LA POULE VOLÉE
Un paysan eut envie de voler une poule, il tendit la main pour la prendre, mais elle parvint à s'échapper en ne laissant que sa queue dans la main du paysan. A Pâques le bonhomme alla se confesser; le prêtre lui demanda ce que la poule pouvait bien valoir.
— Huit livres, dit le pénitent.
— Apporte-les-moi, reprit le prêtre, pour faire du bien aux morts.
Le paysan pour attrapper l'absolution {per ciappà Vassoluzion) lui promit l'argent. La nuit porte conseil : il enveloppa la monnaie dans un morceau de papier mouillé qu'il mit au fond de son chapeau ; le matin venu, il tendit son chapeau au prêtre :
— Sire curé, lui dit-il, l'argent est là dedans, retirez-le.
— Donne-le-moi.
— Non, non, il vaut mieux que vous le preniez vous-même.
Le papier mouillé se déchira, l'argent demeura au fond du chapeau, et le paysan prit la fuite.
— Ehi l'ami, cria le prêtre, il ne m'est resté dans la main que le papier. ^
— A moi aussi, dit le paysan, il ne m'est resté à la main que la queue.
Ne quittons pas les curés, sans montrer comment les Pisans les traitent. Le peuple de Florence est indévot : on sait les fabliaux un peu risqués qu'il a fournis dès le moyen-âge à Sacchetti et à Boccace. Une bonne femme de Prato-Vecchio, Maria Pierazzoli raconte à qui veut l'entendre l'histoire d'un prêtre qui mangea de la paille. On va voir comment.