PARTIE II, CONTE XXI
L'esprit du mal les jeta tous par terre: L'esprit du bien qui renaît, grâce à Dieu, Rebâtira nos cou vents, et j'espère Qu'il nous rendra les dames de Saint-Pierre. Sous les arceaux de leur cloître royal Se coudoyaient baronne et vicomtesse Marquise aussi. Le couvent rend égal.
Quoi qu'il en soit, on ne nommait abbesse Qu'une duchesse et même une princesse, Fille de roi, mais sans titre légal.
L' abbesse Ursule, à qui je m'intéresse, Tenait, dit-on, du roi le Bien-Aimé.
Grande, bien faite et de mine hautaine, \ son couvent de son pouvoir charmé Elle ordonnait comme eût fait une reine. A reine aimée on obéit sans peine :
Toutes l'aimaient. Les plaisirs innocents Ont toujours fait le charme des couvents. Les lis, les jeux voltigeaient à toute heure De chambre en chambre en ce cloître dévot.
LES SAINTS Dl PARADIS. 293
Mais le bonheur lût ou tard fait défaut
Dans ce bas monde. Où l'on riail <>n pleine.
Madame est mal, el l'on craint pour ses jours.
La Faculté soir et malin visite
Notre malade. Un docteur craint toujours :
(l'est le moyen de doubler son mérite
Et ses prolits, si vient la guérison.
Madame avait une inflammation
Qu'un bain donné par un apothicaire
Devait guérir, pourvu qu'on laissât faire.
Mais l'homme ici révoltait la pudeur.
« Quoi! vous voulez, docteur, qu'aux yeux d'un homme
Je montre... Ah ! fi! non, même un bref de Rome
Ne saurait vaincre en moi ce point d'honneur.
Pour me guérir cherchez d'autre remède.
— Il n'en est point, madame, et c'est, en vain
Qu'à vos désirs vous voulez que je cède.
L'apothicaire, ainsi qu'un médecin.
N'est pas un homme. On ne sent que sa main
Qui, toujours sage, avec ordre procède.