‹ Les contes rémoisChapitre 24 sur 98 · LE MARI BORGNE · texte numérisé non relu

LE MARI BORGNE

Répond la femme, « el reprenez courage; » \ ous sortirez avec arme et bagage; « Mais hâtez-vous. » Le mari cependant

Gronde à la porte, et l'ait un tel tapage

Qu'Hermânce dit : « Que veut cet insolent?

« Ne sait-il pas que le maître est absent,

« Que je suis seule, et qu'une femme sage

« A double tour, quand son mari voyage,

<( Doit s'enfermer? Que dirait mon jaloux

« Si dans ma chambre il surprenait un homme?

« Passez, mon cher; à moins d'un bref de Rome,

« Je n'ouvrirai qu'à monsieur mon époux!

« — Femme, c'est lui! c'est Dulaurent! ton maître!

« Ouvre-lui donc ! Ne veux-tu le connaître? »

Paul, en habit, était prêt à sortir:

La femme enfin à l'époux court ouvrir,

Lui saute au cou, le caresse, le choie,

Et lui témoigne une si grande joie,

Que Dulaurent est surpris de l'accueil,

Puis, d'une main lui bouchant son bon œil :

» Là, que vois-tu par ton autre fenêtre?

« — Rien, dit le borgne. — Allons, regarde mieux,

« Car tu dois voir tout aussi bien des deux,

« Je l'ai rêvé. — C'est vrai, je vois un traître

« Qui, grâce à vous, de ces lieux s'échappant,

« Vient d'emporter mon honneur et le vôtre. »

L'époux avait entendu fuir l'amant.

« Ah! quel malheur! dit la femme en pleurant,

« Du mauvais œil il voit mieux que de l'autre. »

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