‹ Les contes noirs, ou, Les frayeurs populairesChapitre 7 sur 15 · L'OMBRE DE CÉCILE · texte numérisé non relu

L'OMBRE DE CÉCILE

Deux jeunes filles de Saint-Cloud , Anastasie et Cécile, étaient unies, depuis leur enfance, par les liens d'une étroite amitié. Toutes deux comptaient dix-sept ans. Leurs goûts étaient les mêmes, et les plaisirs de l'une n'étaient plus des plaisirs dès qu'elle ne les partageait pas avec son amie.

Cependant il s'éleva un jour entre elles une dispute : on ne dit pas à quel propos. Toutefois, des querelles ils en vinrent aux reproches, des reproches aux injures ; et Cécile, un peu trop vive, donna un soufflet à son amie. Celle-ci , surprise et affligée, se retira en pleurant ; et Cécile, fâchée de ce qu'elle avait fait , s'en retourna à la maison paternelle, plus triste -encore que Anastasie.

Le lendemain, le père d'Anastasie se décida à aller voir une vieille tante qui demeurait à Paris , el qui le priait depuis long-temps de venir passer une quinzaine auprès d'elle avec sa Hlle.

Elle partit donc, sans avoir fait ses adieux à Cécile.

Pendant qu'Anastasie se divertissait à Paris, Cécile tomba subitement malade ; et se croyant près de sa dernière heure , elle demanda à voir son amie pour se reconcilier avec elle. Ses prières étaient si pressantes, qu'on envoya à la capitale supplier Anastasie de venir tranquilliser l'amie de son enfance. Anastasie apprenant l'état de Cécile , se hàia de se mettre en route et revint à Saint-Cloud. Mais elle la trouva ensevelie, et elle eut la désolation de la voir porter en terre , sans avoir pu lui dire qu'elle lui avait pardonné. Elle pleura beaucoup cette njoilsi prompte d'une personnequ'elle

chérissait; et elle alla tous les jours se promener dans les lieux qui avaient plu à son amiie , pour songer à elle à son aise.

Un soir qu'elle se trouvait dans le petit bois où s'était élevé leur malheureuse querelle , comme les pensées qui l'occupaient ne lui avaient pas laissé voir que la nuit s'approchait à grands pas , elle aperçut à travers les arbres , à la faible lueur du jour presque éteint, une ombrevêtue de blanc, qui s'avançait vers elle : elle tressaillit, reconnut sa chère Cécile , voulut se jeter dans ses bras ; mais l'ombre se détournant lui dit : « Arrête , Anasta- » sie, je ne suis plus qu'une ombre , w l'ombre de ton amie qui t'a offensée » et qui vient te demander pardon. — » Ah! Cécile, s'écria Anastasie, il y a » long-temps que je t'ai pardonné. — » Dieu t'a entendue, ajouta l'ombre; » c'en est assez : que le ciel te bénise.»

En achevant ces mots , elle s'e'vanouit et ne reparut plus : mais elle vécut toujours dans lame d'Anastasie.

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