‹ Les contes rémois (volume 2)Chapitre 3 sur 33 · LÀ. BATELIÈRE. S · texte numérisé non relu

LÀ. BATELIÈRE. S

« — Tirons au sort, » répond l'autre chasseur ;

a Deux brins de blé d'inégale grandeur

a Entre nos mains vont décider l'affaire. »

De son bateau Rose les voyait faire

A deux pas d'elle, et riait de leur jeu,

Sans se douter qu'elle était leur enj eu ;

Lorsque le Comte, à qui le sori, je pense,

Avait donné le droit de préséance.

S'approche et dit : «Belle, deux amoureux

« Sont à vos pieds qui demandent l'aumône.

« Allons, soyez charitable pour eux ;

« Car autrement, pour vous pimir, friponne,

(( Chacun prendra ce qu'il veut qu'on lui donne. »

A ce propos. Rose a peur et veut fuir ;

Mais par le bras se sentant retenir,

En fille adroite, elle a recours aux larmes.

Ce fut en vain : on se rit de ses pleurs.

Rose se voit un prisonnier sans armes

Qui va subir la loi de ses vainqueurs ;

Quand, s'avisant d'une ruse de guerre :

« Mes beaux Messieurs, puisque j'ai su vous plaire,

« Vous me voyez prête à vous obéir.

« Dans mon village on n'est pas si sévère.

« Fille qui prend en cachette un plaisir

a Se garde bien de l'aller dire à Rome.

« Mais est -il sûr, si je cède à vos vœux,

« Que le secret soit gardé par vous deux?

« — Ah! de jaser serait d'un mauvais homme.

« J'en donne ici ma foi de gentilhomme,

« Car je suis comte. — Et moi! foi d'amoureux

« Et de Baron. — Je crois votre promesse »,

Reprit la fille. « Oui, je serai comtesse,

« Baronne aussi, puisque le veut l'amour.

« Mais, mes Seigneurs, que chacun à son tour

« Vienne avec moi dans un lieu solitaire.

tt Vous le savez, l'amour veut du mystère. »

Le marché fait. Ton vogue, et le baron

Ayant pris terre : « Adieu ; soyez tranquille.

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