LE BAHUT
On l'aperçoit, et la foule alarmée
Court à la pompe et sonne le tocsin.
» Fuyez! fuyez! dit-on à l'échevin; « La maison brûle. » A l'envi vers la porte Tous de courir, tant la frayeur est forte. Plus mort que vif restait le prisonnier De dame Alis. qui, voyant qu'on l'oublie. De son bahut à pleine voix leur crie : Mes bons amis, sauvez le mobilier! »
LE BON CURK
J'aime à compter, du haut de tes remparts, Reims, ces pressoirs sur ta montagne épars. Qui tous les ans nous versent le Champagne. Chaque village est un cru renommé.
Entre la ville et la verte montagne
Est un gros bourg de Bacclius moins aimé Que de Gérés. Les blés que la déesse Dans la saison lui donne avec largesse Sur nos marchés sont vendus tous les mois. C'est Champfleury qui nourrit les Rémois. Ce bourg est riche, et faveur suit richesse. Aussi pour lui Monseigneur fit-il choix D'un saint, abbé. Les curés de Bretagne Sont fort prisés; et cependant, je crois Que du Breton au pasteur champenois La différence est du cidre au Champagne : Le cidre est bon, le Champagne est meilleur; Je m'en rapporte au goût de Monseigneur.
Je l'ai connu, ce véritable apôtre.
Aimé du riche et du pauvre occupé.
Dînant chez l'un, et plus souvent chez l'autre
Portant le soir son modeste soupe.
Il ne prêcha qu'une fois en sa vie ;
LE BON GUKÉ. 839
Ce lui assez pour en perdre l'envie Un vendredi) jour de la Passion.
Notre curé, tout ému, monte en chaire.
Lors, il peignit avec tant d'onction Les maux qu'un Dieu souffrit sur le calvaire Pour nous sauver des grilles du démon, Ouc les sanglots du peuple débonnaire Couvraient la voix du nouveau Massillon. Pour réparer l'effet de sa parole (Blâmant en soi ce triste coup d'essai), « Allons! allons! dit-il, qu'on se console ; « Car il se peut que tout ne soit pas vrai. »