‹ Les contes populaires en ItalieChapitre 17 sur 31 · LK LOUP KT L ÉCREVISSE · texte numérisé non relu

LK LOUP KT L ÉCREVISSE

Or donc, quand on fait soi-même ses conditions, on en tire profit. C'est ce qui arriva entre le loup et l'écrevisse, quand le loup rencontra l'écrevisse sur une bruyère et se mit à la railler parce qu'elle allait de travers comme si elle était éhanchée. Le loup disait:

— Regardez-moi là-bos ce colosse! Ohi il n'a pas

la prétention de grimper jusqu'au sommetdu coteau. Si tu y vas, que j'enrage.

En entendant ces mots ridicules, l'écrevisse s'arrêta net, se leva sur deux pattes, et répondit:

— Ainsi donc, à ton avis, il n'y a de brave au monde que toi? Bien, cela peut être. Pour moi, cependant, je dis comme cet autre: quelquefois le jugement du paysan vaut celui du chrétien.

Le loup hérissa le poil et fit grincer ses dents comme un brisoir, tant il était en colère. Il cria:

— Je ne sais qui me tient de t'écraser comme une bouse de vache. Allons, explique-toi, vite, qu'entends-tu dire avec ce proverbe? Une pauvre petite chose toute tordue qui a l'air d'une éclaboussure sur un sabot, palsembleu! ça vous crache des sentences et des règles sans exception. Ainsi donc, ouvre la bouche, que penses-tu?

L'écrevisse répondit:

— Hélas ! avec ces gros mots, tu m'ôterais le courage de rire. C'est vrai, j'ai les jambes torses et le dos fripé, et tu es gros à me malmener, non pas moi seulement, mais tout un troupeau de moutons au besoin. Et ne roule pas les yeux! Ne me regarde pas de travers. Tant il y a que je n'ai pas peur de toi, toute menue que je suis, et la vérité est à sa place. Laisse-moi parler librement ; veux-tu courir nous deux jusqu'au sommet de la colline? Je te laisse l'avance et toutefois je veux arriver avant toi.

Le loup dit sans cesser de grincer les dents :

— Si je ne savais pas que tu barbotes toujours dans l'eau des marais, je croirais que tu es ivre.

— Non, non, répliqua l'écrevisse. Ne perdons pas le temps à faire le vantard et le méchant. Veux-tu courir tous deux oui ou non?

— Patience! dit le loup. Si je ne me retiens pas,

je me compromettrai sûrement. Jusqu'où faut-il courir?

— Jusque là haut, dit l'écrevisse. C'est moi pourtant qui fais les conditions. Rappelle-toi bien, quand je te mordrai au bout de la queue, marche! Ceserà le signal du départ.

Ainsi donc le loup se retourna et l'écrevisse s'accrocha à sa queue après quoi, il partit par les broussailles. On eût dit une flèche, ou bien qu'il avait les sbires derrière lui ; quand il fut au sommet, il haletait, tirant une langue d'un pied de long et aussitôt il se retourna pour voir où l'écrevisse était restée. Mais il ne voyait rien. Et le voilà qui braille:

— Ohél l'écrevisse, montre-toi donc. Où es-tu? Si je reviens en arrière, morbleu! je veux trépigner sur toi de la belle façon, jusqu'à ce que je t'aie réduite en hachis.

L'écrevisse répondit avec une petite voix tout humble :

— Hé ! je suis ici sur le sommet , devant toi. Qu'astu à crier? C'est moi qui ai gagné le prix de la course.

— Bravo ! lui répondit le loup quand il la vit à terre toute courbée ; tu m'as joué, tu as raison. Le bœuf, c'est moi, qui t'ai laissé faire les conditions à ta guise. A nous revoir, sais-tu?

11 s'en alla, et l'écrevisse éclata de rire.

Cette fable est connu partout dans ses innombrables variantes. Le pari a lieu entre animaux divers, entre l'aigle et le roitelet par exemple. Qui des deux volera le plus haut? Ce sera le roitelet accroché aux plumes de l'aigle.

Passons à des récits plus compliqués. Voici comment un plébéien de Pistoie développe une his-

loriclte rapportée en trois mots par le savant Bebélins et relevée par Voltaire dans sa préface aux | contes de Guillaume Vadé. i

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