‹ Les conteurs étrangersChapitre 2 sur 11 · II. I. \(: oN'iwino · texte numérisé non relu

II. I. \(: oN'iwino

(lisliii;^nirrs, et, ù iliciirc j)rcscntc, 1 iunmatioii (jur lui i)rc'tuiciit lu rude ascfiisioii (|u'cli(- venait de faire et l'éiuotiou du sublime sj)ectacle cju'elle avait sous les yeux doiuuiient à sa physionomie vive et inlelli<^^'iite un «^^rand eliarrnc On devinait, mal^^ré tant de jeunesse et de timidité, un earactôrc fenne, un esprit élevé, et surtout un cœur d'une sensibilité et d'une droiture ])arfaites.

u Mon onele, disait la jeuni^ fille, (jui trous ait un api)ui sur le bras du rudc^ marin, en lui montrant du doi^j^t l'espace verdoyant ()ui se déroulait autour d eux à j)erte de vue, cela ne vous ra))pellc-t-il pas la vue de l'Océan, que vous aimez tant?

— Ce que c'est pourtant que l'i^morance et l'imagination d'une jeune fille ! Où peux-tu trotiver, Magnct, • — terme d'affection que le marin employait souvent en parlant à sa nièce ; c'était une flatterie i)oiir elle et un souvenir pour lui, les marins se servant souvent de ce terme pour désigner la boussole, — où peux-tu trouver un terme de comparaison entre une poignée de feuilles et l'océan Atlantique? Les flots auraient vite fait de balayer toutes ces cimes ; la mer les roulerait comme un bouquet tombé de ta main.

— Je pense, mon oncle, que vous montrez dans ce jugement au moins autant de préjugés et d'imagination que moi ; car regardez de\'ant vous : combien de milles se déroulent là sous nos regards, et nous n'apercevons que des feuilles agitées et frémissantes ! Quel autre spectacle vous offrirait la surface des flots?

— Comment ! reprit le marin opiniâtre, — et il enfonçait plus avant ses deux bras croisés sur sa large poitrine sous les plis de sa veste rouge, — comment ! vou^ demandez sérieusement ce que je verrais de plus sur l'Océan ! Mais, malheureuse

iO LE LAC ONTARIO

enfant, où sont ses vagues écumantes, ses eaux bleues et transparentes, ses brisants couronnés d'écume blanche? Où sont ses trombes formidables, ses baleines, ses requins? Qu'y a-t-il dans cette méchante forêt qui rappelle l'éternel roulis des ondes?

- - Mais, mon oncle, chaque chose ^ son charme particulier. Où trouver sur l'Océan ces cimes majestueuses, ce solennel silence, ces parfums pénétrants de la forêt, cette belle verdure?

- - Verdure ! voilà bien l'ignorance ; ne savezvous donc pas que l'eau verte est le fléau des marins? Et puis, dites-moi quels poissons pourraient vivre sous cette croûte de feuilles sèches.

- S'il n'y a pas de poissons, il y a des animaux de toutes sortes.

- Je n'en sais rien. Avant notre départ d'Albany, on nous a raconté mille histoires d'animaux extraordinaires, et néanmoins nous n'avons encore rien vu. Je suis convaincu qu'il n'y a pas, dans toutes ces forêts, une bête sauvage comparable à un requin des basses latitudes.

• — Voyez là-bas ! s'écria la jeune fille, prêtant peu d'attention aux arguments du vieux matelot, n'est-ce pas une colonne de fumée qui monte audessus des arbres? Pensez-vous qu'elle sorte de la cheminée d'une habitation?

- - Je la vois parfaitement. Arrowhead nous renseignera sur ce point ; c'est son affaire. »

Et il toucha du doigt l'épaule de l'Indien, debout à côté de lui dans une attitude pensive, mais complètement muet, et il lui montra, ayant ainsi, pensait-il, éveillé son attention, la fumée qui au-dessus de la cime des arbres filtrait à travers les feuilles à peu près à un mille de distance. Le Tuscarora avait la mine haute et la physionomie noble des anciens

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sauvages dir^cî (M)ritinont ; leurs rapports trop suivis avec les colons ont fait perdre au plus ;^Tand nonil)rc, de nos jours, ectte attitude pleine de noblesse et (11* ealnie (|u'ils affiîctiiient en toUt(! eirconstanee. Arrowhead était demeuré fidèle aux traditions de ses pères, et il avait gardé, en apparence du moins, le ty])e et le caractère de sa race, bien (ju'il eût Irécpienté les lial)ilations et (|U il connût les usages des étrangers. Il entretenait avec le marin, son compagnon de voyage, des relations amicales, tempérées pourtant d'une réserv(; (ju'indiquait à riudien la distance, bien connue de lui, qui sépare un officier de marine d'un chef subalterne. Sa dignité calnuî et tranquille imposait à Charles Cap une grande retenue. Le marin à son tour, dont le ton dogmatique et l'humeur facétieuse n'épargnaient d'ordinaire personne, n'avait pourtant point osé aller avec l'Indien jusqu'à la familiarité. Mais la vue de cette fumée blanche à travers les arbres avait troublé le marin, et il s'était oublié pour la première fois jusqu'à mettre la main sur l'épaule de son compagnon de route. Le Tuscarora avait vu la fumée ; il resta une minute sur la pointe des pieds, l'œil fixe ; puis reprenant sa première attitude après avoir jeté un regard rapide tout autour de l'horizon, il fit entendre une de ces exclamations basses et contenues, d'un ton doux et guttural qui forme un contraste si singulier avec les cris des sauvages à l'heure de la mêlée, et dont les éclats stridents déchirent l'oreille. Charles Cap et sa jeune nièce n'ignoraient pas quels dangers ils avaient à courir dans ce voyage à travers cette ceinture de déserts sauvages qu'ils devaient traverser ; mais ils ignoraient complètement si la rencontre d'autres hommes était un danger ou une cause de sécurité.

« Serions-nous dans le voisinage des Onéidas ou des Tuscaroras, Arrowhead? dit Cap à l'Indien. Nous ferions bien dans ce cas d'aller passer la nuit dans leur wigwain.

— Il ne saurait y avoir de wigwam dans ces parages, dit Arrowhead d'un air tranquille, il y a trop d'arbres.

-- En tout cas, il y a là des Indiens et peutêtre quelqu'une de vos anciennes connaissances...

— Non, dit Arrowhead sans s'émouvoir. Point de Tuscaroras, ni d'Onéidas, ni de Mohawks. C'est un feu de faces pâles.

— Voilà ce qui est trop fort ! s'écria le marin ; nous autres vieux chiens de mer nous ne i>ouvons distinguer la fumée d'un vaisseau de ligne de celle d'un bâtiment charbonnier ; voilà une affirmation qui me paraît passablement hasardée. »

L'idée qu'il pouvait se rencontrer dans leur voisinage des compatriotes troublait étrangement la jeune fille ; son oncle ne paraissait pas moins impatient d'être fixé sur ce point ; mais cette légère colonne de fumée, montant légèrement dans l'air au-dessus de la cime des arbres, pouvait-elle bien être regardée comme un renseignement certain? Il est vrai qu'ils avaient déjà eu bien souvent l'occasion d'admirer la pénétration, il serait peut-être plus juste de dire, l'instinct du Tuscarora.

(( Un feu de faces pâles ! dit la jeune fille. Assurément, mon oncle, il est impossible de deviner cela.

— - J'aurais été de ton avis il y a dix jours, mon enfant, mais à l'heure présente je ne sais plus qu'en penser. Comment pouvez-vous reconnaître, Arrowhead, dit le matelot s'adressant à leur guide, à la fumée, le feu allumé par une face pâle ou par un Indien?

— Un Indien ne fait pas de feu avec du bois

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