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LE THÈME DE LA (( PEAU UV POU » ET LE THEME DES « DOUÉS

Voici d'abord une combinaison très particulière, que jusqu'à présent nous n'avons trouvée que dans deux contes gascons presque identiques, publiés l'un en 1861, par feu M. Cénac Moncaut ; l'autre, /:n 1886, par feu M. Bladé (i). C'est la version de M. Cénac Moncaut qui nous paraît la meilleure, et que nous résumerons :

La fille du roi de Gascogne met à l'engrais dans un coffret une punaise, qu'elle a trouvée sur son corsage ; puis, la punaise étant morte « de gras fondu », la peau en est tannée et employée à recouvrir le coffret. Le roi donnera sa fille au gentilhomme qui devinera ce qu'est cette pcaiL Personne ne devine.

Un certain chevalier se met en route . pour aller tenter l'aventure, et, chemin faisant, il prend avec lui quatre doués. Le premier entend ce que disent « les gens de l'autre monde » ; le second tire aux oiseaux voltigeant au sommet des collines ; le troisième prend toute ime charge de pierres et de fagots [dans l'autre conte, « s'entrave avec des corde» »] pour courir après des lièvres : sans quoi, il « leur passerait devant » ; le quatrième met une forêt en fagots, qu'il chargera sur ses épaules.

Pas plus que les précédents prétendants, le chevalier ne devine. Tandis qu'il se retire, voilà que Fine-Oreille entend le roi dire à sa fille : (( Ces gens-là se croient les plus fameux de la Gascogne, et ils ne savent pas deviner que la couverture de ton coffret est la ]K>au d'une punaise engraissée. » Le cheA^alier retourne sur ses i^as

(i) Cénac Moncaut, Contes populaires de la Gascogne, l'aris. 18G1, p. ISi et suiv. — J. F. Bladé, op. cit., III, p. 36 et suiv.

et devine ; mais le roi ne veut pas Ini donner sa fdie, prétendant qn il y a parenté entre le gentilhomme et la princesse. (( Nous demanderons la dispense à Rome, » dit le chevalier. Le roi envoie un pigeon pour prier le Pape de -refuscM- tout consentement ; mais Bon-Œîl aperçoit le pigeon et, d'un coup de fronde, il l'abat. Pendant ce temps, le Coureur va chercher la disin-nse et l'a bientôt rapportée.

Alors le roi demande s'il no pourra pas racheter la main de sa fille a prix d'argent : « Combien faudra-il donner ? — Ce que cet homme-là pourra porter. » Mais, quand le roi voit le doué à l'œ-uvre, il se rend aux raisons de ses ministres et marie sa fille au gentilhomme.

Où et à quelle époque cet empêchement de parenté et cette dispense sont-ils venus moderniser le thème primitif ? c'est ce qu'il est impossible de savoir. Mais nous constaterons qu'une modernisation du même genre a été introduite dans un conte allemand de la Basse-Saxe, déjà cité à propos du Vaisseau, merveilleux (Scliambach et Miiller, p. 289) :

Le roi ayant clé forcé de t(Miir ^a promesse, les futurs époux sont au moment de se rendre à l'église pour le mariage, quand on saperçoit (]ue le jeune homme n'a pas son extrait de baptême {Taujschein). On ne lui donne qu'une heure pour se le procurer. Le Coiureur est envoyé et il rapporte juste à temps la pièce demandée (i).

On a lemarqué combien a été modifié ici le thème de li Course : ii ne s'agit plus, pour un coureur, de vaincre un autre coureur ; il s'agit de rapporter à un roi telle chose, dans un temps donné.' Cette variante, nous l'avons déjà recontrée, plus haut, dans un conte lapon, où l'objet que le roi veut avoir pour le lendemain matin et que le Coureur rapporte, est le gobelet d'or du roi du pays voisin. — Dans un conte flamand, déjà plusieur fois cité (Wolf, n° 2.5), ce qu'ordonne le roi, c'est d'aller porter une lettre à son frère, qui demeure à deux mille lieues, et de rapporter la réponse, le tout dans les vingt-quatre heures (comme dans le conte saxon, intercalation de l'épisode du sommeil du Coureur). — Dans un conte souab.e (Ernst Meier, n« 3i), cité précédemment aussi, le roi dit au héros de lui rapporter, dans les trois heures, une bouteille d'eau de telle fontaine, qui se trouve à trois cent cinqiianle lieues (même épisode du sommeil).

Un autre conte souabc (ibid., n° 8) donne une forme toute

fl) Entre le départ et le retour du Coureurje conte saxon intercale un épisode retour ; Je Tireur 1 apercevantet le réveillant.

— IVM —

l'iiilK iiliriT (le (•(•Ile v;iiianl(\ l,;i (Iciiiaiidc du mi n'est pas un iiioNrii ililaldiiv. — tiiii, selon loiiles prohahililés, devieiidro di'dinilif, — d'écarter un pii'iendani niai \u : ce (pie le roi de ce conte envoie clierclier. lui est nécessaire, el il désire 1res vivement

l'ol'tonir :

l.o (loues sont (pialiv lirics : un i^en 'l'iieur, \i\\ Souinenr. un Couleur, un Viracliciu' de cIkmics. Or. \r ■< r<ii de l'i iisse » est très n\;da(lf. cl son médecin déHlaii" (lu'il nu)uria. si. dans les huit heures, (1,1 II,- lui |)rocure pas « l"luMl)e de \ie (jui eroîl sui- le Saint-Gothard <Mi Suisse 1'. I.e roi l'ail |)ul)lier ipie <ciui (pii apiiorlera l'herbe, recevra aulanl d'arL;('nl (pi'il en désireia.

l.c Coiu-eur raj)porte « à Berlin .. l'iierhc salulaire [après l'épisode du sonnned|, el le roi de Prusse ^niérit. 11 dit alors au Conreiu' de prendre, jjour ^a réro^upîMise. autant d'ar^a'nl qu'ini liomme eii peut porter. t/Arraelieur de chênes, apjjch'^ par .son frère, arrive avec un sac inuncns(- : huis les trésors du roi y passent. Très fâché, le roi ordonne à (\vu\ régiments d'infanterie et à deux régiments de cavalerie de mareluM- eonire l(>s quatre frères ; mais ]q Soufflcuv a vite fait d'envover lous ces soldats dans un lac, u où ils périssent misérablement ».

Le lac est -il un des lacs des environs de Berlin, cl le conte serait-il ainsi un modèle de ])rccision topographique ? Personne, certes, ne voudra en jurer. Une seule remarque est à faire : ce n'est ni un Berlinois, ni quelque autre Prussien qui, avant i.S.^ia, a raconté à un professeur de l'Université vvurtembergeoise de Tubingue ce conte peu révérencieux à l'égard du roi de Prusse ; c'est un Souabe, un Allemand du Sud.

Celte même histoire se raconte dans la liesse (vallée de la .Schwalm), avec quelques petites différences : c'est pour guérir la fille d'un roi que la plante salutaire doit être apportée, dans les vingt-quatre heures, d'un pays situé à cent milles de distance ; et les hussards, chargés do poursuivre les quatre compagnons, ne sont pas jetés dans un lac par le souffle d'un des clones, mais lancés dans les airs, de sorte qu'on n'entend plus parler d'eux (Grinmi, remarc|ues du n*" 71).

Seuls, à notre connaissance, les deux contes gascons moniicid les do(/c,s aidant un maître à deviner ce qu'est la singrdière peau.

Dans les cmiiIcs qui \.ui( sui\ic, le .l<'\ innii- n'a nul besoin d y èlre aidé; car il est, nous Taxons d.'jà dil, un èlre niall'aisant, siirlntwaiii, e( le.- doues interviennent d'une tout autre façon.

Nous résumerons une forme très simple de ce sous-thème, un conte du Tyrol italien (i), où une princesse, sur le conseil de sa mère, s'est fait faire une paire de gants avec la peau d'un pou engraissé et a promis d'épouser quiconque devinera de quel animal provient cette peau :

Celui qui devine, n'est autre que le diable déguisé, et il emmène la princesse. Celle-ci, ayant découvert ce ciu'il est, envoie par une colombe qu'elle a emportée, une lettre à son père, lui disant : « Père, sauve-moi. Je suis la femme du diable. »

Le roi se met en campagne avec une armée. Sur son chemin, il rencontre un homme qui regarde au loin. « Qnc fais-tu?— Je legarde jusque dans la maison du diable. - Que fait la femme du Pliable ^ — Elle est tonte seule, assise et pleurant. » Le roi prend avec lui ce doué et, plus loin, un second personnage (pii a entendu la a femme du diable .. soupirer. Un troisième et un quatrième doues sont encore invités par le roi à l'accompagner : l'un peut soulever de leurs gonds sans bruit les portes les plus lourdes ; l'autre marche si légèrement que personne ne peut l'entendre.

Grâce aux efforts combinés des quatre, la princesse est délivrée : le Voyant découvre où est la maison du diable ; l'Ecouteur entend le diable ronner ; alors, profitant de ce moment, le tort soulève sans bruit la porte, et, sans bruit aussi, l'homme à la marche légère enlève !;i ])iiiicesse.

Le conte s'arrête là. Les autres contes du même type (unissant le thème du Pou au thème de la Princesse délivrée par les Doués) ont une seconde partie : quand l'Atre malfaisant s'aperçoit de la disparition de sa captive, il se met à la poursuite de celle-ci et de ses libérateurs.

Ce groupe de contes comprend un conte du Pentamerone napolitain, un conte grec de l'île d'Astropalia (l'ancienne Astypaloea), deux contes albanais (2).

Dans te présent chapitre, nous nous occuperons seulement de ]lniroduction de ces contes, réservant, — ainsi que nous l'avons

(1) Scliiieller, M.rrrhen and Siu/eii aux \\\rlschltrul (Inspriick, 1857 \ n" ol.

(9) Ce^ quatre rnnte^ ont clMà été mentionnés, dans la l'remière partie (le ce Groupe de Monographies H, à l'occasion de la « tour de fer ., que 1 un des doue* fait surgir de terre, ((uand il le veut.

dit on coinmenraiil, — à iin(> M(.iuii^ra|)hic spiViale l'élude du thème de la Captive délivrcc.

Dans le l'cnlaïucronc, c'est le loi ([ui a promis, sans la consulter, sa fille à (lui devinerait ce (jnesl la peau dune puce, qu'il a l'ait engraisser et qui est devenue « grosse connue un mouton », et c'est un ogre [norco) qui de\iu(\ — Dans le conte grec, la peau est la peau d'un pou, trouvé dans les cheveux d'une princesse, pendant qu'on la peignait, et qui, nourri par ses soins, est devenu « un Ixeuf » ; la piincesse ne veut épouser que celui qui devinera de quel animal vient cette peau. De nombreux princes et « fils de vizirs » [marque d'importation turque] ont déjà perdu la vie pour n'avoir pas deviné, quand arrive un beau jeune homme, qui n'est autre que le diable, et qui devine du premier coup (tV — Dans les deux contes albanais, ce n'est pas la peau de l'énorme pou, c'est le cadavre du monstre qui est exposé en public et dont il faut dire ce que c'est. I.à encore, le diable le dit, et il emmène la princese.

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