LE GROS DOGUE ET LE PETIT CUIEN
Alfred chez lui vint cacher son chagrin.
De là ses yeux étaient fixés sans cesse Sur la maison d'où sortait sa maîtresse, Pauvre honteux, prêt à tendre la main :
Car im amant, quel que soit son destin, N'est, après tout, fût -il né sur le trône.
Qu'un mendiant à qui l'on fait l'aumône.
Alfred un soir, étant à son halcon,
Voit un jeune homme entrer seul dans la rue.
A sa démarche il reconnaît Léon,
Qui, d'un pas lent, rasant chaque maison,
Va tour à tour les passer en revue.
Mais à l'hôtel, qu'il semblait avoir fui,
L'ami revient, s'arrête avec mystère,
Puis il l'entend japper d'une voix claire;
La porte s'ouvre et se ferme sur lui.
« Oh! oh!» dit-il, «tout s'explique aujourd'hui :
« Et les rigueurs qu'a pour moi la marquise,
tt Et les dédains de mon rival heureux. « Mais en amour si la ruse est permise, c( Employons -la pour les tromper tous deux; « C'est double gain. La marquise est trop bonne « Pour m'en vouloir quand j'aurai réussi; tt Car en son cœur femme aisément pardonne (( A qui vous aime et qui vous trompe ainsi. » Le lendemain, ayant devancé l'heure.
Sous la fenêtre où vint japper Léon, Il jappe aussi. La servante à ce leurre Se laisse prendre, et conduit sans soupçon Le faux Léon au lit de sa maîtresse.
Alfred, pressé de prouver sa tendresse, Prend des baisers qui ne sont pas pour lui, Et sans scrupule il laisse la marquise Lui prodiguer, il est vrai par surprise, . De ces douceurs que pairait un mari.
Tout souriait au désir de ce traître.