‹ Les contes populaires en ItalieChapitre 15 sur 31 · SAINT AMBROISE ET LES TROIS GARÇONS · texte numérisé non relu

SAINT AMBROISE ET LES TROIS GARÇONS

Il y avait une fois trois garçons pauvres, pauvres, qui ne savaient plus comment faire pour vivre, et n'avaient plus ni papa ni maman. FJt ces pauvres garçons devaient aller à la messe un à un parce qu'ils n'avaient qu'un habit à eux trois. Un jour saint Ambroise passa devant leur maison et vit sur le toit danser des anges. Il entra et dit aux garçons:

— Qui est-ce qui demeure ici ? Est-ce vous?

— C'est nous, mais nous sommes pauvres, pauvres et nous n'avons pas même de quoi manger.

Il leur répondit:

— C'est bien. Le Seigneur me l'a fait entendre, et je saij que vous êtes bons.

Il posa sur la table une bourse et dit:

— Je vous donne cette bourse ; tirez-en autant d'argent que vous voudrez, il y en aura toujours; mais si vous êtes mauvais et que vous jetiez l'argent par les fenêtres, prenez bien garde, le Seigneur vous punira.

Un mois après, il passa de nouveau devant la maison; il regarda le toit, et au lieu d'anges, il y vit danser des diables. Il entre alors et voit quantité de jeunes gens habillés de soie, la maison en fête et la table servie : un dîner de prince. Aussitôtil s'avance doucement, doucement, reprend sa bourse et dit aux jeunes gens:

— Est-ce là la promesse que vous me faisiez d'être sngos? Est-ce le bien que vous voulez au Seigneur? Vous ne sauverez pas votre àme, si vous n'allez pas dans un désert, pour y pleurer et y mourir.

Les gar(^ons alors sont partis, et ont couru dans un désert, où ils ne faisaient que prier et pleurer. Quand ils sont morts, on a vu trois colombes monter au ciel. C'étaient les âmes de ces trois garçons.

LES CONTES TOSCANS — LE DIALECTE — LES TROIS AMIS — LE LOUP ET l'ÉCREVISSE - LA NOUVELLE DU SOM- MEIL — MANFANE, FANFANE ET ZUFILO.

Nous allons maintenant en Toscane, et notre tâche devient plus facile: le toscan, c'est à peu près de l'italien. Nous disons à peu près, c'est le mot juste. Nous avons cru longtemps sur la foi de Manzoni que les nourrices florentines pouvaient donner des leçons de grammaire aux académiciens de la Crusca; cependant la prononciation populaire est défectueuse, même aux bords de l'Arno : les initiales des mots sortent avec des gros soupirs, telle consonne manque à l'appel ou se fait remplacer par une autre ; un plébéien du Marché Vieux vous dira: Hate vo fatta la tal chosa au lieu de: Avete voi fatta la tal cosa? A force d'aspiration le dialecte de Florence et de Pise (beaucoup moins que ceux de Sienne et de Pistole) paraissent aussi haletants, aussi essoufflés que l'allemand. De là le proverbe qu'on répète à satiété : langue toscane dans une bouche romaine. Ce dicton est doublement inexact: dans le peuple, qui est seul en cause, la bouche romaine a de mauvaises habi-

tudeset la langue toscane se permet de fortes incorrections que M. Imbriani se plait à relever. L'une des plus coupables selon nous est le déplacement de l'accent : l'accent est l'àme de la langue. Les Florentins disent Trinità au lieu de Trinità ; nous avons entendu des savants justifier cette faute par de doctes considérations sur l'accent et la quantité, mais de quel droit les Toscans disent-ils sedere au lieu de sedère'Î

Un improvisateur qui s'était fait prier une heure pour montrer son petit talent finit par se lever et par dire en estropiant le verbe vedere :

Oh ! che bel vedere Se spunta il dì....

Un assistant l'interrompit aussitôt par une rime qui reproduisait la même dislocation d'accent :

Si ponga a sedere Basla così, ^

Malgré ces réserves, nous reconnaissons que le Toscan est le dialecte le plus pur de l'Italie : plein de grâce, de finesse, de câlinerie, d'agacerie piquante, riche en diminutifs caressants qui se multiplient pour flatter l'oreille et cajoler l'attention. Les bonnes femmes de Florence et de Pistole racontent vive- . ment et avec entrain, ne craignent pas le détail, s'entendent à la mise en scène et, si elles n'ont pas cette fougue d'imagination, cette mobilile depensée qui nous frappe chez les Siciliennes, elles ont en revanche une aisance de mouvement, une vivacité d'allure, une pétulance et une volubilité qui don-

1 Oh ! qu'il fait beau voir poindre le jour. — Vous pouvez vous asseoir, cela suffit.

nent de la vie à leurs moindres récits. Elles ne so contentent pas, comme les Milanaises, d'aller droit au fait et de servir leur repas sans dessert ni hors d'œuvre. Elles savent développer leurs romans et en compliquer la fabulation.

On peut s'en assurer dans leurs récits les plus courts. Voici par exemple une anecdote et une fable que nous traduisons mot à mot du toscan. L'anecdote est intitulée:

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