d'un ennemi les petits d'un oiseau-géant, lequel, par reconnaissance, le transporte sur la terre.
Il n'est pas étonnant que l'épisode qui va nous occuper, se retrouve dans un autre conte turc, celui-ci provenant de la petite colonie.de l'îlot d'Ada-Kaleh, sur le Danube, déjà plusieurs fois mentionnée (Kûnos, Adakale, n° 5) ; mais, quoique ce conte, à la différence du conte de Constantinople, soit, et pour l'intrc^uc-
tion et. pour ronsciuble, bien conservé et complet, notre épisode y est quelque peu altéré :
La plus jcuiic ])riiirosse prévionl lo héros, (pii w v(Mit rii'u ciiliMulrc, que ses frères, i>endant qu'ils seront en train de le remonter, couperont la corde, et il tombera. « Kn bas, dit-elle, il y a deux boues, l'un blanc, l'autre noir. Si tu tombes sut le noir, tu fenlonccras dans les sept couches de la tene (sic). Tâche de tomber sur le blanc : peut-ôtre alois pourras-ti. remonter sur la terre. »
Ici, dans le second monde inlérieur, l'incident de l'oiseau-géent est précédé d'une aventure, tout à fait intercalaire et empruntée à un, autre type de conte : le héros, libérateur d'une princesse, exposée à un dragon, auquel les gens du pays sont forcés de livrer chaque année une jeune fille, pour qu'il laisse un peu couler l'eau d'une source.
En i864, c'est-à-dire une trentaine d'années avant la publication des contes turcs, le recueil de contes grecs de M. de Hahn avait donné un conte de l'île de Syra (n° 70) présentant un épisode similaire :
La plus jeune des trois princesses dit au héros que, si ses frères ne le remontent pas dans le monde supérieur, il arrivera auprès d'une aire à battre le grain, sur laquelle jovient ensemble trois agneau^', deux noirs et un blanc, a II faudra prendre l'agneau blanc ; si tu prends un des noirs, tu tomberas encore tout aussi profondément dans le monde inférieur, v
Dans ce conte grec, il n'est pas question de ce qui arriverait, si le héros prenait l'agneau blanc. Mais, en fait, il ne le prend pas. — Comme le second conte» turc, ce même conte grec intercale dans le récit, avant l'épisode de l'oiseau-géant, celui de la princesse exposée à un dragon (ici un serpent à douze têtes).
A l'époque de la publication du conte grec de Syra, cet épisode paraissait tout à fait isolé. Peu d'années plus tard, un rapprochement était possible. Un des contes des Avars du Caucase, traduits en 1873 par A. Schiefner (i), a le même épisode, sous une forme meilleure :
(t) Awansche Texte (Saint-Pétersbourg, 1872), n" :\
La captive, délivxée par Oreille d'Ours, lui conseille de se méfier de ses compagnons, qui attendent à la bouche du puits. <( S'ils t'abandonnent, tu verras, au lever du jour, arriver deux moutons, l'un noir et l'autre blanc : tâche de sauter sur le blanc, et il te ramènera dans le monde supérieur. Si tu sautes sut le noir, tu soras jeté dans le monde inférieuT. )>
Malheureusement, Oreille d'Ours se presse trop, et il saute sur le mouton noir ; ce qui fait qu'il est jeté dans le « monde inférieur )), (c "est-à-dire dans un second monde inférieur), où il a non seulement l'aventure de l 'oiseau-géant, mais aussi celle de la princesse, exposée ^à un dragon à dix têtes.
Tel était, ju&cju'à ces derniers temps, ce que, pour noire part, nous connaissions .en fait de spécimens de ce bizarre petit épisode. Dans un volume tout récent, notre ami M. W. R. Halliday, professeur à l'Université de Liverpool, en signale d'autres (i), des contes grecs d'abord, et non pas seulement de l'Archipel, mais du cœur de l'Asie Mijieure, en plein pays turc.
De deux contes recueillis à Lesbos, l'un a la forme ordinaire : la princesse avertissant le héros (2) :
« Si tes frères t'abandonnent, dit-elle, tu vearas ici un mouton blanc et xm mouton noir. Il faut que tu prennes le blanc, et tu te trouveras alors dans le monde supérieur. Si tu prends le noir, tu tomberas encore plus bas. »
Dans l'autre conte de Lesbos (3), pas d'avertissement de la princesse. Le héros, rencontrant un vieux jardinier, lui demande comment il pourra remonter sur la terre, et le vieillard lui parle des « deux béliers, l'un blanc, l'autre noir ».
Les deux contes de Lesbos ont, et l'épisode de l 'oiseau-géant, et celui de la princesse exposée à un dragon.
L'ouvrage de MM. Dawkins et Halliday, qui publie le texte dialectal de contes recueillis chez des populations grecques d'Asie Mineure, donne deux contes de la province de Kaisariyeh (l'antique
(t)R. M. Dawkins et W. R,. HaWlday, Modem Greek in -4sm J/inor (Cambridge. 1916), p 274.
(2) Folk-Lore, aanée 1899, p. 496.
'3) H. Caraoy et J. Nicolaides, Traditions populaires de l'Asie Mineure (Paris 1889), p 80.
Ci'sarée de Cappadoce), contes tlaiis k'squt>ls so retrouve not,Te épisode. Dans l'un, qui provient, d'un village portant le nom turc (il lagasth et qui est raconté en un dialecte ayant subi lorleinent linflucnce du milieu turc, les conseils au sujet des deux (( béliers » sont adressés au héros, non point par une princesse délivrée (il n'y en a pas dans ce conte), mais par une femme (pjelconque, rencontrée par le fils de roi dans le (( trou », où il a poursuivi le dev, voleur des pommes du |X>mnùer royal. — L'autre conte, de Silasa (ég-alemont dans l'ancienaie (lappadoce), a les trois jeunes filles, délivrées du dev, et le conseil donné par la troisième ; mais l'introduction est altérée et, chose curieuse, altérée d'une façon qui rappelle le conte turc de Constantinople. C'est pour avoir de l'eau (ici, en temps de sécheresse), que le troisième fils d'un roi se fait descendre dans le puits.
C'est encore un conte de l'Asie Mineure que le conte arabe qui, en 1709, était raconté à Galland par un Maronite d'Alep, venu à Paris, et dans lequel notre épisode se présente de la façon suivante (i) ;
Le héros étant resté le dernier au fond du puits, malgré les conseils de la troisième des jeunes filles, et ses frères l'ayant abandonné, les deux aînées lui crient d'en haut, pendant que leur sœvir est emmenée par les traîtres : « Attends trois jours : tu verras alors passer six bœufs, trais rouges et trois noirs. Si tu enfourches un rouge, tu reviendras au jour; si c'est un noir, il t'emportera sous terre, sept fois encore plus profondément. »
Les bœufs arrivent, et le héros voudrait sauter sur l'un des rouges ; mais il en est empêché par un des noirs, qui le force à monter sur son dos et le transporte, à travers la terre, dans un autre monde.
Suivent, dans ce second monde inférieur, l'épisode intercalaire de la princesse exposée à un monstre et l'épisode de l 'oiseau-géant.
Les indications de M. Halliday nous ont fait examiner deux contes de la région caucasienne, un conte géorgien et un conte arménien.
(1) Nous avons déjà parlé du Journal, conservé au Département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, dans lequel Gallmd a eonsigné S' s résumés des contes du IMaronite Hanna, et nous avons donné, dans notre Monographie F, Le Métier du Père, un de ces résumés, jusqu'alors inédit Les notes de Galland sur le conte dont il s'agit actuellement ont été publiées par M. Zotenberg Notices et Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, tome i,xviii, p. 219 et suiv.); on en trouvera l'essentiel dans la Bibliographie des auteurs arabes de feu M. Victor Chauvin, (Fascicule vi, Liège, 1902, p, 1 et suiv.).
A la différence du conte avar de ce même Caucase, le conte géorgien altère complètement notre épisode (i) :
Après avoir vainement mis en garde le liôros Arphutzola [déjà icnconlré au cours de ces études] , la plus jeune des trois captives du devi, dit : « Je me laisserai remonter, puisque lu le veux ; mais tu seras abandonné ici. Trois fontaines jailliront, une noire, une bleue et une blanche ; ne mets ta tête que sous la blanche, de peur d'être noyé. » Asphurtzela est tellement indigné de se voir trahi que, de colère, il met la tête sous le jet noir, et aussitôt il se trouve transporté dans les régions plus profondes.
Le conte arménien n'a pas de telles altérations ; mais il complique inutilement l'épisode (2) :
« Si tu yewx absolument rester ici, dit la jeune fille, vendredi soir il viendra trois béliers, l'im: noir, l'autre rouge et l'autre blanc. Il faudra que tu sautes sur le dos du noir ; il sautera sur le rouge, et celui-ci sur le blanc, qui sautera avec toi dans le Pays de la Lumière. » Le prince, dans sa hâte, se jette ur le bélier blanc. Celui-ci saute sur le rouge, et le rouge sur le noir, lequel saute avec le prince dans le Pays des Ténèbies.
Le conte arménien, comme déjà le conte géorgien, a, dans le second monde inférieur, les deux épisodes connus.
Certainement, c'est par un courant turc que notre épisode est arrivé dans l'Archipel grec, et ce courant turc, si on le remonte vers l'Asie Mineure, a sans doute passé par les Arabes et surtout par les Persans, auxquels il est arrivé de l'Inde. C'est aussi très probablement des Persans qu'à travers l'Arménie ce même épisode est parvenu dans le Caucase.
De la situation géographique de ces divers pays faut-il conclure qu'il n'est guère probable qu'en Europe, dans la vraie Europe, on puisse jamais recueillir quelque chose de semblable à ce petit thème. Nous avouons que nous inclinions à Le penser. Et voilà qu'une note, prise par nous jadis et opportunément retrouvée, met sous nos yeux l'indication d'un conte tchèque de Bohême, qui a échappé aux folkloristes ayant touché ce sujet.
(1) Miss M. Wardrop, Goorgian Folk Taies (Londres, 1894). p. 80.
(2) Folk'Lorc, 1911, p. 3;iîJ — Même épisode dans Chai iliariz (op. cit.), p. 29.
Lecontc on (iiu->ruuui^ osl assuiriu.Mit lirs U^in dr .ci.nHlnirr ndèlement un récit populaire : M"'" Nemçova, la danio Khèquc qui la publié autrefois, ne lui a pas seulement inHigé une forme- soidis\nt littéraire ; elle nous paraît l'avoir arrangé pour le fond. Quoi qu'il en soit, voici un des épisodes de son récit :
Quand les doux princesses, Irouvées dans le nioiule inlVMi<Mir par le héros Sobeslav, arrivent avec celui-ci aupi't^s de la corde par laquelle il o«;l descendu l'une d'elles dit : (( A toi d'abord de remonter, ma sœur ; pui"^ ce sera moi. et enfm Sobeslav. Mais auparavant, il te faut, Sobeslav, tenter encore une chose. Lorsque je serai parNenue en haut, il accouTra deux béliers qui passeront auprès de toi, un blanc et un noir. Tîiche de saisir le blanc ; si tu te trompes et que tu saisisses le noir, il t'emportera en enfer, et tu ne nous reverras peut-être jamais, v
La suite interminable cl peu intéressante des aventures du liéros, on enfer et ailleurs, n'a aucun rapport avec les contes ci-dessus. Mais, ce qui est important, c'est que IVP^ Nemçova n'a pas assez modifié notre épisode pour qu'on ne puisse être sûr qu'elle a trouvé en Bohême un conte oii il figurait (2).
Après le nord et le nord-est de la Méditerranée, le sud, avec un conte maure de Blida, que nous devons, comme toujours, à M. J. Desparmet. Et c'est (soit dit en passant) cette amicale communica^ tion, nous parvenant précisément au moment où nous étions a examiner le conte turc de Constantinople, qui a mis en branle tout ce petit travail d'investigations.
Dans ce conte m.aure (en langue arabe, comme tous ceux qui sont ainsi qualifiés), le cadre général est le cadre bien connu : veillée
(n A. Waldau, Bœhnmches Mœrchenbuch (Prague, 18(50). p. o7i et suiv.
\t) L'introduction du petit roman de M "• ^'emçova est baroque. .\u lieu de dérober le* nrécieu-es pommes du pommier royal 1 comme dans tant de versions de ce conte un géant enlève successivement les toitsd'or. dont un roi a fait couvrir les na'lais de ses deux fiU, à leur demande. Le géant est blesse par Sobeslav. et ce^t àl'ordinaire en suivant les traces sanglantes, que les deux frères arrivent au trou'nar lequel Sobeslav se (ait descendre - Y aurait-il. dans cette forme insolite d'introduction, une infiltration d'uaeautre forme ? En tout cas, ilsemblequon nQi«>een raporocher l'introduction du conte arabe d'.^sie Mineure raconte a GaÙand par le Mironite d-.\lep. Dansce c:)nte, un sultan, à la demande oe ses trois fil« fait construire pour chacun d'eux un uaviUon extraordinaire : 1 un tout en briques d'or et d'arqent; le second, tout d'arêtes de poissons et le troisième, tout de cristal de rocbe. Quand chaque prince prend posses-ion de son pavillon, apparaît à minuit un génie, qui démolit tout, après s'être plaint que le pavillon .it été construit au-dessus du palais d'une de ses trois filles Le plus jeune prince blesse le génie, avant que celui-ci puisse disparaître dans un puits.
successive des trois pnnces auprès du pommier - --^ f^^' f^^ les pommes sont volées par un ajrît (mauvais geme) ; 1 al t bk^se par le plus jeune- prince ; la descente de celui-ci dans le puit.. Après quoi, notre petit épisode :
Li Plus leune de trois captives, délivrées par le jeunn prince, lui dit d/ se Z remonte, par les deux princes ses frères avant qu.
ne la remontent elle-même. Le jeune homme s'y refusant . < Eh b en !
TloA dit-elle, prends cet anneau ; il te sera utile par la su.te Mani emnt ie te recommande une chose : si le câble se rompt penclaut que Traite.;: reviens au château ; --. -V^'l^ucs^^rt^Hm roseaux et jette-les par terre. Il en sortvra ^''^^^'^^^^'j^J^^,^',' l'autre noir. Garde-toi de poser la main sur le noir ! Si tu la 1 oses sui le Liane, tu te retrouveras dans ton pays ; si tu la poses sur le^i^..r, Ui te trouveras banni dans le dernier tiers du monde. ,> Le ^oucj^^
en effet enlève le héros et le lance dans le dernier l.ers du moufle,
où il tombe devant la cabane d'une bonne vieille.
Dans ce <( dernier tiers du monde », où le prince n'a pas à délivrer une princesse exposée à un dragon, un oiseau-géant pue le rôle ordinaire ; seulement il transporte le prince, non pas a la surface de la terre (le a dernier tiers du monde » n'est pas un second monde inférieur), mais dans le royaume du sultan, père du ]eune homme.
Le conte maure de Blida nous a donné l'idée de rechercher si parfois notre épisode ne se rencontrerait pas encore dans quelque autre des contes du même type gé'néml, qui ont été recueillis sur la côte barbaresque.
Un conte en langue chelha, recueilli chez les Berbères de Tazerwalt, dans le Maroc, et fort altéré sur divers points (ce qu'il n'y a pas lieu d'examiner ici), a conservé, tant bien que mal, lépisode qui nous occupe (i) :
Un démon à sept têtes, au moment où il va ravager le jardin d'un sultan" est blessé par Muhammed, le plus jeune -des deux fils de ce sultan.,' et le prince, en suivant la traînée de sang, arrive à un puits, on il se fait descendre par son frère.
Après qu'il a tué le monstre et délivré ainsi deux princesses caplnes, la plus jeune <lonne à leur libérateur un anneau et un, petit bâton. (( Cet anneau, lui dit-elle, a nnv vertu magique : si l'on veut sortir de ce puits, il faut tourner le chaton ; aussitôt parait «n chien blanc ; il
M) II Sti.inmo, .U^rrc/ien Jer Srhiuh vn„ 7V/;frMY/// (Leipzig, 1895), p. 146 et suiv
— Wi —
faut rcnfourclK'i-, et Ion esl lrans.poii.c en haut, an bord <lu puits.
(a- piMil b;\lon a puissance sua- un génie, lequidl rossemble tout à fait à un chien noir. Mais, si tu enfouTches ce chien noir, il te lancera <l{ins
le troisième désert. Donc, enfourche le chieTi blanc, afin qu'il te trans-
|Mvrte an bord du puits. »
1^1 princesse, ayant vainement mis Mnhamme<l en t^^ardc contre son
frère, et celui-ci ayant coupé la corde pen<lant qu'il le remonte, Muhani-
med prend l'anneau et le bAton ; aussitôt apparaissent un chien blanc et
un chien noir, qui accourent vers lui, et, comme le noir arrive le piemier. Muhanmied saute dessus, et le chien, en une course furieuse, (•ni|i<iilc le jeuni- Ikuiiuic cl le lance dans le lioisièine (h'sett .
On a pu recduiiaître, >()us les altérations du conte berbère, la forme spéciale (jue présente notre épisode dans le conte maure (objets donnés ou iiuliqués par la princesse et provoquant l'arrivée des deux animaux). Il ne serait pas i^randement utile de nous arrêter là-dessus en détail.
Constater que notre épisode est arrivé en Occident, non seulement par lun des deux grands courants musulmans, tant de fois siirnalés par nous comme ayant eu historiquement l'Inde pour point de départ, mais par ces deux courants à la fois, c'est dresser, au sujet de cet épisode, un double certificat d'origine.
EXCURSUS V (i) LE (( CE^'DRIrJ,o^ » masciltn'
Le conte turc de Constantinople, cité à la fin de la Monographie H*, est une véritable mine de thèmes folkloriques instructifs. Nous venons d'examiner, dans V Appendice à cette même Monofp-aphie H*, le bizan-e petit épisode ,des Deux montons. Auparavant, nous avions traité du thème de la Canne de fer, forgée pour ou par le héros, thème dont le champ de propagation est bien autrement étendu. Le conte turc nous fournit encore un rapprochement non moins curieux, qui viendra s'ajouter à ceux que nos
(1; I.es précédents Excursus sont; /. La Pantoufle de Cendrillon dans l'Inde. — //. L" Fatalisme hindou dans les contes européens. — III Cannibalisme et Folklore. — IV. Le « joyau du Ser/unt » et l'Inde.
recnerchcs ne cessent d'accumuler et qui nous apportent, pour des thèmes dont on ne connaissait que des formes européennes, une forme orientale. Nous voulons parler de ce trait du jeune garçon, constamment couché dans les cendres du foyer et qui, lorsqu'il se. dresse debout, après des annétes d'inaction, manifeste tout d'un coup une force extraordinaire et devient un véritable héros.
Ce conte turc donne ici un d£s types de ce que l'on peut appeler le Cendrillon masculin. Un des types, disons-nous, et non le plus répandu (i).