‹ Les contes populaires en ItalieChapitre 9 sur 31 · J-S CONTES MILANAIS — ENFANTILLAGES*. LE SAVETIER · texte numérisé non relu

J-S CONTES MILANAIS — ENFANTILLAGES*. LE SAVETIER

— LE CURÉ — LA POULE VOLÉE — LE PRÊTRE QUI MANGEA DE LA PAILLE — LES DEUX JAMAIS-CONTENTS

— LES OIES — ANECDOTES DE GIUSTI — LA VOIE ÉPI- NEUSE — SAINT AMBROISE ET LES TROIS GARÇONS.

Hâtons-nous maintenant de retourner à nos contes. Ceux de Milan recueillis par M. Vittorio Imbriani sont de simples anecdotes, les autres ne nous offrent que des variantes émondées, souvent effeuillées et défleuries des contes florentins. Les bonnes femmes de Milan vont droit au fait et n'aiment pas les fioritures; elles ont à leur service un dialecte tronqué quine manque pas d'entrain et d'énergie, mais qui n'a pas la grâce et ladouceur des dialectes méridionaux: Elles ne semblent pas s'inquiéter beaucoup du but moral et on les étonneraitfort en leur apprenant que l'art est un sacerdoce. Voicil'une des histoires qu'elles racontent aux enfants.

Il y avait un fils, et il avait son papa et sa maman qui lui donnaient des coups et qui voulaient le chasser de la maison. Alors ce fils se met à pleurer. Son père lui dit :

— Tais-toi, et va chercher de l'huile et du vinaigre.

Et il lui a donné des petits pots et de l'argent. Le fils s'en va, et quand il est à mi-chemin, il fait tomber ses pots qui se cassent. Alors il dit:

— Pauvre moi, comment vais-je faire pour rapporter à la maison le vinaigre et l'huile; serviteur [ciào, schiavo, esclave).

Il va toujours. Il va chez le marchand et lui dit:

— Donnez-moi de l'huile et du vinaigre.

— Où dois-je les mettre, mon cher fils? tu n'as pas d'huilier.

— Mettez-moi l'huile dans mon chapeau.

— Et le vinaigre, où dois-je le mettre?

Alors l'enfant retourne son chapeau, laisse tomber toute l'huile et dit:

— Le vinaigre vous le mettrez sur le chapeau, serviteur!

Il paie et s'en va dans la maison de son papa qui lui dit:

— Où as-tu mis l'huile et le vinaigre, coquin de coquin !

Le fils montre son chapeau et répond:

— De ce côté-ci est le vinaigre — et retournant son chapeau — de ce côté-ci l'huile.

Son papa le roue de coups et le jette dehors. Et lui se met à pleurer en disant :

— Où est-ce que je vais aller?

Tout à coup il lui vient à l'esprit qu'il a une tante, très grande-dame, dans un pays voisin. Et il y va. Quand il est sur la route il rencontre un bâton qui lui dit:

— Cheminons ensemble.

— Mais non, mais non, qu'ai-je à faire de toi?

— Tu verras que je te serai bon à quelque chose,

CONTES POPULAIRES EN ITA î JE 2i:i

— Serviteur.

Le bâton vient avec lui. Quelques pas plus loin, le fils rencontre une roue, qui lui dit:

— Clieininous ensemble.

— Mais non, qu'ai-je à faire de toi?

— Tu verras que je t'aiderai.

Puis il rencontre une épingle, puis un lion, puis quelque chose d'assez malpropre, et tout cela vient avec lui. Il arrive chez sa tante qui était sortie.

Alors le bâton lui dit: — Cache-moi derrière la cloison.

La roue lui dit: — Et moi, derrière les chaises.

La chose malpropre: — Et moi sur la pelle.

L'épingle: — Pique-moi sur l'essuie-mains.

Le lion : — Moi je vais dans le lit.

Le fils monta au grenier. Rentra la tante; à peine eut-elle passé la porte, que le bâton lui donne quantité de coups; elle fait un pas, la roue lui roule sur les pieds; elle saisit la pelle pour prendre un peu de feu et se salit les doigts ; elle va s'essuyer à la serviette et se pique; ennuyée de toutes ces mésaventures, elle va se mettre au lit, le lion la mange. Alors le fils descend du grenier: il a pris tout l'argent de sa tante et il a fait le grand seigneur.

Ce n'est pas plus moral que cela. Le conte du savetier est moins enfantin. Nous en donnons une traduction littérale.

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