UNE VARIANTE DE (( CENDRILLON )) ET UN EPISODE DE « DAME HOLLE
Le grand ouvrage de miss Cox a réuni de quoi former tout un faisceau de variantes finnoises de Cendrillon, à peu près identiques quant à l'introduction (n°^ i, qO, io3. laî), 106, 108, 262, 203, 3oo). Le n° 106 donnera l'idée de cette introduction :
Un roi a engagé à son service deux jeimcs filles, pour être. premières servantes, ot ime troisième, |X)ur faire les gros ouvTages. Elles se mettent en route toutes les trois vers la ville du roi. Chemin faisant, elles passent auprès d'un four, qui leur dit. « Tirez les miches de pain avec la pelle, et vous aurez une miche comme récompense. » Les deux premières répondent qu'elles ne peuvent pas le faire, de peur de se salir les mains, après les avoir lavées pendant trois ans avec du savon d'Allemagne [ailleurs: dans du lait], jx)ur êtres dignes de servir le roi. « Mais, ajoutent-elles, Cendrillon [Poroi)uha, de poro, « cendres », el piika, «jeune fdlc », <( servante », p. SSa] , qui va venir, le fera certainement. » Et Cendrillon le fait. — Plus loin, c'est une vache, qui demande qu'on veuille hien la traire. Cendrillon trait la vache, ot la vache lui donne du lait. — Ensuite, c'est un hélier, qui demande qu'on le londe avec des ciseaux qu'il a entre les cornes, ot il donnera de la laine. C<<ndrillon est encore l?t pour lui rondro ce service. — Enfin, elle retire d'une fente
de rocher [ou d'un fossôj , où il est lonilx'. un \i(Mllard qui app(>llc à son secours en prouiellanl do donner son bi\lon à qui le sauvera.
Ce bûton, si l'on en frappe un ccrlain rocher, jHOcure toute, sorte de choses; il procure nolanimenl à (/cndrilion les trois suj)erbes voitures qui successivcMuent la mènent i\ l'é^dise, trois dinianches de suite, niaj.'nifiquenient vèlut- et i'hauss('^c de soidiers d'or.
En somme, colle inlrodudinn lallaclic la di/aine de contes finnois à un groupe^ de contes, égalenieiil du lype général de (U'iulrillon, où c'est un être reconnaissant qui vient en aide à l'héroïne. D'ordinaire, c'est un animal (un poisson dans l'Tndo-Chine el dans certains pays d'Europe : voir \' Excursus V, in fine). Ici, c'est un homme ; car, dans le groupe de contes finnois, les animaux, vache, bélier, tout comme le four, ne témoignent que par do bien pauvres dons leur reconnaissance <à C-endrillon ; seul, le vieillaid le l'ail d'une façon efficace.
Il sera instructif de rechercher s'il n'existe pas d'autres contes 011 les obligés de l'héro'ine, — les mêmes. — hii r(>ndent, à un moment donné, seivice poui- service.
Le thème de « Dame HoUe ».
L'épisode du (( Service rendu à des animaux ou autres êtres »
s'unit-il intimement à ce thème?
Parmi les contes du type de Dame Molle que, dans V Excursus VI nous avons vus prêter des éléments au thème de Cendrillon et même s'y juxtaposer, le conte hessois Frau Holle, — celui qui, chez les folkloristes, a donné son nom au thème, — présente le double épisode suivant :
Avant d'arri\"er chez Dame Holle, la jevme fdle persécutée par sa marâtre passe près d'un four, ren^pli de pain, et le pain lui crie: « Ah! tire-moi, tire-moi, ou je brûlerai. » La jeune fille tire toutes les miches, l'une après l'autre. Ensuite, elle passe auprès d'un pommier, chargé de pommes : jwmmier et pommes lui crient: (( Ah ! s'ecoiie-moi, secouemoi ! Nous sommes mûres. » La jeune fille secoue le pommier et met les pommes en las. [Dans une variante de la région de Paderborn, elle trait aussi une vache, comme dans les contes finnois.]
Quand, à son tour, alléchée par l<?s beaux cadeaux que l'héro'ine rapporte de chez Dame Holle, la fille de la marâtre descend dans le
niondo inféiiciir, elle icfiii^c bi iilalonioiil de icndio soivicc aii four, au I)onimier, à la vache.
De ces deux épisodes symétriques, que résulte-t-il ? Absolument rien : les êtres rencontrés, d'abord par la bonne jeune fille, puis par la mécliante, n(^ jouent aucun rôle dans la suite des aventures de l'une ni de l'autre. On ne peut donc pas dire que ce petit thème lasse vraiment corps avec le conte de Danie lIoUc. Et, ce qui le montre, c'est un conte turc (Kûnos, Adakale, n" ii). Dans ce conte, où le personnage merveilleux, s'il n'est pas bienveillant dès le début, comme Dame Holle, le devient vite, le double épisode des Etres sollicitant un service n'existe pas, et le récit n'en a nullement à souffrir :
A l'instigation d'une marâtre, î'héro'ine est conduite pa. son père dans une forêt et y est abandonnée. Elle arrive à la caverne d'une mère dev (sorte d'ogresse), qii'elle salue du nom de « petite mère » et dont elle suce les mamelles (i). La vieille dev l'adopte comme enfant, et la jeune fille vit heureuse, n'ayant autre cliose à faire qu'à soigner, dans la caverne, des serpents qui ne lui font aucun mal (yi. La dev, très satisfaite d'elle, la prend en affection et lui demande, un jour, ce qu'elle désire, u Que puis-jo désirer^ sinon que tu me. renvoies chez mon père ? » La dev y consent, et une voiture emmène la jeune fille vers la maison paternelle, où elle ouvrira un coffre que la dev lui a remis: le coffre est rempli d'or et de pierreries.
La fille de la marâtre veut avoir même chance; mais, arrivée chez la dev, elle la mcx^ontente, et le coffre que celle-ci lui donne, est rempli de serpents, qui la font périr, ainsi que sa mère.
Contes dans lesquels l'épisode du « Service rendu à des animaux ou autres êtres » fait partie intégrante du récit. — Combinaison peu naturelle avec le thème de « Dame Holle ».
La bienveillante Dame Holle \a être remplacée par une malveillante sorcière, et, du coup, l'épisode du Service rendu par
(i) Pour ce Irait des mamol'es d'une ogresse, sucées par une jeune fille ou un jeune homme, voir V Appendice a la Moiographie D (Revue, 1917, p. S, note 1 ; — p. 3dO, noie 1 du tiré à pari).
{2)Cliezles lîu'pares de la Macédoine, l'iiéroïne. arrivée chez la vieille, doit leponiller (sic) et donner à manger à ses serpents (liolte-Polivlca, p 217); ctiez les Pelits-Russiens, donner à manger à ses serpents et à ses grenouilles (i^irf., p. 220). — On verra plus loin, dans un conte allemand de la région de Paderbornj la jeune fille cliargée par la sorcière d'éi)ouiiler son ours et son sin^e.
l'hcro'inc à dirrrK rlrc.^ n'iu-ontrcs sur sa roule ^a proiuln? dans lo récit iiiir place iiupoi laiilc cl pit'parcr le dénouenu'iil.
l 11 pi'til cdiilc russe du ( imnei iieuienl d(^ Voronetz, doiil nous na\()ns in.alheun'usenienl qu'un bref résumé (BolU'-Polîvka, op. cit., p. -J-uj), nous paraît donner tout rcsscntiel de ce type de coules:
Uno marrilre envoie l'hérome chez une sorcière, et celle-ci vtnit la nianper pour son (léjeuii(>r; la jeune fdle réussit à s'eufuii-, e(, (piand la sorcit're la i)Oursuit, les divers êtres auxquels la jeune fille a rendu service, la laissent s'échapper, au lieu de l'arrêter^ connue le voulait la sorcière
L'aide donnée à la fuite de l'héroïne se retrouve dans d'autres contes, sommairement indiqués dans les remarques Bolte-Polivka sur le n° 2/^ de (irimm. Cet épisode s'est parfois combiné, — on jugera si c'est d'une façon lieureuse, — avec le thème de Dame Holle, par exemple dans un conte norvégien, déjà cité dans VExcvrsus VI, à propos du tiail de la jeune fdle forcée par sa marâtre d'aller rechercher son fuseau, tombé dans un puits:
Dans le monde inférieur, au lieu d'arriver chez une bonne Dame Holle, l'héroïne arrive chez ime troll (sorte d'ogresse). Mais, auparavant, elle s'est montrée obligeante à il 'égard de divers êtres, rencontrés sur son chemin et dont chacun lui a demandé un service: elle a pris toute sorte de i)récautions pom- ne pas faire de mal à mie vieille haie en passant par dessus; elle s'est empressée de traire une vaclie, que gène son lait; elle a tondu un bélier, dont la laine traîne jusqu'à terre; elle a gaulé un pommier, dont les branches plient sous le poids des pommes. Et chacun de ces divers êtres lui a dit qu'il le lui revaudra.
Chez la troll qui, après s'être fait prier, d'à prise comme servante, elle doit exéciiter diverses tâches impossibles, et elle y réussit, grâce à l'aide de bienveillants petits oiseaux (i).
Furieuse de ces succès de la jeune fille, la troll la congédie en lui disant de prendre pour salaire l'un de trois coffrets, qu'elle lui présente. Lh encore, les oiseaux sont de bons conseillers.
Ce choix entre plusieurs coffrets est un trait de plusieurs contes du type de Dnmc HoUe. Mais, dans ces contes, la jeune fille n'est conseillée par personne : elle prend modestement le coffret le plus
CI) nansiiii cniit'^ irlandais, très A-nisin dn cnnte norvégien (P. Kennedv. The Fireniilé Sinrii'x i f Ji-ei/i/i(i.T)uV>\\u. JS".';. ]). ;;:!-, l'hi'rnïne a donné à ces oiseaux des ?nictli'S d iin (^'^ jKiin< ([nciie a d'' '"h-îvs, à la dpraande du four. — Parmi le-: tâches fi<;iirr'. t'.i (lan> le eont^e n(Vi'\-éj;;en. et dans leeonte irlaudais. et aussi dans un conte siiéduis. dont nous aurons à parler, celle de laver de la laine noire, de t'ai' m (luelle deviiMine blanche. Il est assez curieux de constater que ce petit d('tail se reirouve. bien loin des pays Scandinave- et 'ie Tir ande, dans un conte Slovène (Bolte-Polivka, p. 216) et dans un conte bulgare {ibid, p. 217).
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shn{)lL', cl elle en est. récompciisé.e ; car ce coffret est rempli d'or et de pierres précieuses.
A partir de cet endroit, le conte norvégien va s'éloigner tout à fait du thème de Dame Holle.
La jeune fille ayant quitté l;i maison (l(> la troll, celle-ci se met à aa poursuite pour lui reprendre le coffret et la liéchirer en mille pièces. Mais le pommier, auprès duquel la jeune fille repasse, lui dit de se cacher sous ses branches, et déroute ensuite la poursuite de la iroll, en répondant cà ses questions que la jeune fdle est déjà loin. Le bélier la cache sous sa laine; la vache, sous ses mamelles; la haie, sous ses branchages, et la jeune fille j^eul arriver saine et sauve à la maison.
Le récit de\rait se terminer là ; mais on n'a pas voulu s'arrêter en si beau chemin dans les combinaisons avec le thème de Dame Holle, .et ce thème comporte une contre-partie aux aventures heu-, reuses de l'héroïne : les mésaventures de la fille de la marâtre. Emmancher celte contre-partie au corps du présent récit n'était certes pas chose aisée ; car, si la méchante fille sait quels dangers mortels la bonne fille a courus dans le monde inférieur, elle hésitera, malgré sa cupidité, à y descendre.
Le conte irlandais n'a pas même entrevu la difficulté ; mais Le conte norvégien l'a supprimée : la bonne jeune fille (pas si bonne, en la circonstance) fait, après être rentrée à la maison, un tableau enchanteur de son séjour chez (( l'excelh^nte femme » cjui lui a donné le coffret pour ses peines ; ainsi trompée, la fille de la marâtre n'a plus qu'un désir : entrer au service d'une si généreuse maîtresse. Et, grâce à ce coup de pouce donné à la vraie forme du récit, la symétrie, existant dans le conte de Dame Holle, existera aussi dans un conte foncièrement différent : les aventures finalement heureuses de l'une des deux jeunes filles auront pour pendant les mésaventures continuelles de Lautre, que ne secourront pas, lors de la poursuite, les divers êtres qu'elle a brutalement traités.
Dans un petit cont.e anglais (i), la difficulté que nous avons signalée, a été esquivée dès le début. C.'f^At ensemble que les deux jeimes filles séjournent chez la sorcière, et c'est ensemble, que, s'enfuyant, (hacune avec un sac d'argent volé, elles repassent auprès du pomiw'u'v et des autres êtres qu'elles ont déjà rencontrés et traités, rime avec amabilité, l'autre tout différemment. En cette occasion, chacune leçoit ce qu'elle mérite : la bonne jeune fille échappe à la
'1)1.. Ti-n/., /J/(! ii'uexlen enqli^rhrn Af.rrrheiixtinimhinijcii timl titre Çuellen i':.i--ri. I"(l;.>) II. i\".
sorci^ro ; l 'autre est rattrapée cL la sorcière lui reprend le sac d'argent (i).
Dans un conte suédois {2), tous les éléments du récit sont ceux du conte norvéïrien et du conte irlandais : mêmes êtres envers lesquels l'héro'ine s".est montrée seniablc ; mêmes tâches à elle imposées. Seulement, la femme qui prend la Jeune fille à son service, est devenue, — ou redevenue, — une bonne femme ; ce qui change toute V orientation du conte, et notamment rend tout à l'ait singulier le maintien dans le récit des taches impossibles, lesquelles ne se comprennent plus, quand ce n'est plus un être malveillant qui les impose. — En outre, ici comme dans le conte iiessois de Dame Holle, les êtres rencontrés par l'héro'ine n'ayant pas à protéger plus lard leur bienfaitrice contre une ennemie, cet épisode de la Rencontre est, dans le récit, un corps étranger.
— Les tâches impossibles sont exécutées, grâce aux conseils ou à l'aide effective d'animaux (oiseaux et chats), envers lesquels l'héro'ine s'est montrée charitable... à domicile, nous voulons dire dans la maison même où elle est servante. — On se perd dans toutes ces variations folkloriques, bien faites pour étonner ceux qui, à priori, s'imaginent, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que les contes populaires sont quelque chose de simple.
Notre épisode dans une variante bien construite, apparentée à « Dame Holle ». — Deux petits contes indiens
Dans les contes précédents, — du moins dans ceux qui sont de bonne structure, — les divers êtres auxquels l'héro'ine a rendu service, intervenaient pour la protéger contre un être malfaisant.
(1) Dans ce conte anglais, la sorcière défend aux deux jeunes filles de regarder dans le tuyau de la cheminée : elles le font néanmoins, et. chaque fois, il tombe du tuvau un gros sac d'argent — Ce trait de la désobéissance et de la fuite avec l'argent de la sorcière n'est point particulier au conte anglais : dans un conte de la Russie Blanche Bolte-Polivka, p. 220), l'héroïne s'enfuit avec les trésors qu'elle a trouvés dans la chambre où il lui avait été défendu d'entrer (pommier, poirier, etc. reconnaissants).
^2; B Thorpe, Yule-tide Slories. nouvelle édition (Londres, 1902), [i, 1)7 et sui\ .
Une nouvelle coiiibinaison, unissant noire» petit thème à Dame Holle, les fera intervenir pour coinplclcr l'ieuvre d"un bienlaileur de l'héroïne.
Il en est ainsi dans un conte indien du Bengale (i).
Un homme a deux femmes, une jeune et vnie vieille. Cette dernière est traitée par l'autre comme une esclave. Un jour, sa rivale, en fureur contre elle, lui arrache l'unique touffe de cheveux qu'elle a sur la tête, et la met à la porte. La vieille s'en va dans la forêt. Passant près d'un cotonnier, elle a l'idée de balayer la terre autour de l'arbre: celui-ci, très satisfait, la comb'-e de bénédictions. Elle fait de même à l'égard d'autres arbres, bananier, lalasi, ainsi qu'à l'égard d'un taureau, dont elle nettoie l'abri. Tous la bénissent aussi.
La pauvre femme arrive ensuite auprès d'un vénérable mouni (sorte d'ascète), et lui expose sa misère. Le mouni lui dit d'aller se plonger une fois, mais une fois seidement," dans un certain étang. Elle obéit et sort de l'eau avec les pkis beaux cheveux du monde, et toute rajeunie. Le mouni hii dit alors d'entrer dans sa hutte et d'y prendre, parmi plusieurs paniers d'osier, celui qu'elle voudra. Elle en prend modestement un d'apparence très simple. Le moimi le lui fait ouvrir: il est plein d'or et de pierres précieuses et ne se vide jamais.
En s'en retournant à la maison, elle passe devant le tiilasi. L'arbre lui dit: « Va en paix: ton mari t'aimera à la folie. » Puis le tauieau lui done deux ornements de coquillages, qui étaient autour de ses cornes, et lui dit de se les mettre aux poignets: quand eile les secouera, "Ile aura tous les ornements qu'elle voudra. Le bananier lui donne une (\f ses larges feuilles, qui se remplira, à volonté, de mets excellents. Enfin, le cotonnier lui fait présent d'une de ses branches, qui lui fournir;!, si elle la secoue, toute sorte d'étoffes, non pas seulement ds -.ilmi. n>r- « de soie et de p"uij3re ».
Quand elle rentre à la maison, l'autre femme n'en peut croire ses yeux. Ayant appris les aventures de la vieille, elle s'en va aussi, dans la forêt; mais elle passe sans s'arrêter auprès des trois arbres et du taureau, et, au, lieu de ne se plonger qu'une fois dans l'étang, comme le mouni le lui avait prescrit, elle s'y plonge deux fois, pour être plus belle encore. Aussi sort-elle de l'eau, ayant perdu toute cette nouvelle beauté. Le mouni, axiprès duquel elle est allée pleurer, lui dit qu'elle est punie de sa désobéissance, et, dédaignée désormais de son mari, elle finit sa vie comme servante de la maison.
Ainsi, dans ce conte bengalais, aux deux bienfaits du mouni à l'égard de la pauvre vieille, — bi.enfait physique, qui la rend belle, et bienfait matériel, qui la rend riche, — viennent s'ajouter, de la part des êtres reconnaissants, divers bienfaits matériels, tout spéciaux, de l'ordre de ceux qui contribuent à l'agrément de la vie. Mais, dans ce même conte,. la contre-partie est incomplète ; il n'y
(t) L 1 Behaii Day, Fulk-tales nf lienqal (Londres, 1883), n' 22. .
a pas, en offol, pour la inéchanto IVnune, de seconde rencontre, la mettant de nouveau en présence^ des êtres qxn se sont trouvés sur son cheniiu, alors (pi'elle se reiulail. chez le nwnni.... A vrai tlire, on ne voit pas trop quel rôle ils auraient eu à jouer : la femme est passée auprès d'eux sans même les regarder, cl, du reste, ils ne lui avaient demandi' aucun sei\ice.
Dans un autre coule indien, le merveilleux a disparu d'un point important, central. I,e(piel est tout à fait prosaïcisé, et on cela ce conte est moins bon (pie le conte bengalais ; mais, sur un auîre point, la structure est meilleure : ce n'est pas de sa propre initiative que l'héroïne a rendu service aux divers êtres qu'elle a rencontrés ; elle en a été priée par eux. Et ce trait (qui a passé dans les contes européens) aura des conséquences pour la contre-partie.
Cette variante, que nous allons résumer, a été recueillie dans le Pendjab, à Rohtak, dans le district duquel elle est, paraît-il, partout répandue (i) :
Doux soeurs ont im caraclèn^ bien dil'féivnt. L'aînée, Motho (quoique chose comme « Pctite-Fèvo »), est qiierelleuse et désagréable ; la cadet le, Mûngo ((( Petit-Pois »), est douce et aimal)le.
Un jour la bonne Petit-Pois propose à sa sœur d aller faire visite ensemble h leur vieux père, lequel habite, à quelque distance do là, chez le\ir frère marié: on est en , leine moisson, et le vieillard est laissé seul à la maison, où il doit bien s'ennuyer. Petite-Fève repond quo cela lui est égal, et que sa sœur n'a qu'à y aller, si bon lui semhle. Petit-Pois s'en va donc soûle.
Sur son chemin, elle passe près d'un jujubier, lequel la prie de la débarrasser de ses épines qui l'incommodent; Petit-Pois s'empresse de lui rendre ce service. Puis, un feu demande à être dégagé do ses cendres, qui vont l'étouffer, et Petit-Pois lui donne satisfaction. Plus loin, c'est un second arbre, un pîpa], dont elle rattache une branche, à demi cassée, et enfin une fontaine, dont elle nettoie la source, obstruée par le sable et les feuilles mortes.
Petif-Pois étant arrivée chez son ]>ère, le vieillard est si content, qu'il ne la laisse partir qu'après lui avoir donné un buffle et de beaux objets do ménage à charger dessus, « comme si elle était pour se marier ».
Mais ce n'est pas tout. Quand Petit-Pois repasse auprès de ses obligés, chacun lui tém.oignr-. sa reconnaissance. La s"»^rce lui dit de prendre une jolie étoffe, qui flotte sur ses eaux; le pipai \\ii donne un collier de perles, accroché à ses branches: le feu, un délicieux gâteau; le jujubier, d'excellents frinfs, bien mûrs.
Petite-Fève, jalouse, s'en v.i. ellf aussi, faire visite à son pèrc". En route, elle répond brntalcmr'iit aux demandes du jujubier, du feu, du
(t; I F \ Steel et II. C Tcuiie, \\\dc-auaki' Slorirs (Hnmtiay. iSS't). p. 178, tt aiusi np. ;]Pm) et 8t)f^.
pipâl <'l ■(W la source, cl, (luniul (•li(> arrive choz son ])(T(>, son frèro et sa belle-sœur, liés mécoii lents de ce «luo le vieux l)onhomme ail fait, en leur absence, de si beaux cad<>aux h Pctil-Pois, et qui ne veulent pas qu'il recommence avec Petite-lune, toml)ent sur elle à coups de bâton et la mettent à la jjorte. Et, quand elle repasse auprès des êtres qu'elle a traités insolennnent, ils lui font venir l'ean à la bouche eu lui montrant, — connue précédemment à Petit-Pois, — la fontaine, un tissu précieux; le jnpàl, xm collier de perles; le feu,. \ni gâteau appétissant; le jujubier, des fruits mûrs. Mais, quand elle veut se saisir de ces belles et bonnes choses, cela lui est rendu impossible. Elle revient donc à la maison,, déçue, battue et affamée.
C'est un peu enfantin ; mais la contn^-partie n'en est pas mo'ns complète.
Monographie H ^
LE thèmiî: de l.v (( PF.\i; du pou »
L'étude oii nous allons nous engager, à l'occasion d'un llièmc assez étrange, n'ira pas sans complication; aussi, pour orienter ceux qui voudront bien nous suivre, croyons-nous devoir commencer par indiquer quelle sera notre marclie et dans quel ordre nous disposerons nos très abondants n^atériaux.
Mais disons ce qu'est ce bizarre thème d.e la Peau du pou :
Un roi. ou sa fille, a la singidière idée de nourrir une bestiole trè^ peu intéressante, un pou ou une puce. — Au bout d'un temps plus ou moins' long, on se trouve en présence d'iin monstre énorme et hideux. Le roi le fait tuer et dépouiller de sa peau. Celui qui devinera de quel animal provient cette peau, épousera la princesse.
Ce thème de la Peau du. pou. s'est adapté, comnu^ introduction, à des thènK^s 1res divers, et notamment au thème des Doués.
Dans un ] rcmier chapitie, on verra d'al)oi-d les Doues venir en iiid(> au héros, pour qu'il puisse répondre à la question posée et, par suite, épouser la princesse.
Il s'agira ensuite, dans ce chapitre, d'une (ont autre inler\(iition des Doués. Celui qui donnera la réponse, sera un être malfaisant surhumain, et, pour d.eviner, il n'aura besoin du secours de personne. Si les Doués interviennenl, c(> sera contre lui, poui- tircide ses griffes la princesse, que I." roi a ('!('' forcé de lui donner. ■ — Cell;^ inler\enlion élaid la )iiènie, ou du même genre, dans un
— IVM) —
certain noinhn^ dv cdiitt's, iimis aurons à ("IiuIum- ces contes collecvoment, bien ^\^w tons (il s'imi l'aul) ne se rattachent pas au thème du Pou. Ce sera robjel il une Moiunjrapliic 1I^ Le fJièmc d" la Captive délivrée et le thème des Doués.
Dans un second chapitre, nous réunirons les contes, très variés, qui n'ont aucun rapport ni avec !e thème des Doués, ni avec le tliènie de la Captive délivrée, et dont l'un montrera que le tliènie du Poa se retrouve dans l'Inde.
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