‹ Les contes rémoisChapitre 8 sur 98 · I. A CULOTTE DES CORDELIERS. H · texte numérisé non relu

I. A CULOTTE DES CORDELIERS. H

Vous demander votre s.ii n i ministère Pour un objet d*où mon bonheur dépend : Je suis épouse ni voudrais être mère.

Depuis deux ans il n'est sainl de liants lieux Qui n'ait été tourmenté do mes voeux; Mais jusqu'ici nul ne m'est favorable, Quand ce matin une âme eharitable Vint m' avertir qu'il ('tait au couvent Un secret sur pour avoir un enfant :

Sur et très-sûr, m'a dit cette dévote, (l'est... Vous savez, frère, combien l'habit De saint François est chez nous en crédit ! Vous le dirai-je enfin? c'est la culotte D'un cordelier, qui, mise au pied du lit. En récitant certaine patenôtre, A la vertu de lever l'interdit.

Par charité, permettez cette nuit Que je l'éprouve, et prêtez-moi la votre. » En écoutant cet. étrange place t,

n CONTES RÉMOIS.

Le cordelier, quoique simple et crédule,

Était confus, pensant qu'on se moquait ;

Mais un grain d'or fit taire tout scrupule.

Le voilà donc qui court à sa cellule,

Et, par honneur pour le saint qu'il servait,

Ayant choisi son plus beau haut-de-chausse :

« Allez, ma sœur, saint François vous exauce ! »

Pendant ce temps le mari cheminait Devers Chàlons avec Jean son compère.

Sans se douter du troc qu'il avait fait. A mi-chemin l'on entre au cabaret; On s'y repose, on y fait bonne chère, Car l'appétit suit toujours l'homme à pied : Joyeux convive, à la table il s'assied, Et donne aux mets une saveur exquise.

Pour le mari, tout allait à sa guise, Jusqu'au moment où l'hôtesse humblement Vint du repas demander le paîment.

LA CULOTTE DES CORDELIEBS. r.\

\r\ciif soudain, la main dans sa ceinture,

Cherche sa bourse, et, surpris, ne sent rien. Il s'en effraie, il se tâte, il murmure ;

INiis. ayant fait un plus ample examen

Du haut-de-chausse : « Né! ce n'est pus le mien, »

Dit-il. <( Pourtant sur le lit de ma femme

u C'est bien celui que j'ai pris ce matin.

« Dieux ! quel soupçon ! Claire est-elle une infâme?

» Suis-je trahi? » Dans ce penser, l'époux

Contre sa femme entre en un tel courroux.

Que l'hôte et Jean la voyaient déjà morte.

L'ami prudent à se calmer l'exhorte :

u Si vous voulez user de votre droit,

« Battez, cousin, mais battez de sang-froid. »

L'époux, malgré cet avis salutaire, Part furieux, et le long du chemin 11 repassait la conduite de Claire, Et n'y trouvait que malheur et chagrin.

11 entre à Reims avec la nuit tombante, Frappe à sa porle; on ouvre, et la servante Reçoit du maître un vigoureux soufflet.

a De tes méfaits, complice de ma honte,

(( Ceci, dit-il, n'est qu'un léger à-compte. «

Puis, en jurant, brusquement il entrait

Dans le salon où Claire l'attendait.

Lors d'une voix que la colère hausse :

« Femme parjure ! à qui ce haut-de-c hausse? <>

Claire, affectant un visage serein,

Répond : « André, le portier franciscain,

« À, pour me plaire, eu l'obligeance extrême

« De le prêter; mais, puisqu'il est sur vous,

« Vous voudrez bien, sans vous mettre en courroux,

« Demain matin l'aller rendre vous-même. »

Tant d'assurance avec l'air innocent

Confond l'époux. Il écoute, il hésite.

Femme, sur nous que ton pouvoir est grand!

Claire aussitôt de ce moment profite

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