‹ Les contes noirs, ou, Les frayeurs populairesChapitre 9 sur 15 · LA CAGE DE FER · texte numérisé non relu

LA CAGE DE FER

AJ^CDOTE.

Un maréchal ferrant, de la ville de Beauvais , avait fait tirer l'horoscope de son fils. L'astrologue , après avoir dressé tou tes les fiiiures et examiné fort long- temps les divers aspects des astres , découvrit que la progéniture du ton homme était menacée de mourir à quinze ans d'un coup de tonnerre. Il désigna en même temps le mois,le jour el l'heure , où ce funeste événement devait avoir lieu; mais il ajouta qu'une cage de fer sauverait le jeune homme.

Après quoi il se fit payer, et se retira sans en dire davantage.

Quand le temps critique arriva , le père chercha dans sa cervelle com-

9^ ment la cage de fer pouvait éviter à son tîls une moit si fâcheuse et si prématurée ; et il pensa que le sens de l'oracle était probablement d'enfermer ce jour-là son enfant dans une cage de fer bien fermée. Ce serait bien le diable en'effet,si le tonnerre Is perçait, puisqu'il lui donnerait une épaisseur capable de résister à un boulet de canon.

Emerveillé de la sagacité de sa découverte , il se mit à travailler avec ardeur à la construction de cette cage, sans en parler à personne. Le moment arriva. Une nuée paraissait se former dans le ciel , et justifiait, as<>ez bien jusqu'alors la prophétie de l'astrologue. Il appelle donc son fils et lui annonce , ce qu'il lui avait tenu secret depuis sa naissance , que son étoile le condamnait à être tué du tonnerre, un peu avant midi , s'il n'avait heureusement trouvé le moyen de lesoustr.iire

9^ à l'influence de sa mauvaise planète ; et il fît apporter la cage de fer au milieu de la cour, en priant son fils d'y entrer.

Celui-ci, un peu plus instruit que son père , lui observa que , comme le lui avait appris son maître d école, loin de le garantir du tonnerre, cette cage ne servirait au contraire qu'à l'attirer; et il résista aux ordres du bonhomme qui voulait absolument l'enfermer dans la cage.

Le jeune homme se retira , malgré tout ce qu'on put lui dire , et se mit à réciter dans sa chambre l'Evangile de saint Jean. Cependant les nuages s'amoncèlent , le temps se couvre, le tonnerre gronde , l'éclair brille , la foudre tombe sur la cage de fer et la réduit en poudre.

Le maréchal , surpris , effrayé, bénît pour la première fois le ciel d'avoir rendu son fils désobéissant , n'en

crut pas moins l'oracle accompli , et jugea que la cage avait sûrement trompé le tonnerre qui croyait y trouver sa proie.

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