‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 82 sur 92 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

En Occident

sf:gtio<n I

CONTKS ITALIENS DU XV!*" SlÈCLli JiT D 'AUPARAVANT

Line novella italienne, qualifiée d' (( anlica » par l'éditeur et très certainement bien antérieure au xvi* siècle, donne d'une façon suffisamment intelligible, malgré les lacunes d'un manuscrit maltraité par les années et par l'huraidité, une forme très, simple du sous-thème qui va nous occuper (i).

Le roi de Jérusalem a quatre fils qui font de telles dépenses, qu'il leur faut se séi>arer de leur père. Ils conviennent entre eux qu'ils reviendront au bout de dix ans.

Le premier va à Paris, « où il étudie toutes les sciences »; le second va en Sicile, « où il ne trouve autre chose à faire que d 'être arbalétrier », et il devient « le meilleur qu'on puisse voir «.Le troisième va en Catalogne, « où 11 ne trouve que des voleurs », dont il apprend le métier, et il devient le plus habile qu'il puisse y avoir ». Enfin, le quatrième, à Gênes, <( apprend à faire les vaisseaux et les galères », et il devient, en ce genre, « le maître le meilleur du monde ».

A partir de cet endroit, le manuscrit est rempli de lacunes ; mais on peut le reconstituer ainsi :

(1) fi. PAfASTi, Catahqo di novpllieri ilaltani in pn,s(i. . iLivoriio, 18" Ij.

p. XI.IY.

Quand les quatre frères sont de nouveau réunis, l'ainé (le savant) dil aux autres qu'il y a, dans une île de la mer, une jeune lille, gardée par un dragon, lin vaisseau est construit par le second frère. La jeiuie fille est enlevée par l'habile \oleur, et, quand le dragon se met à leur poursuite, il est tué par l'arbalétrier.

Y«t's le milieu du .wi" siècle, en Italie encore, le conte sui\ant était inséré dans les PiacccoU .\otli, de Slraparola (Vil, 5):

Les trois lils dun i>iiu\re honinie, \oidant ne plus être à chargea leur père, s'en vont, chaciui de son côté, par le inonde, après être convenus [comme dans le conte précédent], qu'ils se réuniront, au bout de dix ans, à l'endroit où ils se sont séparés.

L'aîné prend du ser^ice dans une année en canifjagne, ei il se mei bientôt au premier rang, aussi bien pour l'adresse que pour ra vaitlanct. « il peut, un poignard dans chaque niain, grimpej contre 'e mur de la plus haute forteresse ». Le second apprend, à la perfection, chez un niiiitre, l'art de construire un vaisseau. Le troisième arrive dans ntu' iorét, et ie chant des oiseaux le charme tellement, qu'il ne va pas jilus loin fcl y vit en sauvage : il y apprend à connaître le langage de«i ^iseauK.

Quai^a ils se retrouvent tnsemble, tous les trois, le con->aiss('ur du langigi' des oiseaux en entend un parler de la « iille d'Apollan ;), qui a et' 'Slruil dans l'île de ^hios. sur la nK.r Egée, une foiteresse d( marbre, dont 1 fuiiée est gardée par un serj^fnt et un basilic. « L^ .-si enleiinée Aglaé, la plus belle demoiselle du monde », avec un immense trésor. Celui qui parviendra au sommet de cette forteresse v( gagnera le trésor et Aglaé ».

Un vaisseau, construit par le second frère, les amène tous les trois à l'île de Chios, où le frère aux deux poignards grimpe jusqu'au faîte de la forteresse, s'empare d 'Aglaé et la fait descendre au moyen d'une corde vers les deux autres frères, puis il « dévalise » tout le château.

Lequel des trois mérite le plus que la demoiselle lui soit adjugée ? Le débat n'est pas encore tranché.

Ce petit conte est curieux. Jusqu'à quel point l'humaniste de la Renaissance, qui y a introduit la « fille d'Apollon » et l'île grecque de Chios, a-t-il arrangé un récit populaire, nous ne saurions lie dire. Mais le fond primitif se découvre sous l'arranj^ement.

L'aîné des frèresi, le soldat accompli, devrait reproduire l'exploit de l'infaillible Tireur qui, dans tant de contes de cette famille, tue le dragon en plein vol, à la poursuite.' des libérateurs. Mais, dans le conte italien, le soldat n'a point affaire au serpent ni au Iwsilic, qui « gardent l'entrée def la forteresse ». Il joue tout bonnement le rôle du Grimpeur, que nous verrons, un peu plus loin, à l'œuvre, dans un conte bas-breton et dans un conte danois. — Et comment

s> prend-il. le « soldai », pour grimper contre un wnir à pic > K\itiiimnenl, il s'aide de ses « deux poignards ». quil > enfonce alternativement et par le moyen desquels il se hisse de plus en plus liaul. Un traducteur allemand de quelques-uns des contes de Straparola (les contes merveilleux) F. W. Valentin Schniidt (i), qui voit dans cette gymnastique « le triomphe de l'art militaire », ne paraît ^uis se douter de cet emploi des deux poignards, et il renq.)lit toute une page d'extraits d'un vieux poème allemand, où le héros a deux... épces, <( deux épées dans, leur fourreau, pour pouvoir bien conilxiitre ».

Ouanl au plus jeune frère, celui qui connaît le langage des ois^eaux et qui ainsi peut dire à se^ frères qu'à tel endroit^ dans telle lorteres.se, se trouve enfermée la bell© Aglaé, il remplace l'Astrologue, le Devineur, le Voyant des autres contes. De même, dans un conte maure inédit de Blida, un semblable personnage est substitué au sorcier, au géomancien d'une variante également maure, et, grâce à sa connaissance du langage des oiseaux, ce personnage peut (tout comme le sorcier de la variante) savoir qu'un objet magique, auquel est attachée la vie du héros, a été dérobé par une ennemie et caché à tellte place.

Le conte n" 47 du Pentanierone napolitain de Basile, recueil publié en 1867, après la mort de l'auteur, lequel a certainement travaillé sur des matériaux recueillis à la fin du xvi" siècle, est plus franc d'allure que le conte de Straparola.

Un brave liomme a cinq fils, si peu intelligents qu'ils ne sont bons à rien. Las d'avoir à les nourrir, le père leur dit d'aller ailleurs chercher maître et api>rendre im métier, mais de ne pas s'engager pour plus d'un an et de revenir à la maison, ce temps écoulé.

Au jour dit, les cinq frères sont de retour. L'aîné est devenu un voleur incomparable ; le second sait construire des vaisseaux, comme pas vn ; le troisième a acquis le talent de reconnaître une certaine herbe qui ressuscite les morts ; le quatrième est le plus habile arbalétrier ; enfin le plus jeune comprend le langage des oiseaux. Et il en donne immédiatement la preuve en rapportant ce qu'il vient d'entendre d'un oiseau, perché sur un arbre voisin : un ogre a enlevé la fille du roi, et l'a emport('>e sur un rocher ; personne ne sait ce qu'elle est devenue, et le roi n fait proclamer que celui qui la délivrera deviendra son gendre.

(1 />!> Ma-rchfn dfs straparola Brrlin, 1817), p. ;?35.

Le second frère construit un beau vaisseau, sur lequel les cinq jeunes pens et leur père arrivent au pied du rocher, pendant que l'ogre dort au soleil, la tête sur les genoux de la princesse. Ils mettent une pierre sous la tête de l'ogre et enniiènenl la princesse sur leur vaisseau.

L'ogre, s 'étant réveillé, se transforme en nuage noir et donne la chasse h ses ennemis. L'arbalétrier vise, et il atteint si bien l'ogre, que celui-ci 'ombe comme une masse. Quand les autres, (pii jusque-là ont eu les yeux fixés sur le nuage, se reloiunent vers la princesse, ils la voient étendue morte siu- le pont du vaisseau. Le quatrième frère la ressuscite au moyen de son herbe.

En ce qui concerne le Connaisseur du langage des oiseaux, il suffira de renvoyer à ce qui a été dit sur le mèmei personnage du conte de Straparola.

Les contes populaires actuels, que nous allons examiner dans la Section suivante, fourniront une l'orme bien meilleure de la libération de la captive et de toute la dernière partie du récit. Ainsi, ils donneront un rôle au « voleur », lequel, dans le Pentamerone, n'intervient pas, dans l'action. Ils expliqueront aussi cette mort . >ubite de la princesse, qui a lieu si à propos pour donner au frère à l'herbe merveilleuse l'occasion de se faire valoir

SECTION n

CONTES POPULAIRES ACTXJELS

Commençons par un conte de la Basse-Bretagne (Luzel III, p. 3 13):

I II seigneur envoie ses six fils, grands paresseux, voyager pendant r.u ,111 '( alin dapprendre qxielquechose » (1). L'un devient un « devineiu- », <'l il découvre où est la princesse aux cheveux d'or, captive d'un serpent allé. In nutie apprend à construire des vaisseaux qui vont aussi bien sur lene que sur mer, et il conduit ses frères jusqu'à l'île, au-dessus de laquelle esl nu château d'or, suspendu par quatre chaînes d'or, et oTi est relcmie 1;> princesse. Un troisième, un « grimpeur » extraordinaire, grimpe « le long d'une des chaînes » jusqu'aii ch;1tenu d'or, et enlève la princesse ( 2).

(I Kxaclcinenl \'''\]t e-sioii du cunte judéo allenuind du .\fttasf Buch . ('u'incideiice à laquelle, du reste, il n'y a lieu d'attacher' aueiuie importance.

'2 Comment le Crimiieur iieiit-il, d'en bas. arriver au cli^teau eii grimpant le long de* chaînes tjUi le tienne)tt suspendu en l'air, c'est ce que nous ne nous cliar- "CoiK pas d'expliquer fn autre conte bas-hreton (Luzel. 1. p i'O a aussi ce château <> suspendu par quatre cbaines d'or entre le ciel et la terre » ; mais le

— ;i!io -^

(JlKind II' M'ipciit .lilc iMiiiiMiit II' Naisscan daio Iniucl les six Irèrcs cinnu'iit'iil la prina-^M'. 1 un il Viix, un Tiii'iii-. i|ui allt'iiil ce (jiril vciil, (li'coche .une llèi'hocoiilii' lo iiiuiisln'. iloiil le foips énonnc Itunbc ^^ui \o vaissoiMi ol lo coiip<' en i\<?u\. Ui princesse coule an fond de la mer. L(> Dcvinciir plon^i" |Miiir ICii ri'linM- cl la retrouve « ,'»vec beaucoup de |ii'iiu' », laiidis (111 un ciiiiiuir'tnc Irrir, qui sait, comme pas un, le mélicr ili' Il joiiiiiMir », rt'int'l je xaisscaii en sou premier (Hat. Mais, p'Ou- (iaiil tiKitrs CCS oiK'ratioiis, la princesse a eu le temps de momir noyée. VIors le si\i('nie frère, (jui, en j<Miaul d'(ui \iolon merveilleux, fait dan- -ci tous ceux (pii rentendonl. môme les morts, ]>rend son instrument, cl 1,1 princesse se met h danser a\cc les lièrcs cl t'e\i('nl ainsi ;i la vie.

In scpliènio frère manque clans ce conte bas-breton, un /*/onqcur, comme ceux que nous avons montrés à l'œuvre, en étudiant le conte russe des Sept Siméons. Dans le conte complet, ce rôle ne (levait pas être rempli par le Deviuetir, lequel, du reste, s'en lire (( avec beaucoup de peine ».

[>e violon magique est une infiltration du thème des Objets merreilleux dans, le thème des Personnages extraordinaires.

Rappelons ici la guitare non moins magique du conte sicilien (rionzenhach, n° A;")), cité dans la Monographie H*"', première branche (i), el où la princesse a été tuée par la maladresse du Tireur, ce qui est tout à l'ai! contraire à la poétique du genre.

Dans un conte allemand de la région t'e Paderborn (Grimm, n° l'ii)). Jious retrouvons les. frères (quatre frères,, ici), envovés au loin par leur pèrel pour qu'ils apprennent un métier. Mais à la lin (le leur apprentissage, ils ne sont pas en possess.ion d'un art, (l'un talent merveilleux (à l'exception du (( voleur », qui sait enle- \er les œufs de dessous un oiseau et les remettre en place, sans

héros est porté sur son elieval merveilleux tout près des cliaines d'or que, sur te conseil de son clieNal. il coupe : le château lomî^e, et une priniesse, qsi y était enfermée, est délivrée

Le n château pendu (sic) par des chaînes au milieu de la mer » se retrouve dans un conte français iné(3it de la région du Velay et du Forez, - conte qui est une variante incomplète de l'original indien à'Aladdtn. — Les conteurs ont compris qu'il était impossible de grimper Jusqu'à ce château Aussi, quand le chat, sur le dos de son ami le chien, Itquel nage, arrive au-dessous du cliâteau suspendu, il attend qu'une servante de>cende un S' au au hout d'une corde pour puiser de l'eau dans la mer : alors, il saute dans le seau, et, parvenu au chûteau, il réussit à reprendre l'objet magique volé à son maître.

(1) Revue des Traditions Populaires mai-juin 1919, p. 102 ; — p. otjl du tiré à part.

que l'oiseau ait bougé); ils sont détenteurs d'objets merveillewr, qu'ils ont reçus^ cliacun de son patron, en témoignage de satislaction.

L' (( astronome » [Slernguckcr) ^ une lunette d'apiiroche, par laqucllo il voit « tout ce qui se passe sur la terre et au ciel ». Le « chasseur » ;\ une carabine, au moyen de latpicllp il .itli-iiit tout ce qu'il vise ; le « tailleur », une aiguille, avec la<|uelle il peut coudre n'inqK>rtf' quoi, < que ce soit mou comme un œuf ou dur comme de l'acier ».

Grâce à ces objets magi(iiies, les quatre frères délivrent une princesse. La lunette de rastronome découvre qu'elle est captive d'un dragon sur un rocher, nu milieu de la mer. Le volein- [le seul, lépétons-le, qtu .ut un talent acquis] l'enlève de dessous le dragon endormi, dont 1;) tète repose S'Ur ses genoux.

Lorsque le dragon prend sou vol et se met à la poursuite du vaisseau ((ui les emporte tous, la carabine du chasseur l'abat. Enfin, le vaisseau r.yant été mis en pièces par la chute du dragon, raiguijle du « tailleur » a vile fait d'en recoudre les débris.

Un conte slave de Moravie a de singulières altérations (i). Les (pialre frères ont appris les mêmes métiers c[ue dans le conte allemand sinon que le « tailleur » est remplacé par un « savetier » <^<'<)l)l)lcr, dans la traduction anglaise) ou plutôt im « raccommo- (leur » en tous genres ; car il raccommode les vêtements comme les chaussures.

\ oic'i ce (|u'ilv disent à leur père de leurs talents :

« Te suis savetier, dit l'aîné ; mais non pas mi savetier comme les autres ; s'il y a quelque chose d'usé, je dis : Que ce soit réparé ! et c'est fait aussitôt ». Comme preuve de son savoir-faire, il Tépare en un instant le vêtement de son père, Tisé au coude.

« Je suis voleur, dit le second, mais pas un voleur comme les autres ; ([uand je pense à une chose, serait-elle bien loin, je l'ai aussitôt entre les mains ». — « Je suis astrologtie, dit le troisième; si je regarde le ciel, je vois où se trouve n'imjjorte quoi sur toute la terre ». — « Je suis <hosseur, dit le plus jeune ; mais 'ini chasseur qui n'a qu:'à dire : Oiie Icllc ])ièce de gibier soi' tirée ! et elle tombe aussitôt ».

Ici, comme on xoil, les iiers^junages exlr.ioidiniiiii's ne soul plu.^ des hommes à lalenls appiis ou des posses.seurs d'objets nuM'veilh'ux. Ils sont, — ou jdutof ils sont devenus, depuis qu'ils ont

(\) A. H. yyR\Tiiii\vf. ^ixli/ Fotk-tnfps froni err'uaivp/i/ Slurrinir Sanrrps l.n-nûri^'^. IS8f>\ n" 9. Cf cr>nto «e trouve aussi, mais éviilPirmiPiit a?Taiip:<'> sur f]i\ers point?;, dans .1. We.nzig, fVesis/airisr/irr Mnrrchensrhatz '\,e\\v/.\'^, 18rt(5i, p. l'iO,

(juin/' la maison {latorivclle, — de vérilahli-s doiivs, doiil rhaïuii, gràci' <•! lin don {Xirlirulior, est en état d'agir efliracenient clans toi ou tel ordre de clioî^es, ptir simple comnïnndcment.

Laslrologue voit qu'une princesse, qui a disparu, a été enlevée par nu drapon, et qu'elle est captive dans une île de la Mer Rouge. Les «pialre fr^res s'en vont en bateau vers cette île. Le « voleur » dit: h Que la princesse soit ici ! » Et la voilà dans le bateau. Le dragon les poursuivant, le « chasseur » dit. « ()u'il soit tiré ! » Le dragon touil)e mort, mais sur le bateau, où il fait \u\ trou, et une voie d'eau se déclare. Le <( savetier », d'un mot, répare le. bateau.

V qui la prinres.se ;' Nous renvoyons, pour la réponse, h la MofHxiraphie spéciale sur la Disjyulc cnfre les libcralenrs.

(lliose très inléressiinle : rv thèiVie de la Dispiilc ou, si l'on veut, (le la rotnpétition entre plusieurs prétendants à la main d'une jeune fille l'orme le cadre d'un certain conte italien de Vénélie. appartenant au groupe que nous, sommes en train d'étudier (i). Kf cet encadrement est d'autant plus à noter, qu'on le constate également dans un conte indien de cette famille. Voyons d'abord le conte vénitien''; le conte indien viendra un peu plus tard.

Un {>ère a quatre fds et ime pupille, que chacun des frères voudrait épouser. Il dit aux jeimes gens, garçons intelligents, d'aller apprendre un métier : celui qui, au retour, se montrera le plus grand maître en scMi art. épousera la jeune fille.

()uand ses quatre fils reviennent, le père leur dit que, pendant leur absence, sa pupille a été enlevée. Où est-elle ? Interrogé, l'un des frères, devenu magicien (m/jgo), répond qu'elle est dans le jardin d\i puissant nrince Segeamoro, et qu'en ce moment elle mange une pèche. Un autre frère, devenu voleur, se glisse dans le jardin, saisit la jemie fille et saute, en l'emportant, dans ime barque amarrée dans une petite rivière, tout contre le jardin.

Le jadinier envoie à la poursuite de la barque mi dragon, gardien du jardin. En peu d'instants, le dragon a rattrapé la barque et. planant rtu-dessus, il va fondre sur elle, quand un cotip de feu, tiré par un troisième frère, devenu chasseur, le tue raide ; mais le dragon tombe juste sur la barque et la fracasse de son Y^'ds. Le quatrième frère, menuisier, se jette à l'eau : en un clin d'œil, il a réparé la barque et sauvé If voleur et la jeune fdle.

Le ]>ère adjuge sa pupille au menuisier.

l\) Jahrhurh fur runnuxaehf uni/ fiif/lixrhe /.ilerrttur, VIT (1%6 . p 30 et suiv. Le» remarques de R Kœliler sur ces contes sont reproduites dans ses Kleinere Sehriflen, I. p. 298 et suiv.

Les deux contes qui vont suivre, recueillis lun dans l'Europe septentrionale, l'autre dans l'Europe méridionale, se relient entre eux, — bien qu'assez différents, quant aux personnages extraordinaires, — par un même dénouenienl, des plus singuliers.

Le premier est un conte danois (i) :

Six frères, envoyés par leur pèit> loin du pays, ont eliacun appris un métier. L'aîné sait construirt' des vaisseiiux qiii marclienl tout seuls. Le second peut diriger un vaisseau, aussi bien sur la terre que sur l'eau. Le troisième est devenu un Ecouteur qui. d'un royaume, eutend ce qui se dit dans mi autre. Le quatri(<me est uu Tireur, dont tous les coups portent. Le cinquième a appris à grimper contre \me muraille, si droite qu'elle soit. Le plus jeune est un maître voleur.

Or, la fille du roi vient d'être enlevée par un méchant mafricieu, et le roi l'a promise à sot» libérateur. Un vaisseau est vite construit par l'aîné des frèr es, piiis dirifjé par le second. L'Ecouteur découvre que la princesse est à l'intérieur d'une montagne de verre. Le Grimpeur arrive rapidement au sonnuct de cette montagne, et il voit que le magicien est endormi, la tête sur les genoux de la princesse. Il redescend et prend sur son dos le a petit Voleur », lequel dérobe la princesse de dessous la tête du magicien, sans que celui-ci se réveille. Ensuite, le (îrimpetir . porte dans Je vaisseau son frère et la princesse.

Le vaisseau n'est pas encore bien loin en mer. que l'Ecouteur sipnaje l'arrivée du magicien à travers les airs. Le Tireur lui envoie une balle au seul endroit de son corps oii. selon le rapjwrt de la princesse, il est vulnérable.

La princesse une fois ramenée chez le roi son j.ère, chacun des six trères fait valoir ses droits à l'épouser. Voilà le roi. et sa fille aussi, bien embarrassés.

Mais « le bon Dieu ne \o\dul pas qu'il s'élevât une dispute entre les frères ; aussi les fit-il mourir tous en une seule nuit, ainsi que la princesse, et il les transporta, sous forme d'étoiles, dans le ciel, et ce sont eux qu'on appel.lc aujourd'hui les Sepf FJoilex (la Grande-Ourse). L'étoile la plus brillante est la |,rincesse ; la jilus paie, le petit Maître-voleui ».

On a pu reniarcjuer (pic, [ar tieiix l'ois, le conte danois t'ait deux personnages d'un p(Msiimiag>^ primitiAement unique ; le conslrucleur de \aisseau du thème original devient un constructeur et un pilote; le maître \oIeur dexieiit un voleur et un grimpeur (■>.).

(\] Sv. Grlw tvig. trait, allpmaiulf. I I^TH , p. 110.

'2; l'nns le conte lias hreton. cité un peu phis liaut. c'est h' Urivijifur (pii enlève la princesse (ciwpaier le conte de Slraparola .

Nous nous demandons si Ton u'i\ pas augniouté de deux le nombre des l'rères, pour qu'à eux si.i ils fassent, avec la princesse, les se})l étoiles <ir la Pléiade.

Du Daiieniark. nous passons à des pavs danubiens, Slavonie el Serbie, où se raconte, axt^i- liés peu de diffiMcnee dans le détail, un lonlc baioipif, doni nous donnerons, poni- l 'cnscndilf, la V(M"- ^ioIl ^lavoiinc ( I ).

L;! lillc' d'un loi ;i été enlevée par nu (lriij.M>M. I,c mi (>nvoi«' à sa n'clierehe le ].'lns haut scijxneur de la lour, U'(pR"l, au nionienl où il va désespérer dé réussir, fait la rencontre d'inio lx)inie vieille, el celle-ci bn conseille fi 'aller chez la « mère des draf^ons », qui seule pourra le icnsciLMici . \ la prière de Icnvové. la mère des dra^^ons lui dit qu'elle inf(^rro;jeia ses cinq fds à ce sujet. Ses cinq fds, ajoute-l-elle. sont d'une lial)il(>lé merveilleuse. L'un osl Cc"i>able de dérober tout ce dont il a î'idée, le veau sous la vache, le y)oulain sous la .punent. sans qu'elles s "en a|)erçoivenl. Le second découvrira, au lK)nt de dix ans, la trace il'iMi olijel perdu. Le troisième est un tireur à la flèche infaillible. Le Oiiatrième ]}eut. en un clin d'(eil. construire un ch;lteau-fort imprenal'ie. Le cinqvnème est lapide comme l'éclair, s'il s'atril de ]>oursinvre el d'atteindre quelqn'nn.

(hiaïui les cinq dragons reviennent à la maison maternelle, ils consenlenl à venir en aide à l'envoyé du roi. Le repaire du ravisseur [vm ilia<,fon à sepi tètes, dit le conte serbe] est découvert par l'un des cinq ; la princesse, enlevée par un autre. Mais le terrible dragon [on se perd dans tous ces dragons] reprend la princesse et l'emporte en l'air. Le Tireur le tue d'ini coup de flèche, et la princesse, que le monstre entraîne dans sa chute, est rattrapée par le cinquième frère. Poursuivis l)ar toute une troupe de paren's et amis du défunt, les cinq frères, la princesse et l'envoyé trouvent un asile sûr dans le châte-an-fort que le (lu-itrième frère construit très opportunémo'i*, en un instant (•>.).

Alors s'élève entre les libérateurs (au nombre desquels se met l'envoyé du roi) nne contest<ition sut le point de savoir qui d'entre eux a mériN" la main de la princesse. La mère des dragons s'interpose : « Chacun, dit-elle, est dans son droit ; seidemeut la jeune fdle ne peut tx're donnée h vous tous. Mais vous pouvez la 7econnaître pour votre sœur, l'aimer

'W F. S. Kralss, Sar/en und Mrrrhpn (1er Siu/sliiver). T (beipzitr. 188:1. ii° 32 [conle de Saniac en Slavonie^ — Arc/nv fïir ithirische Philnlor/ir V MSFO . p .% [conle serbe]. Les remarques de IV Kœhler sur et- rnjile sertie sont reproduites dans ses A7 mère Schnftrn, l, p. 438. 439 II ne pouvait encore connaître le conte slavon.

(2) L'épisode du cliàfeaa fort (la « tour de fer » des conte? de la première branche est autrement disposé dans le conte serbe, où la " toiu- » (ici. c'est bien une tour) n'est nullemement imprenable; car le dragon à sept tètes réussit à la forcer et enlève de nouveau la princesse C'est alors que le Tireur intervient, el que le Hcillrapeur il-ninjer. dans la traductii n allemande) reçoit dans ses bras la princesse que le dragon, fi"ippé à mort, laisse écbapper d** ses criffes. Lp conte serbe, pour cet épisode rt-flèle mieux, dans sa marcbe, le récit primitif, si ce n'est que le dragon à sept tètes ne devrait pas forcer la tour, mais, par ruse, en enlever la princesse.

(omiiie tt'lk' cl !;i piotryci. » C'csi". là — conclul le œnlv slii\oii — ce (lue lireat les six, el, en luéiuoire de cela, ils furent, avec la jeune lill«-, Iransportés dans le ciel où. anjoiud'hui encore, on peut les \oir : ce sont les Sept Kioiles.

Le cojile serine a une conclusion analogue, tirée en longueur :

l/arl)itraye au sujet des inéiites respedifs des libérateurs est d'abord proposé par eux à la (c mère du \ent », (juils rencontrent [on ne sai' où, ni connnenl]. Celle-ci les ren\oie à la « mère de la Lime )>, et celte dernière, à la « nièie du Soleil ». Mais la a mère du Soleil », quand ils \ont la troiner, leur dit que leur mère, à eux, sera le meilleur arbitre. E\ la mère des cinq dragons iormule ainsi son jugement : « Knfanls, \ous êtes mes fils ; elle sera ma fille, votre sœur ». Ce sont là — dit le conte serbe — les sept étoiles, qu'on appelle Vluchiirhi (la Pléiadej. Cba- ([ue année, elles rendent visite aux mères du Vent, de la Lune e,* (hi SoIimI, et, pendant ce lenij)s. elles sotit in\ isibles... (i i.

Sans nous arrêter sur cette météorologie, évidemment ajoutée à la l'orme slavonne^ ni sur la bizarre famille de dragons prétendants, agissant, dans, l'un et lautre conte, contre un dragon ravisseur, allons vite à une observation importante : ce n'est pas seulement dans le conte serbo-slavon que la queue d'étoiles a été freffée sur le thème de la Dispute et, par là, sur le thème de la Cajdiuc délivrée^; c'est aussi, rappelons-le, dans le conte danois. Et pourtant, le conte danois n'appartient pas à la même branche du thème de la Captive que le conte serbo-slavon ; ses personnage» extraordinaires ont acquis leurs i'alents ; ceux du conte serbo-slavoii sont des doués, possédant des dons naturels^ notamment le frère à la tour imprenable!, tant de fois rencontré dans les contes de doués, et qui forcément devait manquer dans, le conte danois.

Notons également, pour être précis, que la conclusion du (-onlo danois, si semblable qu'elle soit pour le fond à celle du conte serbo-slavon, est loin d'être identique. Dans le conte danois, on ne voit pas pourquoi, après, que la conteslalion est supprimée par la suppression des contestants, ceuxrci ont l'honneur de devenir, avec la princesse, les Sept Etoiles d'une constellation célèbre. Dans le conte serbo-s,lavon^ cette transformation a lie.i, — ce qui est mieux, — a en mémoire » de l'accord rétabli entre les contestants, et elle en est la récompense.

1 1 bans un autre cnnio sorbe, 'o/i. cil . p 3;)), un des liéros a «ept enfants nnx clieveijx d'or, qui meurent ïuliitenieid. i'nn apiès l'autre. « Leurs Ames, sous forme d'étoiles d'or, tombèrent sur le ciel me j. et ce sont les étoiles delà Pléiade ».

Ce coup cl'œil, comparatil' jeté sur le conte danois et sur le conte serbo-slavon (corps du récit et conclusion) exclut, ce nous aenible, l"liypt)tfièso d'iui emprunt t'ait par les Danois aux S(M'ho-Slavons, et ricc-iwrsa.

(lonunenl <lonc expliquer la ressemblance si j^iaiule qui, en définiti\e existe entre la conclusion du conte danoi.< et celle du conte serbo-sla\on, ressemblance {AelinUchheit) que H. Ka'liler, en la signalant le premier, (jualiliait de « très digne datlirer l'attention » [achr merhicurdif]) ? Essayons, au moins, de bien poser la question-

Il y a eu quelque part, dans le monde^ un cerveau humain dans lequel, un beau jour, a germé l'idée de prendre le mythe bien connu qui lait briller au ciel, en étoiles, les âmes des morts illustres (par exenqile, les (iênieaux, Castor et Pollux), et de combinei ce mythe avec le thème folklorique de la Dispute entre les personnages extraordinaires, lH^cratcurs d'une captive. Ce thème se rattachant, comme conclusion, aux deux branches du thème de la Capfive délivrée, celle des Doués et celle des P^v^sonnages à talents extraordinaires acquis, quel a été, de ces deux sous-thèmes, celui avec lequel a été laite la plus ancienne combinaison ? Evidemment i! est impossible de le savoir. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la combinaison avec le thème de la première branche (les Doués} est arrivée chez les Serbo-Slavons (avec la meilleure forme de conclusion), et que l'autre combinaison (avec la conclusion la moins bonne) est arrivée en Danemark.

Maintenant, oij et quand le prototype et ses premiers dérivés se sont-ils formés, et par quelles filières ont-ils passé pour parvenii' :i deux des extrémités de l'Europe •' (les petits problèmes ne seront sans doute jamais résolus ; mais peut-être n 'est-il pas interdit de lomner nos regards, ici encore dans la direction do l'Oiiciit (i).

'1' San* y altaclier plus d'iiiipnrtanre q'i'il ne convifiit, nous reproduirons ici deux passagps qui nous ont frappé dans ie livrR de not'e si regrrelli^ ain . le gvau , indiaiiistp Ânauste Bartli. T/ie /ielu/vms of Inrjia (traduction revue et augnienlre par l'aulenr. ,3« édition, Londres. 1801 . ti. 2;} : « L'Inde, elle aussi. conr)aissail le vieux ni- tlie q ii se représente les étoiles romme élint les âmes des morts >'. — « Les mvthés indiens relatifs aux S^ept Hishis les étoiles de la (irande Ourse et à Agaslva iCanope). «ont de date anrienne ». Rapneluns que le^ /-jîAis sont des ascètes aux méditations de vovant.

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