‹ Les contes rémoisChapitre 94 sur 98 · LE NORD · texte numérisé non relu

LE NORD

Il y a bien longtemps que je veux vous parler d'un livre charmant, mais le temps m'a toujours manqué. Il s'agit des Contes rémois, par M. le comte de C..., avec des dessins de Meissonier. Cette initiale me contrariait; elle en disait trop et pas assez. Gardez l'anonyme complètement; prenez un pseudonyme impénétrable comme Jacques Reynaud du Figaro ; mais ne signez pas de C, cela m'agace. Quoi qu'il en soit, j'ai voulu savoir à quoi m'en tenir, et je le sais. L'auteur des Contes rémois est M. de Chevigné, un grand seigneur (mais il n'y en a plus) ; eh bien ! un gentilhomme, qui charme ses loisirs par le culte des" lettres, et sacrifia aux grâces, au lieu de se laisser absorber par les passions égoïstes, l'ambition, l'intérêt, la recherche des honneurs, la poursuite d'une grande situation.

Il a voulu plus et mieux que tout cela ; il a cherché à se faire un nom, une réputation, une gloire, qui ne dussent rien qu'à lui-même, qui pussent échapper aux mille

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accidents de la fortune, aux mille hasarda de la politique il a tenté d'ajouter une petite pierre précieuse à notre trésor littéraire, une page aux œuvres immortelles de notre La Fontaine. La tentative était hardie, mais AL de Ghevigné avait tout ce qu'il fallait pour réussir : de l'imagination, de la poésie, de la verve, de la gaieté vraie, franche, naturelle, de l'esprit, et du plus fin, du goût, chose rare et bien nécessaire quand on veut, comme Hoccace, (Mie reçu dans la société des belles élégantes, des précieuses distinguées qui aiment à rire comme tout le monde, mais avec une nuance délicate que .M. de Chevigné a merveilleusement saisie.

Écrire des contes badins, légers, un peu lestes, quelquefois à la manière gauloise, mais sans jamais blesser la morale ou alarmer la pudeur, n'était pas chose facile; sachons gré à M. de Chevigné d'avoir eu le courage de rompre avec la monotonie froide et l'ennuyeuse roideur des uns, comme avec la gaieté brutale et le sans gène

débraillé des autres.

Dronsard.

Mercredi 10 novembre 1858.

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