LÀ. BATELIÈRE. S
« — Tirons au sort, » répond l'autre chasseur ;
a Deux brins de blé d'inégale grandeur
a Entre nos mains vont décider l'affaire. »
De son bateau Rose les voyait faire
A deux pas d'elle, et riait de leur jeu,
Sans se douter qu'elle était leur enj eu ;
Lorsque le Comte, à qui le sori, je pense,
Avait donné le droit de préséance.
S'approche et dit : «Belle, deux amoureux
« Sont à vos pieds qui demandent l'aumône.
« Allons, soyez charitable pour eux ;
« Car autrement, pour vous pimir, friponne,
(( Chacun prendra ce qu'il veut qu'on lui donne. »
A ce propos. Rose a peur et veut fuir ;
Mais par le bras se sentant retenir,
En fille adroite, elle a recours aux larmes.
Ce fut en vain : on se rit de ses pleurs.
Rose se voit un prisonnier sans armes
Qui va subir la loi de ses vainqueurs ;
Quand, s'avisant d'une ruse de guerre :
« Mes beaux Messieurs, puisque j'ai su vous plaire,
« Vous me voyez prête à vous obéir.
« Dans mon village on n'est pas si sévère.
« Fille qui prend en cachette un plaisir
a Se garde bien de l'aller dire à Rome.
« Mais est -il sûr, si je cède à vos vœux,
« Que le secret soit gardé par vous deux?
« — Ah! de jaser serait d'un mauvais homme.
« J'en donne ici ma foi de gentilhomme,
« Car je suis comte. — Et moi! foi d'amoureux
« Et de Baron. — Je crois votre promesse »,
Reprit la fille. « Oui, je serai comtesse,
« Baronne aussi, puisque le veut l'amour.
« Mais, mes Seigneurs, que chacun à son tour
« Vienne avec moi dans un lieu solitaire.
tt Vous le savez, l'amour veut du mystère. »
Le marché fait. Ton vogue, et le baron
Ayant pris terre : « Adieu ; soyez tranquille.