‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 81 sur 92 · C.HAPITPF, II · texte numérisé non relu

C.HAPITPF, II

Un prétendu conte du crû, chez les nègres de l'Afrique du Sud

\otre histoire de \'Eiilèvemeiit se retrouve chez les Nè^^res de l'Afritpie du Sud, dans la tribu des Ba-Ron^a, branche de la irraude famille des Bantou. I^e conte dont cet épisode fait partie, a été iccui'illi par M. le pasteur Jinind, d^ la (( Mission romande », tout près de Lourenza-Marquè^s, la petite capitale d'un district des

0) Voir les indicatfons de la note précédonlc

possessions |x>rliiiraisos de la rote orientale afritviine', où il a é\é 1res pi-oliahl(Mnenl appoité |)ar les Poi-lujxais (le nom du héros, njli'itiin. ii'i'sl aiilrc tpic le |i(mI Dirais ./"ao, (< Jean n) (i ).

La fVuiiuc d'un « clicf » s'e^l enfuie ùc chez son mari et ellei est retournée chez ses parents, h Mozambique. Djiouaô reçoit du chef l'ordrn d'aller la cherclier. Sur le conseil de sou (idrlc cheval, le jeune houiiue sp fait donner deux perles et deux anneaux, s'emliarqne poiiir Mozambique et s'en \a crier sa marchandise dans le villa^'e de ta jeune rriuiu(\ qui ,"i hi \ ne des |)i'rlcs cl des anneaux. i',v| enchantée. L)jionaô lui dit (|u'il \ eu a (piiudib'' suir son vaisseau ri l'invile h y veidr faire son clioiv. (hiiuid la feuune csl sur le vaisseau, Djiouaô met à la voiie, cl la feiunie, tiès iu(Vonlenle. laisse tomber sou anneau en haute mer, <m"i un poisson l'avale.

Ariivi' (liez le cliej', son mari, la l'emme deiuande, — connue la Relie aux cluncMix d'or, — (pie Djiouac't aille lui recliercher son anneau. i(i le thème primitif s'altère, et peid son merveilleux, car c'est, tout bonnement en péchant jjiatiemineid que Djiouac*) attrape le puisson et se met en possession d? l'anneou. Mais un des (h'tKUKMiients les plus connus de la Belle (iii.r cheveux d'or va se j(>indic à répisode de VEnlèvemenl :

La femme dit alors qu'elle ne veut plus voir cet liomme vivant, et le clief ordonne à ses gens de faire bouiillir de l'eau dans une grande marmite et d'y mettre Djiouaô. Celui-ci, conseillé par son cheval, s'enduit de graisse, et quand, après l'avoir enfermé dans la marmite et avoir bien activé le feu, on enlève le couvercle, Djiouaô sorl, « ayant mis des habits de toute beauté, si l>eaux que jamais personne n'en a revêtu de pareils » (traduction bantou de l'embellissement du hérosV Le chef veut, lui aussi, « portei' d'aussi beaux vêtements )>. Il ordonne à ses serviteurs de bien chauffer la marmite. (( J'y entrerai; dit-il, et j'y trouverai les riches parures avec lesquelles Djiouaô est sorti ». Et il est l)ouilli dans la marmite.

M. .lunod estime que dans le comte bantou, cette histoire de la marmite est bien du crû : ce incident puremenl hanlou », ,ce sont ^es expressions,. D'autres, — et non pas les premiers venus, — avaient déjà, du reste, avant lui, traité le folklore à la façon des rh'iiusfafeiirs de viiifi, et trouve ainsi à des contes incontestablement indiens d'origine le a parfum de la Germanie » ou une « saveur >-caiidiiia\p » ('i).

M) It. A .Tiinoii. f.ex Chrinls et Irx fniitps: dm Bn-Rnnr/n de lu hnir fh pplnr/ n (I.atisaniiP. 1807). p, 287 et siiiv.

(2) l'oir ila:rodiirlioi\ de non Coules populaires de /.nrrnine. p. XX.Wtl et suiv

Quand à l'incident de l'Enlèvement, d'après l 'expertise de M. Junod, la saveur n'est pas franche ; dans ce cas, coniine ausisi dans d'autres (p. 270), il y a ce que nous pourrions appeler un coupoije : du bantou, addilionné d'européen, ou, si l'on veut, d" « exotique «.Et cet échan'tillon montrerait « ce que devient le conte bantou sous les influences diverses que les races s,upérieures

exercent en Afrique {Ihid) » Nous dirions, nous : ce que

deviennent les contes des races siupérieures, quand il lieur arrive de tomber entre les mains des races inférieures ou plutôt des races dégénérées, que sont les sauvages, selon les très justes observations de Max iVIiJller (i). F]t nous n'avons pas à aller bien loin pour montrer combien, dans ce milieu, nos conteis se déforment. Dans ce dénouement du conte de Djiouaô, auquel M. Junod trouve une saveur (( purement bantou » ; le fond est bien évidemment (( exotique )) : cheval secourable, conseil par lui donné au héros, sorti de celui-ci, sain et sauf, de la chaudière, mort de son persécuteur, qui veut l'imiter, tout cela n'est aucunement bantou. Ce qui est banlou, c'est le trait des « beaux vêtements », substitué sottement

au trait de rembellissement du héros, SfOrtant plus fort et plus beau de la chaudière bouillante ou, dans certaines versions, du four ardent.

Bien que moins, ridicule, la substitution d'un « graisse » quelconque à la sueur ou à l'écume du cheval merveilleux n'est guère moins inintelligente. Et, à ce propos, la graisse joue aussi son rôle dans des variantes siciliennes de l'incident (■?.), mais combien mieux !

Le cheval a dit au héros de le faire courir à outrance, puis de reciK^illir sa sueur (ou son écume) et de s'en oindre tout le corps. Ainsi mystérieuspniPnt protéfïé, le liéros est sorti du fouir ardent, sain et sauf et phis beau qu'il n'y est entré. La « Belle du Monde entier « dit au roi d'y entrer hii-mème. Le roi demande au jeune liomme comment il a fait pour ne pas être brûlé ; l'auitre lui répond qu'il s'est oint avec de la (graisse. Le roi le croit et, ;» ]>eine est-il entré dans le four, qu'il y est consumé ^r les flammes.

Cela, ce n'est pas du bantou !

(1) Mémo, /ntrodiictinn. XIV.

(2) Contex populaires dr f.nrramr. il, pp. 288-209.

SRCONDE BR\NC1IF.

LA CAPTIVK DKI.IVRKK

iir i,i;s pi:asuNNAGJ:s a TALK^TS i:m a\urtni\\mi:s

Page 1