‹ Les contes populaires en ItalieChapitre 16 sur 31 · LES TROIS AMIS · texte numérisé non relu

LES TROIS AMIS

Trois amis descendirent .un soir dans une petite hôtellerie de campagne; ils soupèrent frugalement, puis, avant de se coucher, dirent à l'hôtelier qu'ils déjeuneraientlclenderaain avant de partir. L'hôtelier répondit qu'il était désolé, mais que cela étaitimpossible:il ne lui restait plus qu'un quart de poule, un petit pain et un verre de vin. Les amis ne furent pas contents, mais désirant qu'un d'eux au moins déjeunât le lendemain, ils décidèrent que celui des trois qui pendant la nuit aurait fait le meilleur ou le plus mauvais songe aurait le droit de se mettre seul à table: l'hôtelier prononcerait. L'un des amis se réveilla dès l'aube, et se sentant de l'appétit descendit à la cuisine où il mangea tout. Les deux autres se levèrent plus tard et racontèrent leurs songes. Le premier avait rêvé qu'il montait au paradis et qu'il y goûtait tous les plaisirs de la béatitude ; l'autre qu'il était précipité dans l'enfer, oii il subissait tous les supplices et tous les épouvantements.

— 11 est certain, dit l'hôte au premier, que votre songe est très-beau; il est également certain, dit-il

au second, que votre songe est affreux; écoutons le troisième.

Le troisième, tranquille et souriant, raconta qu'il avait rêvé que ses deux compagnons étaient morts: l'un élevé au paradis, l'autre jeté dans l'enfer. Or les dogmes de notre sainte religion nous apprennent que de ces lieux-là, si mal ou si bien qu'on y soit, on ne revient plus dans ce monde; et, en effet, de tous ceux qui sont partis pour y aller, pas un seul n'est jamais revenu. Etant donc persuadé qu'aucun des deux n'aurait plus besoin de déjeuner, il s'était levé, et croyant qu'il devait partir seul, il avait mangé le petit pain, le quart de poule et bu le verre de vin. L'hôtelier rit de bon cœur et décida que si beau que fût le premier songe et si affreux que lut le second, le troisième était le plus logique. Parées motifs il condamna ceux qui étaient à jeun à payer toute la consommation.

La fable qui suit est écrite par M. Gherardo Nerucci dans le dialecte du Montale-Pistoiese. Elle nous paraît si bien faite que l'artiste a dû y mettre du sien.

Page 1