CENDRILLON SUR LA TOMBE DE SA MÈRE
Excursus sur Excursasl... Mais est-ce que le but de nos recherclies n'est pas de réunir et de mettre en œuvre tout ce que, sur notre route, nous pouvons rencontrer qui soit de nature à entrer, un jour, dans la construction de cet immense édifice, l'histoire des migrations des contes indiens à travers le monde ?
Dans les contes du type de Cendrillon qui ne sont pas le conte de Perrault, — nous l'avons dit en deux mots dans l'Excursus précédent, — ce n'est pas une marraine féè qui vient en aide à l'héroïne méprisée, persécutée par sa marâtre ; la protectrice, c'est, dans divers contes, la défunte mère de Cendrillon, dont parfois la jeune fille est allée implorer le secours sur sa tombe. Et ce dernier trait, nous le répétons, relie cette forme au Cendrillon masculin : le père ici, la mère là, récompensent leur enfant de sa piété filiale ou même simplement de son souvenir filial.
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Gommant la défunte mère de Cendrillon secoui t sa fille. — Modifications et obscurcissements do lidée première.
Dans un conte danois du Jutland (miss Cox, n° 38), l'héroïne (qui est forcée par sa marâtre de vivre dans les cendres de la cuisine, mais à laquelle n'est pas infligé le sobriquet de « Cendrillon ») va, chaque dimanche, le soir, pleurer sur la tombe de sa mère. Et la mère est émue dans sa tombe ; et elle se relève, et elle réconforte sa fille, et elle lui dit ce qu'il faut faire : frapper trois fois un certain arbre, qui lui fournira, pour remplacer ses misérables haillons et lui permettre d'aller à l'église, de splendides vêtements et des souliers d'or. — Deux variantes, recueillies dans ce même Jutland (miss Cox, n°^ 43 et G4), ont, pour la jeune fîl'e, le sobriquet de « Cendrillon ».
Dans un conte norvégien (miss Cox, n° 87), quand la jeune fdle va pleurer sur la tombe de sa mère, ce n'est pas la morte qui apparaît, mais un ange.
La Cendrillon d'un conte allemand de la Hesse (Grimm, n° 21), a planté sur la tombe de sa mère un arbre, qu'elle a arrosé de ses larmes. Quand elle vient pleurer et prier, un bel oiseau blanc, sans doute l'âme de la mère, paraît au sommet de l'arbie et jette à la jeune fdle tout ce qu'elle peut désirer.
Dans un conte lithuanien (miss Cox, n° 70), où le thème de Cendrillon est uni à un thème voisin, la jeune fdle persécutée, qui n'est pas une Cendrillon quant au genre de vie (sa marâtre l'envoie garder les vaches) va aussi, un jour, pleurer sur la tombe de sa mère.
Et .do dessous la terre, la mèi-e dit : « Ce n'est pas la pluie, ce n'est I>as la neige, c'est la rosée qui tombe des arbres. — Non, dit la jeune fille, oe n'est pas la neige, ce n'est pas la pluie, ce n'est pas la rosée qui tombe des arbres ; c'est moi qui pleure sur ta tombe. — Pourquoi pleures-tu' .■> » La jeune fille ayant raconté quelle tâche unpossible vient de Jui être imposée par la marâtre (sac de lin à filer, tisser et blanchir pour 1© soir), la mère lui dit de s'adresser à vme certaine vache du troui>eiau, et cette vache exécutera potu- elle la tâche. Lorsque par ordre de la marâtre, la vache est égorgée, la mère dit à sa fille de prendre dans les entrailles divers objets, grâce auxquels l'oipheline épousera un prince.
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Dans un conte russe (Bolte-Polîvka, p. 178), la vache secourable a été léguée à l'héroïne par sa mère mourante. — Dans un '" ite é!cossais du comté d'Elgin (miss Cox, n° gS), c'est un veau que la mère, sur son lit de mort, laisse à sa fille et qui do'' ^ à celle-ci tout ce qu'elle désire, et il continue à le faire, après qu'il a été tué par ordre de la marâtre et que ses os ont été enterrés sous une pierre par la jeune fille. Grâce à lui, elle peut aller, magnifiquement parée, à l'église, au sortir de laquelle elle perd, en s'enfuyant, une de ses pantoufles de satin (i).
Tout souvenir de la défunt© mère a disparu des nombreux contes où la vache vient spontanément à l'aide de la jeune fille persécutée, aide qui s'explique très bien dans le cas d'un animal reconnaissant, comme le poisson du groupe mentionné ci-dessus, mais qui, dans le cas où l'héroïne n'a rendu à la vache aucun service, ne peut s'expliquer que par un obscurcissement du sous-thème qui va suivre.