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CHAPITRE II

Autres types du conte du « Cendrillon » masculin

Dans les contes assez nombreux que nous allons passer en revue, nous ne retrouverons pas le Cendrillon à la force prodigieuse. Plusieurs de ces contas se rattachent à un thème que nous avons rencontré dans la section de notre Monographie D, où il est traité du thème du Sauf vers le faîte. {Revue, 1916, p. 2/18 ; — p. 32() du

tiré à part) :

'En mouraiil. un père dit à ses trois fils de passer cliacun une nnit sur sa tombe. Les doux aînés, soit poltronnerie, soit mépris des dernières volontés paternelles, se déchargfent de lein- dévoir sur le plus jeime. pau\Te ^larçon, simple d'esprit, pour lequel ils n'ont que du dédain, et celui-ci, après chaque nnit, reçoit du père un des trois chevaux merveilleux qui lui permettront de faire trois fois, vers le faîte dun édifice ou vers quelque autre but fixé, im saut humainement impossible, et de gagner par cet exploit la main d'une princesse.

11 en est ainsi du héros d"un conte du ïyrol allemand (i), un niais qu'on ne peut faire travailler et qui est tout le temps assis sur le foyer à remuer les cendres ; d'où le sobriquet d'Aschentagger, que lui donnent ses deux aînés et qui équivaut à notre Cendron, Cendrillon. Après la triple veillée, ce paresseux fieffé, cette espèce d'imbécile se transfigure et réussit, inconnu de tous, dans la triple épreuve.

Dans un autre conte de langue allemande, recueilli chez les Saxons de Transylvanie (Haltrich, op. cit., n° /i6), le troisième frère est « petit et débile, mais bon de cœur », et, comme il reste toujours a la maison. « assis dans la cendre », ses org;ueilleux aînés l'appellent Aschenpu.ttel, u Cendrillon ». A la mort du roi du pays, dans une cérémonie publique qui fait penser au choix du .successeur par l'éléphant sacré indien, la couronne vient d'elle-même se poser sur la cahute où le {>auvre garçon s'est caché pour voir de loin la fête.

Le Cendrillon du conte transylvain est, d'un bout à l'autre du récit, un personnage passif. A peu près partout ailleurs, il se révèle, un beau jour, par une action héro'ique.

(1) Zingerlc, Kmder-und llausms-rrhen (Ratisbonnr, s. d.), p. 'M\.

— oOl) —

Mais, a\;mt d "aller jilus loin, (luchiucs iiuils sut- la rnanirre de \i\rr ilu jiMnii' i;ai(.H>n t'I sur l.c sobriquet, que lui dtJiinenI ses itères.

Les (( cendres du foyer » sont parfois les « cendres du poêle », du <;ros poêle des pays du nord (par exemple, dans le ioi\\r russe d7(v(n Popyalof, cité plus haul). Dans un <()nle polonais (\o la région de Cracovie (miss Cox, pp. /|."Ji, '\?>:>), il n"esl [>lus cpiestion de cendres : le niais est presqu.e tout le temps (( couché près du poêle », et on l'appelle Pieciich (de piech, ((poêle »). Mais, dans d'autr.es contes, le jeune garçon a beau être toujours (( derrière le poêle » (conte norvégien) ou (( couché sur le poêle » (conte finnois). il ne s"en aj^pelle pas moins CendrWon, du moins si nous en jugeons par les traducticuMs alleniandes (i).

Ce qu'il y a de ceilain, c'est que le sobriquet du Cendrillon masculin. — cù entre le mot Aske, a cendre », l'ylschc allemand, — existe dans t<ais les pays Scandinaves, par exemplç, Askepiiiiter, en Danemark ; Askeladden, en Norvège ; Askegrisen, Asl-epotcn, en Suède (Boite, pp. i8/|, i85).

Dans ses remarques sur Cendrillon (n° 21), que complètent celles de M. Boite sur le même conte, Guillaume Grimm. cite des écrivains des XVI® et xvii® siècles, qui parlent du conte du Cendrillon masculin, notamment le poète allemand Georg Rollenhagen (i5A2- 1609) : dans la préface d'un long poème politico-protestant, imprimé en lôgS à Magdebourg, le Froschmeuseler (a Les Grenouilles et les Souris ))), dont l'idée est empruntée à la Batrachomyomachie, Rollenhagen mentionne, parmi Jes beaux contes qui se racontent en famille, « le conte du bon Aschenpoessel (a Cendrillon ») et de ses frères orgueilleux et méprisants ». En 1664, le Suédois Verelius dit un mot du conte populaire dans lequel (( Askefijsen (u Cendrillon ))) épouse la fille du roi .» — La qualification d'.4.sc/!cnhr»deZ est appliquée par Luther à tel personnage bon et pieux de la Bible (Abcl), ayant un méchant frère, et M. Boite, après Guillaume Grimm, y voit non pas simplement une expression prov.erbiale, mais une allusion à un conte.

fi) A-bjoernsen, trad. allemande, déjà citée, I, n° 6. — Emmy ^Schreck, Ftnnische Afarchen (AVeiraar, 1887 , p. tlO et suiv.

Le thème du Saut vers le faîte n'a pas, comme seule introduction, la veillée sur la tombe paternelle, que récompense le don des trois chevaux merveilleux. Une autre introduction — ■ veillée aussi, mais pour garder les champs du père, dévastés chaque nuit, — prépare également (on l'a vu dans la Monographie D) les exploits, les mêmes exploits, du héros, et 1© type du Cendrillon masculin a été mis parfois dans cette introduction, comme dans la première. Ainsi en est-il, dans un conte pctit-russien (miss Cox, p. /j/19 ; Wollner, dans Leskien et Brugman, op. cit., p. 525) :

Le blé des champs qu'un empereur possède sut \ bord de la mer, est mangé, chaque nuit.. Les trois fils de l'empereur -doivent veiller ; mais, seul, le plus jeune, Pop&ljuh (ce Cendrillon », de popel, (( cendres »), qui s'est fait un lit d'épines, ne s'endort pas : il s'empare, au cours de trois nuits qui se suivent, de trois chcvauix merveilleux du troupeau des (c chevaux de la mer .» Ce sont ces chevaux qui sauteront, avec le prince en selle, jusqu'au troisième étage d'une princesse.

i\ventures analogues dans des contes roumains, où le plus jeune de trois frères, « balourd et malpropre, assis toute la journée à la gueule du poêle, enfoui dans la cendre », est aussi le futur vain- (jueur (i). ■•

A propos d'un conte hongrois, qui est à rapprocher des contes précédents et sur lequel nous aurons à revenir (2), le traducteur, G. Stier, fait cette réflexion (p. 1/12), que le hongrois Hamapipôle n'a indépendamment du sens du nom, rien à faire avec l'allemand [iichenhroedel (a Cendrillon »), « lequel, dit-il, s'applique toujours à une femme ».

Inutile de relever l'erreur matérielle finale. Mais est-il vrai que le thème du Cendrillon masculin n'ait aucim point de ressemblance avec le thème de la Cendrillon féminine "è II ne s'agit pas ici, entendons-nous bien, de la ressemblance générale : héros ou héroïne,

(1) Lazar Saineanu, Basmele Homâne (l'ucarest, 1895), p. 737 et suiv.

(2i G. Stier, f/ngarische Mxrclien uiid Sagen muî der Kniehjischen Sarnmlinu/ (Berlin, 1850), n- 14.

— oO'l —

d'abord méprisés par des frères ou sœurs uicchanls, puis s't'lcvanl à la plus haut^" fortune. Rien de cela n'est vraiment carartérisliciue. 11 faut entrer dans les particularités du sujet, vl alors un d/sZ/nr/uo est nôccssaire.

Les contes qui mettent en scène l.e (".endrillon inasculiu, ne sont pas tous, nous l'avons dit, du nu^Mue îyfie, et l'un de ces types, — le premier que nous avons examiné, celui où le héros, par suite de sa longue inaction au milieu des cendres, est devenu d'une force prodigieuse, — n'a, en réalité, que le nom de comnum avec le type de la Cendrillon féminine.

Il n'en est pwis de même d'un autre type du Cendrillon masculin, que. nous avons vu se rattacher au thème du Saut vers le faite, souvent avec une même introduction : la veillée du Cendrillon sur la tombe paternelle et la récompense de sa piété filiale. Comme le dit un conte russe (Anna Meyer, n° AO, quand Ivan l'Imbé'cile, celui (jui était toujours « derrière l.e poêle » ou « dessus », devint le gendre du tsar, « ses frères comprirent ce que c'avait été que de veiller sur la tombe du père ».

Dans la Cendrillon féminine, — du moins dans certaines versions, — le parallélisme nous paraît évident. Ce qui fera monter Cendrillon jusqu'au trône, c'aura été d'être allée, sur la tombe de sa jnère, implorer aide et assistance, et c'est là qu'elle trouvera les instruments de sa fortune, les souliers d'or et le reste.

Nous croyons qu'il vaudra la peine d'étudier, dans un Excursus spécial, venant à la suite de celui-ci, cette forme de Cendrillon, si différente de c^Ile qu'a recueillie Perrault, et beaucoup plus voisine, ce nous semble, du type primitif.

Dans une variante hongroise du Cendrillon masculin, mentionnée plus haut .et qui présente le thème du Saut vers le faîte (G. Stier. op. cit.), c'est d'un animal reconnaissant que le héros reçoit les moyens de gagner, par son prodigieux exploit, la main de la princesse. Dans ce conte hongrois, il s'est montré charitable à l'égard d'un crapaud, c[ui lui a demandé un peu du gâteau que le jeïine homme est en train de manger en gardant pendant la nuit la vigne de son père ; le crapaud lui donne trois baguettes (de cuivre, d'argent et d'or), avec lesquelles le Cendrillon domptera et mettra à

son service les trois chevaux de cuivre, d argent et d'or, qui viennent ravager la vigne.

A noter que, dans des contes indo-chinois, du type de la Cendrillon féminine, c'est aussi un animal reconnaissant qui vient en aide à l'héroine. Nous avons donné Le résumé de ces contes dans l'Excursus I, La Pantoufle de Cendrillon dans l'Inde (Revae, i9i3, pp. 26/4-260 ; — pp. 53-54 du tiré à part). Cet animal reconnaissant des contes indo-chinois est un poisson. Et il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que ce trait se retrouve dans des contes européens appartenant ou apparentés à cette famille de la Cendrillon féminine, un conte portugais, un conte italien, un conte norvégien, un conte suédois (miss Cox, n°" 90, 281, 86, 112), un conte russe du Gouvernement d'Archangel (Remarques Bolte-Polîvka sur le n° 21 de Grimm, p. 178).

Ici encore, il y a donc parallélisme entre une des formes du Cendrillon masculin et une des formes de la Cendrillon féminine.

EXCURSUS VI

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