LE PÈLERINAGE
« Je céderais, s'il le faut, ma couronne.
« — Non, » dit le prêtre, « à la Vierge qui donne
« Joie au malheur, grande reine, ayez foi.
« Vous connaissez Notre-Dame-de-Liesse,
« Seule allez-y, priez, et croyez-moi
« Vous reviendrez le cœur plein d'allégresse. »
Le jour suivant, un rosaire à la main,
La reine à pied suivait le grand chemin
De Reims à Liesse. A moitié du voyage
Elle s'assied sur le bord d'un fossé.
Vient une fille ayant son bras passé
Dans lin panier, fille au riant visage,
Courant à pied comme un curé breton.
« Bonjour, mon cœur; de ce pas où va-t-on?
« —A Reims, Madame. — Et qu'allez-vous y faire?
« —Vendre ces fruits. — D'où venez-vous, ma chère?
« — De ce gros bourg qu'on aperçoit d'ici
« Sur la colline, — Êtes- vous mariée?
« — Depuis un an, Ma^'ame, Dieu merci.
« Mais à mon tour seriez- lus point fâchée (( Qu'on demandât qui voi êtes aussi ?
« — Je suis la 1/ le. — A pied, reine chérie, u Seule et sans suit, où courez-vous ainsi ?
a — Je vais à Liesse où la Vierge Marie <( Donne un enfant à qui l'aime et la prie.
« — Si c'est à Liesse, hélas! Madame a tort : u Le grand abbé qui les faisait est mort. »