G T.F. T.AC ONTARIO
Le résultat montra bien que la fille des bois avait raisonne fort juste. A i)eine son eoup était-il ]>arti, que les Irocjuois avaient disparu.
(( Dieu soit loué ! dit alors Mabel ; j'aurai au moins le temps de me préparer à mourir, car je ne voudrais pas être frappée inopinément comme l'a été cette pauvre Jemiy.
— Vous n'auriez pas été tuée. Arrowhead n'aurait pas permis que le tomahawk touchât votre crâne . »
Mabel eut un frisson douloureux ; cette afllrmation, réveillant le souvenir d'allusions déjà faites dans le même sens par la femme du Tuscarora, était tout à fait propre a lui faire envisager la mort avec moins d'inquiétude. La mort même, si de pareils soupçons étaient fondés, et si la jalousie toute seule ne les faisait pas naître, devait â l'occasion lui paraître douce.
Après (juelques instants de silence pénibles pour les deux femmes, Mabel dit tout à coup :
(( Que je voudrais donc savoir si mon oncle est encore vivant !
— Je ^'ais y aller voir, dit simplement Roséode-Juin.
— Mais comment le pourrez-vous faire? Xe craignez-vous pas d'être ^ue dans l'île? Les Lidiens savent-ils que vous êtes ici? Seront-ils contents d'apprendre que vous les avez suivis jusque sur le sentier de la guerre? »
Toutes ces questions s'étaient présentées a la fois à l'esprit de Mabel, et elle les avait faites avec une solubilité qui montrait bien son trouble et l'inquiétude d'être trahie, même par Roséede-Juin.
Elle avait cru jusqu'alors que la femme d'Arrowhead avait suivi secrètement, dans sa pirogue,
I;i Inmpc (1 liuihiis \(ii\is pour siir])r(n(lrr l'ilc (lu Poslt, cl <nr<'II(' les jiN'ail (IcN'iincrs nnirpicinciil ])(»ni" l;j ))rr\(iiir (I In snincr. Sji sitiuilioii rl.iil iisscz sin^^nilirn . Airoulir.id, < ii dis^'rAcv dans sii ]>r(>]>r(' Irihti, sctait allir aux InM|nois, et il fciirnait. de s(r\ir les Aîi^dais, bien (jifaii fond il fùl drx'onr anx l'^raiirais. Il allail donc lin ])cu ])arl()iil, cl il a\ail ])ris rii;d)ili;dc de {'(Mnnicncr dans ses ])cic<|rinations.
A\'ant. de* se sé])arcr, Mal)cl et l'IndieniK t \.tniinOrent ce (\\\\ se ])assait autour d'elles. Les huttes a\aicnl été ])illées, et les Inxpiois se ])ré- ])araient à faire un fcslin ])our ocicbrer leur vietoire. lies eoi*])s des soldats éeossais avaient été enlevés et peut-être eaehés dans les l)()is ; mais leurs armes avaient soigneusement été mises de côté, au centre du campement. On avait ])ris garde de ne causer aucui\ dégât a])])arent, de ne laisser aucune ruine qui pût révéler la présence de l'ennemi et obliger le sergent à se tenir sur ses gardes.
Vn Indien, monté au sommet d'un arbre, surveillait les environs. Le sergent ne devait pas revenir de sitôt ; ceux qui se ])ro)wsaient de le massacrer au retour, sans connaître Tendroit ))récis où il était allé sVmbarcjuer, savaient le but de son expédition ; ils ne Tattendaient donc guère avant une huitaine de jours. Néanmoins ils faisaient bonne garde ; une circonstance impré\-ue pouvait hâter son retour. En tout cas, jusqu'à son arrivée, Mabel pouvait prévoir qu'elle resterait comme assiégée dans le fort.
Rosée-de-Juin partit ; le moment lui paraissait propice. Durant de longues heures, la courageuse fille du sergent demeura dans une solitude complète. Le découragement se serait à la longue
empare cTc son esprit, si elle n'avait été préoccupée de ridée persistante de prévenir son père, si surtout elle n'avait eu aussi souvent recours à la prière ; elle savait bien que Dieu n'abandonne jamais les humbles, les j^etits et les faibles qui se confient en lui.
La journée jiarut néanmoins à Mabel durer un mois entier ; elle entendait sans cesse les cris des sauvages, qui se livraient à toutes sortes d'excès. Bien que la meilleure partie des provisions fût dans le fort, ils avaient trouvé une assez grande quantité d'eau-de-vie, et, malgré les efforts d'un officier français qui paraissait diriger l'expédition avec Arrowhead, ils s'enivrèrent tous à l'exception de ce dernier. Rosée-de-Juin n'avait pas caché à son amie que cette circonstance bien prévue pouvait mettre ses jours en danger ; car, la prudence ne les contraignant plus, les sauvages pourraient avoir Tidée de brûler la petite citadelle.
Mabel suivait tous les détails de cette scène horrible avec une vive anxiété. L'officier français, qui cherchait d'ailleurs à se dissimuler le plus qu'il pouvait, voyant ses recommandations inutiles, prit le parti de passer dans une autre île ; Arrowhead l'accompagna. Avant de partir, ils éteignirent tous les feux ; le temps était pluvieux, ils pensaient qu'il ne serait pas facile de les rallumer.
Mabel comprit que tous les dangers qu'elle avait courus jusqu'alors n'étaient rien auj^rès de ceux qui maintenant la menaçaient ; l'orgie continuait, l'exaltation des sauvages montait toujours ; ils faisaient retentir l'île des cris les plus discordants.
L'attente retenait Mabel à Tune des . meur-
LF I.\(: ONTAIUO 210
triiTcs, cl. vWv s\'i|)(r(^'ul ji\('(^ uiir indicihii' fni\( ur <HK' les Indiens nvnicnl lron\(\ sniis la (•4iMlrc (Tnn r^ycr mal rtcint, deux <»u Imis rharlxins (prils c'ssayaiciil de ranimer. L(Hi^(cm))s elle espéra (pTiis ne rénssjraient ]K>inf. ; mais leur ))ersé\ éranee élait stinndée ])ar lenr maliee et l(Mn' ernanlé : ils snrciil M'ouxcr des feuilles sèches, ramasser des braneluvs ))Ins combustibles, et bientôt une flamme elain^ monta au milieu du «groupe hideux. L'a«^onie de Mabel ailail commencer.
Les sauva<Tes aj^portèrent des l)ranchos menues, entassèrent (h\s feuilles reeneiliies aveo soin sous le couv(»rt des grands î\ri)res, et bientôt un immense ivu fol allumé à la ])nrl(' meinr d^- la forteresse.
Les Indiens, obéissant à Icnn* instinct plutôt que procédant ])ar raisonnement, s'éloignèrent et coururent au fond du bois pour attendre l'issue.
Le serc^ent avait mis le fort en état complet de défense. Mabel trouva sous sa main une tonne pleine d'eau ; un seau était là, elle le remplit et le renversa sur le foyer : une fumée épaisse remplaça, aussitôt la flamme vive. La jeune fille se peneha et aperçut, au milieu de cette ombre épaisse, un être humain qui dispersait au loin tous les débris fumants du brasier ; elle descendit en toute hâte réehelle et courut a. la porte.
« Qui est là? » dit-elle.
Ou ne répondit point, mais on frappa plusieurs coups légers à la porte.
« Est-ce vous, mon oncle?
— Eau-Salée n'est point ici, et Eau-Douce est sur le Saint-Laurent. Mais ouvrez-moi bien vite ! »
Mabel entr'ouvrit la porte et voulut se précipiter dehors ; mais Rosée-de-Juin, car c'était elle,
2r)0 1J«: LAC ON^rARK)
la c'ontrni^nit k rentrer ùans le fort. Puis tran- (|ailleinent clic se mit à remettre les barres à leur place ; ensuite elle aida Mabel k remonter au premier étage.
f( Qu'est devenu mon onele? dit aussitôt la ])auvre fille.
— Je n'en sais rien ; personne ne l'a vu.
— Tant mieux ! il s'est sans doute échappe. Dites-moi, j'ai cru voir un Français dans l'île Oh ! Roséc-de-.Juin, ne })uis-je rien faire pour prévenir mon père et détourner de lui le coup (]ui l'attend? »
Rosée-de-Jain devint triste ; elle prit un air contraint et garda le plus profond silence.
« Mon père est-il revenu? reprit Mabel en fondant en larmes. Peut-être est-il déjà mort. »
Rosée-de-Juin lui assura qu'il n'en était rien, et qu'on n'a^'ait point de nouvelles de Dunham ni de sa campagne à travers les îles.
« Mais me direz- vous au moins quel est le sort qui m'est réservé?
- — Je ne sais pas, fut la seule réponse de l'Indienne.
— Ah ! lîoséc-de-Juin, laissez-moi quitter cette forteresse, où je mourrais sûrement ; je prendrai une ):>irogue et j'irai prévenir mon père.
— Non, fit Rosée-dc-Juin avec énergie ; je ne puis pas trahir les miens. Livreriez-vous votre père aux Tusearoras? Si vous tentez de partir, j'appellerai Arrowhead, et il saura bien vous arrêter. »
Mabel se tut ; son projet était d'ailleurs impraticable, et elle le savait bien. Sa compagne l'assura qu'elle ferait tout pour la saliver ; mais elle lui fit entendre non moins énergiquement qu'elle ne souffrirait pas la moindre tentative de sa part
en fn\'(*ur de ses (•(•inp.il i mh s, nicnic pour s;iii\'i' Sun ])('•!'('.
KWv conij)!*!! |»( Il .V \H'\\ les r.iisons (pii faisairnt a«^ir l^»^^( -(Ic-.Iiiin dcptiis le (•«iiniiunccinciil de ce (lr,'im(> : clic clail aminrc |)ar un \ if drsir de san- \ iv Alalxl, (|u"(*II(' aimait ivcllciucnl , mais clkri a il aidrc dans la rralisalion de cv ])r(»j(t par Ariow luad : c'csl nicnic lui (pii ra\'ail, drs le connucnccnicnl, conduilc cl (liri;j;cc. ("clic dccon- \(rlc Ini (it \<>ir claircmcid (pTcllc n'(>))ti('n(lrail rien, ni ])()nr son ])ci-c ni ])onr ses compatriotes.
Arrowhcad, don! la situation était désormais (»ompromisc du eé)té dc\s Auiflais, \enait ])our la ])remièri' fois do lever son (lra]M'au en se mettant ouvertement au service de la France ; il avait commandé l\'X]>édil ion dirigée contre Tîlc du Poste. Rosée-de-Juin avoua sans détour (pfelle et son mari avaient épié le départ du Scucl du port d'OsAvego et sa marcIie jusque dans ces para i^es ; mais elle aflirma (]ue la situation précise du poste anglais n'avait été révélée à leurs adversaires que dans ces derniers temps, et que ce renseignement précieux leur était venu d'une face pâle placée sous les ordres du major Duncan. A cette révélation, faite à demi-mots, Mabel crut que le cœur allait lui manquer ; néanmoins, malgré ce concours d'insinuations perfides et de circonstances malheureuses, elle n'admit pas un seul instant ([ue Jasper Western pût être le coupable.
Pourtant elle ne fit plus de questions ; elle resta comme accablée sous le poids de son chagrin. Les heures passèrent, et aucun incident nouveau ne vint troubler leur solitude. Rosée-de-Juin la lit s'étendre sur un tas de paille destinée à servir de lit aux soldats eu cas de siège, et elle-même
se couclia ;\ srs ]Mcds ; toutes les deux s'endormirent ])ro fondement.
Quand Mabel s'cvcilla il faisait f^jrand jour, et les rayons d'un soleil brillant entraient de toutes ])arts dans la forteresse. Ros6e-de-Juin dormait encore ; mais au premier mouvement que fit la fille du serf^^ent elle se dressa sur ses j^ieds, et courut à l'une des meurtrières pour se rendre compte de ce qui se passait au dehors.
Lii jouriuv' s'ccouhi aussi traïKjuilk'iiKiit. (juc la nuit ; kl solitude et le silence de l'île étaient vraiment inexplicables. Dans la clairière, à l'endroit même où la veille les soldats prenaient tranquillement leur re])as, on avait allume et on entretenait un feu dont la fumée montait lentement au-dessus des arbres. C'était un stratagème emi)loyé par les Iroquois pour rassurer le sergent et sa troupe. On avait fait disî)araître soigneusement toutes les traces de l'orgie de la veille.
Tout à coup Mabel, qui allait d'une meurtrière à l'autre, frémit de tous ses membres : elle venait d'apercevoir, à peu de distance du fort, un groupe de trois hommes étendu sur la pelouse, et paraissant de loin se reposer en conversant ; ils étaient vêtus d'habits écarlates ; c'étaient bien Mac-Xab et deux de ses soldats. En les regardant plus attentivement, Mabel vit que leurs visages étaient livides ; mais leur pose était si naturelle, ils avaient été placés là avec tant d'art, qu'ils feraient certainement illusion à leurs compatriotes rentrant de leur expédition. Tant de perfidie unie à tant de cruauté sembla monstrueux à Mabel ; elle n'était pas encore revenue de cette impression
254 Li: LAC OXTAIUO
(loiilouivusc (lu'clle a])cr(;ut Je troisième soldat : il était assis, les jambes pendantes, au bord de l'eau, et il tenait à la )iiain sa ligne, en apparence très attentif à son occupation favorite. Qui donc avait })u dire aux Iroquois que ce soldat passait ses journées à pêcher dans le lac au fort d'Oswego?
llosce-de-Juin ne tarda pas à appeler Mabel à une autre meurtrière, et elle lui montra à la ))orte d'une des cabanes Jenny debout, dans l'attitude d'une personne qui observe attentivement, ))enchce vers le groupe des soldats, (qu'elle seml)Iait regarder de loin. Elle tenait son balai à la main.
« Non, s'ccria Mabcl en mettant ses deux mains sur ses yeux, je ne puis voir de pareilles horreurs!
— Tuscarora très rusé, dit l'Indienne. Arrowhead est un grand chef. »
La journée se termina morne et désolée, sans un incident ; pas un sauvage ne se montra ; Mabel d'ailleurs n'osait plus jeter les regards au dehors. Rosée-de-Juin fut pour elle pleine d'attention ; elle lui prépara son repas et la servit avec empressement ; mais la fille du sergent put à peine toucher les mets du bout des lèvres. La nuit revint ; les deux femmes s'endormirent auprès l'une de l'autre : Mabel succombant sous le poids d'émotions qui la brisaient, la fenmie d'Arrowhead cédant doucement au besoin de la nature, toujours calme, toujours affectueuse et bonne, quoique séparée de sa compagne, sous le rapport des idées et des sentiments, par un intervalle infranchissable. Mabel goûtait ses soins, acceptait ses services, mais pou- ^'ait à peine s'entretenir avec elle, tant il y uvalt de distance entre ces deux natures.
Le troisième jour, au matin, la fille de Dunham s'écria :
T.î- î AC ONTAIUO ?'.^
»< Jt- lie |Mil^ |iiu> lisid (Il l.irr (!< rrl li<niji)n
s))('clacl('. .rniiiK mis mieux \nir rcniicmi luijnriiic. Ce silciici' nie *r\iicc ; il m'es! plus ))cniblc (pif les ci'is les |)lus fcroc'cs.
-~ Ji(vs \(>il;i jnslcnniil , dit Iû>m'*(-(I( -.Iniii, |)n*c)C('U))éc' (l(])nis un inslaiil ilr hruils cj, de niouN'cnuMits (pli r('li;ipp.ii( ni, ù sii conipa^'iK' ; j'aperçois Kiiu-Sal(.H\ il \ ifiil de rr i'iAv. »
Jla))rl s'iHTia : « Ksl-il \i\atil? >
Mlle s(.' ])ivci])itci à uiu" riiu'li'c. .Ataitre C'aj) it lo lieutenant étaient condnils ])ar une di/ainc (Tlnxpiois : ils si' dirii^eaient \ ers le ImpI . La je niie iille denuMira sans xoix en \'(>\an(. hi ln)ui)cî se raii^(.T on face de la eiladelle, sous ses yeux. Allaitelle assister à une exéeution? Arrowhead était là, sVntretenant a\'ee roJlieier français de retour dans l'île. Tout à eou}), connue la jeune fille s'était écartée de la fenêtre ))our éeliapi)er à (jueKjue spectacle pénible, ])ensait-elle, une Aoix bien connue s'éleva, (pii l'appelait sur un ton ])resque i^'ai. Elle reconnut la M>ix fluLée du lieutenant Muir.
u Misb Ma bel, miss Mabel, disait-il, soyez assez bonne poia* \()us montrer à l'iaie de ces fenêtres, et daignez écouter notre requête. )>
Mabel s'approcha, mais sans se montrer toutefois.
« Nous sommes menacés, continua le quartiermaître, de la mort la }>lus cruelle si vous n'ouvrez la porte du fort ; ne i)erdez donc i)as une minute, ou dans un quart d'heure nos chevelures seront pendues à la ceinture de quelque brave Iroquois. »
Il y avait je ne sais quoi de léger et de moc|ueur dans cet appel qui détermina Mabel à prendre ses précautions.
« Mon oncle, cria-t-elle, pourquoi ne me parlez-
256 LE LAC UNTAIUO
VOUS pas? C'est de vous que je voudrais apprendre ce que j'ai à faire.
— Dieu soit bcni ! s'écria le vieux marin, j'entends votre voix. O Mabel ! je doutais que vous existiez encore. Je ne sais quel conseil vous donner, mon enfant. Non, non, que ceux qui sont hors de leurs mains n'ouvrent point leur porte à ces mécréants ! Le lieutenant et moi, nous sommes vieux, il importe fort peu que nous rendions nos comptes un peu plus tôt ou un peu plus tard, comme dit Pathfinder ; laissez-nous donc à notre malheureux sort ; à votre place je n'ouvrirais pas la porte. »
Le lieutenant Muir voulut protester.
Mabel ne croyait point que son oncle et lui fussent vraiment en danger, la présence de l'officier français la rassurant ; elle s'écria :
« Qu'importe une jeune fille comme moi ! je ne saurais nuire aUx projets de nos adversaires. Je resterai dans ce fort, où j'ai trouvé un refuge ct)nvenable.
— Nos ennemis exigent la reddition du fort, s'écria Muir, et, comme officier du roi, j'ai donné ma parole qu'ils en prendraient possession. Vous allez être cause des plus grands malheurs, miss Mabel. »
Mabel sentit derrière elle Rosée-de-Juin, qui, tout en se cachant avec soin, s'était approchée, lui avait saisi la main et la serrait d'une façon significative.
(( N'ouvrez pas la porte, murmurait l'Indienne ; restez dans le fort. Parlez hardiment, et n'ayez pas peur. Ils ne courent aucun risque d'être massacrés. ))
Mabel reprit courage ; elle se mit à parlementer très hardiment, sentant fort bien qu'elle était
i.r-: r.Ac oniaimo :?.',7
.sMlilciiiM j>;ii st»li (Miclc, il (»l)jccl.'ilil ;i luuhs Jcs
raisims i\\[r lui ilnunnit ]r licutmaiit Muir (|u*il iTawiil ))u consrntir à la rrclditioii de la place, alUiuhi (pril iTaNail aiieun comiuaiulcjnciit cffcx*tit ; (juc (l'aiiii'urs il élail i)ris<)mii(r.
u .le resterai ici, Monsieur, lui dil-ellc < ii juatière de eonelusion, jiiscju'au relour de ni<)n père, et je ne ratteiids u[uère a\anl inie dizaine de jours. Jus^pie-Ià, (pioi (pTeu ])uisst' ])enser monsieur le lieutenant, je défendrai le fort envers <f contre tous. »
Mahel s'était ))réalablenient entendue en deux mots avec Uosée-de-Juin, dont ))ersonne ne souj)- (^'onnait la présence dans la citadelle ; elle fit un si<i[ne à sa conipa<^uie, et celle-ci, montée à réta^^^e supérieur, pointa le canon d'une carabine contre les parlementaires. Cette simple démonstration suffît à mettre aux champs les Iroquois ; ils coururent s'abriter derrière les arbres ; l'oflîcier français et Muir se tinrent couverts et sur leurs gardes ; seul Ca]) demeura en place sans sourciller.
u Quels j)euvent ctre vos conn)aiifnons? s'écria le lieutenant. J'ai le droit de connaître ceux qui travaillent au service de Sa Majesté.
— Que pensez- vous de Pathfinder, monsieur Muir? Les Indiens paraissent avoir reconnu sa carabine. ^)
Le nom de Pathfinder, ainsi heureusement jeté à la tête des assaillants, fit cesser toute obsession nouvelle ; on parut ne plus tenir autant à la reddition du fort, et les plus courageux prirent dès lors des précautions pour n'en pas approcher de trop près.
Le silence se lit de nouveau dans cette i)artie de rîle ; et lorsque les deux captives, car on peut bien leur donner ce nom, jetaient mi regard au
17 — Le Lac Ontario.
deliors, c'était pour retrouver l'affreux spectacle des soldats massacres convertis eu pantins, et jouant une horrible pantomime faite pour attirer leurs compatriotes dans un piège perfide, servant ainsi, même après leur mort, les intérêts de l'ennemi.
Rosée-de-Juin, montée jusqu'au haut de la tour, revint dire à son amie que Cap et Muir étaient en train de dîner tranquillement avec l'officier français à l'extrémité de l'île ; que les Iroquois prenaient également leur repas à peu de distance, et que tout semblait fort calme.
Ne tremblant plus pour la vie de son oncle, qu'elle avait cru mort, Mabel était sans cesse occupée à se demander comment elle pourrait prévenir son père et l'empêcher de tomber dans le piège tendu par les Indiens. Comme la nuit allait venir, laissant la femme d'Arrowhead s'occuper des préparatifs du dîner, elle monta à son tour au sommet du fort, souleva avec précaution la trappe qui donnait accès sur la plate-forme, et, avançant seulement la tête pour n'être jDoint trop en vue, elle inspecta soigneusement les environs.
Tous les passages qui conduisaient à l'île du Poste paraissaient complètement déserts ; elle ne vit rien qui pût lui faire prévoir le retour de son père. Le soleil allait se coucher, et Mabel se disposait à redescendre, quand il lui sembla qu'une pirogue glissait dans l'un des canaux en s 'abritant sous les branches des arbres. Elle ne put distinguer l'homme qui dirigeait l'esquif ; à tout hasard, elle agita un petit drapeau dont elle s'était munie en montant. Son signal ne fut point aperçu tout d'abord ; elle le répéta, quoique avec précaution, sans se décourager ; à un moment
ij: lac ontahio 250
(lonnr, une rniui' se dressa (Inns la piro;^rur ; riioininc <|ui la. inonlnit. se iiumlra lont, entier, el. Maix-I reeoiuuil. i'liiii;^'aeh^'(>()k. Le e(>ura;^e (!<• lu ])aii\r(» pris<>nui(V(î et son énergie se raiiiincrcnt ; (Ile reiucTcia Dieu sur-le-chani]), a^ila eiurore une fois son (lni]>e,ni ])()iir dire an iVIohiean (jn'elle eoinj)tail: sur lui, et redesecndif iciih niciif: xcrs TcLa^^c inférieur de la tour.
Klle se dil: aussitôt (|u'il lui l'audrait user de ruse a\ ee Hosée-de-Juiii ; eelle-ei, en effet, ne perinetlrait point sans doute (pTon introduisît le Grand-Ser])ent dans la eitadellc ; rien ne pourrait la déeider à se prêter à un arran^jenicnt ])ouvant nuire aux siens, ou n'ayant pas exelusivement })our objet le salut de son amie.
Klle était persuadée, d'après les })réeautions que paraissait prendre le Delaware pour s'approcher du poste, qu'il eonnaissait les événements qui avaient suivi le départ de son père, et son cœur battait, se disant que Chin<ifaehgook pouvait venir d'un instant à l'autre, et qu'elle aurait dû se tenir constamment auprès de la porte, prête à lui ouvrir ; mais elle n'osait prendre cette détermination, dans la crainte de donner des soui:)çons à Roséede-Jain. Elle eut cependant assez d'empire sur elle-même pour cacher ses préoccupations et trouver un expédient.
« J'ai peur, dit-elle a son amie, depuis que les vôtres croient que Pathfmder est ici, qu'ils ne mettent de nouveau le feu à la citadelle.
— Il n'y a pas de danger ; ils ne reviendront i^as de ce côté, ils ont trop peur de la carabine de Pathlînder.
— C'est égal, je vous en prie, montez là-haut et surveillez bien les environs ; la nuit vient, et vous avez de meilleurs yeux que moi. )>
I/Iiuli( iiiK' lie parut pas convaincue de Tutilitc de cette précaution ; mais elle monta néanmoins i)our être agréable à son amie. Elle ne céda ])oint pourtant sans jeter à i\Iabel un regard inquisiteur cpie celle-ci soutint assez mal. Pensant que la fille du sergent pouvait encore méditer le moyen de ))rendre la fuite, comme elle en avait formé dans la journée ])lus d'une fois le ])rojet, elle n'eut ■j)as d'autres soui)çons ; elle se contenta de lui dire })our la centième fois peut-être :
(( Le fort est sûr ; nulle part aous ne serez en sécurité comme ici. Quoi qu'il arrive, Jlabel, je vous en prie, ne mettez pas le }jied dehors. »
Rosée-de-Juin grimpa alors quatre à ([uatre
l'échelle qui conduisait au sommet de l'édifice.
Mabel se glissa aussitôt sans bruit près de la
l)orte et attendit ; il serait difficile d'exprimer
l'émotion qui s'empara d'elle quand elle crut
s'apercevoir que quelqu'un i)Oussa.it la porte du
dehors et semblait demander à entrer ; elle voulait
savoir qui était là, mais elle ne parvint pas à
arracher une parole de son gosier serré par l'an-
o'oisse. Au bout d'ini instant, un coup léger fut
frappé sur les poutres de la porte. Il n'y avait
plus à hésiter, d'autant qu'elle entendait déjà
Rosée-de-Juin qui redescendait, criant qu'elle
n'avait rien xu, et qu'il fallait dîner et dormir
tranquillement jusqu'au lendemain.
Faisant effort pour sortir de l'espèce de léthargie où l'avait jetée l'espoir mêlé de doute subitement éveillé en elle par la ])résence d'un ennemi sur le seuil de sa prison, elle commença à soulever les barres ; mais ses mains tremblantes n'allaient pas vite en besogne. Elle entendait le mocassin de l'Indienne qui eflleurait à peine les barreaux de l'échelle, et qui tout à l'heure allait la rejoindre
\.K r.AC o\T\rno 201
et cm))r(*hor ixiil-rln» \r siicrrs de son ontroprisc. La ])r('inirr(* hnrrc loiuhn, l;i seconde la siii\il ; (*II(^ nihiif soiiK'Ncr la I l'oisirinc, (|iiaii(l Uo^rc-ch - .Iniii s(« |)rrcii)i(.i sur rllc, (I, rciifonrant do ses hras, lui cri.'i :
u (^iralli('/-\ nus l'aire? \'(ms Noiile/ x^us (jniiii-; ]\Iais il faiit^ rester i<*i : le fort est tout re cju'il y a (le ]>liis sûr ))onr \niis. Si \'ons sortez, vous êt(vs ]HTdu(\ »
INIal^el retrouva toute sou éueruie, et une oourle lui le s'ent>aij:ea entre* les deux jeiuios femmes, lutte sans \ iolenee et o{i INIahel eût ctc vainciie si riiouuue (jui était dehors nVût pousse violenv uient la porte au uion\ent où hi fille du seri^'enl, se doLîfageaut des hras dv sou amie, toucha un instant une des extrémités de la dernière harre. I.a porte s'ouvrit toute faraude ; un guerrier cie haute taille entra. Les deux femmes, aussi surprises Tune que Tautre, ne reconnaissant point le nouveau venu dans robscurité, re<jfagnèrei^t le ])remier étage, où l'Indienue avait laissé une ehandelle allumée. L'étranger, qui n'avait ])as prononcé un seul mot, referma soigneusement l'entrée de la tour et remit en place les barres qu.i l'assujettissaient : puis, s'orientant en homme (pii connaît les êtres, il monta à son tour. Kien ne saurait rendre la joie de Mabcl ni la surprise de Rosée-de-Juin, quand elles reconnurent Pathfii.der les regardant avec son visage ouvert et franc, et souriant silencieusement selon son habitude.
« Que Dieu soit béni ! s'écria Mabel. Oh ! Patliunder, savez-vous ce qu'est devenu mon père?
— Il va bien jusr{irà présent, quoiqu'il soit menacé, comme je viens de m'en rendre compte, des plus grands dangers, !^^ais n'est-ce pas là la femme d'Arrowhead? >^
L'Indienne s'était blottie craintivement dans un coin.
(( Oh ! ne j)ar]ez pas d'elle avec mépris, je lui dois la vie. Mais racontez-moi ce qu'a fait mon père depuis son départ, et pourquoi il n'est pas encore de retour avec sa troupe ; je vous dirai ensuite ce qui s'est passé ici.
— Vous n'aurez pas beaucoup à m'apprendre, Mabel ; j'en ai vu assez, et je suis accoutumé depuis longtemps aux ruses perfides des Mingos. L'expédition a réussi ; nous avons capturé trois bateaux français ; nous les avons toulés au plus profond de la rivière ; les sauvages du Haut- Canada ne seront point approvisionnés de poudre et de balles avant la saison prochaine. C'est toujours autant de gagné. Nous n'avons perdu aucun de nos hommes. Le sergent nous a dépêchés dans nos pirogues, le Serpent et moi, pour vous apporter cette bonne nouvelle, car avec ses grands bateaux un peu trop chargés il ne saurait arriver ici avant demain, et il va passer la nuit campé dans une île encore assez éloignée. J'ai quitté Chingachgook un peu après midi, pour ne point rentrer tous les deux par la même route et surveiller ainsi plusieurs passages en même temps. )>
Mabel raconta alors au guide de quelle façon elle était entrée en relation avec le Delaware, et comment elle se tenait à la porte pour lui ouvrir, persuadée qu'il accourrait à son appel.
« Lui? reprit Pathfinder, un vrai batteur d'estrade ! Il ne se mettra jamais volontairement derrière une barrière de pierres ou de troncs d'arbres, tant que les bois seront ouverts devant lui. Moimême je n'y serais point venu chercher un abri, si le sergent ne m'avait fait promettre de veiller à votre sûreté avant toute autre chose. Ah ! Mabel,
rj: I.AC ONTAIUO 203
j'ai eu k' ccrur hicn scrrr cm faisant (îc soir la rccoiinaissaïu'c de l'île... ; je ( rai^niais bicfi «jikî \(Mis ne fiissic/, ])anni les' morts...
— ('(nmiU'iit sv fait-il (juc nous ayc/ c*cha|>])C aux l'inbiu^lics (les Inxjuois?
— Vn i]v ces iiicidciils (juc la Providciur ne niéiiaije point a eevix (|ni saxcnl ns( r de ses dons. Ces rnses infernales de cadavres ne sauraient me tr()m[)er. J'ai aperçu de loin le prétendu ))êelieur ([u'ils ont ])laeé au bord de l'eau ; j'ai remar(|uc tout de suite, eu le considérant d'un passage situé en face, cju'il tenait sa li<^uie trop élevée : un soldat du 55^^ qui a a])])ris à ])êeh(T dans l'Ontario ne eonuuet j)as semblable faute ; cela m'a mis en défiance, j'ai observé mou homme, et j'ai vu qu'il était trop tranquille pour un pêcheur ([ui ne voit rien mordre à l'hameeon.
— Pensez- vous que mon père puisse aussi découvrir la ruse et échapper aux piètres des sauvages?
— Oui, si le Serpent a pu le rejoindre ou si je puis le prévenir ; sinon d court fort risque d'être surpris. Malheureusement nous ne savons pas à quelle heure il rentrera.
— Pathfinder, dit tout à coup Mabel en se redressant et en prenant un ton solennel, je puis dire que vous m'avez manifesté un instant le désir de me prendre pour épouse...
— • Oui, c'est la vérité, vous pouvez dire cela, répondit simplement Pathfinder, très surpris de la tournure que prenait l'entretien ; j'ai osé faire cela, mais je ne suis point homme à persécuter ceux que j'aime...
— • Ecoutez-moi, Pathfinder, reprit Mabel, en proie à une vive exaltation, je aous honore et vous révère plus que personne au monde ; sauvez
mou ))cro, et vous avez mon consentement à notre marinière.
— Voilà un bonheur que je ne m'attendais pas h trou\'er eette nuit, dit simplement le pauvre chasseur ; je ne le mérite pas, et je ne sais s'il serait sage d'en profiter. Mais, je vous prie, Mabel, soyez sûre que je n'avais nul besoin d'ime pareille promesse pour me dévouer au salut du sern^ent, car nous sommes de vieux camarades et nous nous devons mutuellement la vie.
— Maintenant que vous avez ma parole, reprit Mabel, qui n'avait point écouté sa réponse, ne pouvez-vous me prendre dans votre ]:)iro£rue et m'emmener à la rencontre de mon père?
— Non, non, dit le guide en secouant la tête, ce n'est pas là ce que nous devons faire. Il y a vingt passages, trente peut-être, par lesquels votre père peut revenir. Non, il faut rester ici ; <îes troncs sont solides ; ils sont verts encore et ne brûleraient joas facilement, et à moins d'incendie je puis vous défendre ici contre une tribu tout entière. Je ne crois j^as que le sergent revienne avant le jour ; il m'a dit qu'il camperait encore une nuit dehors afin de ménager ses équipages ; à la vérité, il pouvait rentrer ce soir en faisant diligence ; mais il vaut mieux qu'il en soit ainsi, nous pourrons l'avertir de se mettre sur ses gardes en lui faisant quelque signe, ou en tirant un coup de carabine. D'ailleurs, le Serpent, que vous avez prévenu et qui a dû se rendre compte de la situation, va sans doute le rencontrer. Mabel, je crois que notre devoir est de rester ici, bien qu'il ne nous fût pas difficile de nous échapper tous les deux.
— Restez donc alors, Pathfinder, et que le Ciel vous inspire ! Je suis prête à tout faire comme à tout souffrir pour sauver mon père !
LF T,Ar ONTARIO 2Gr,
— J(» suis conUul (I( \(Mis < nlciulrc p.'iricr niiisi, Malx'l : oui, je suis coiilciil ; ce (pic vous (litis csl (Lins 1,1 iinlnrc. Il f;nif: (Irfciulrc votrrc \)ùn\ il faut \c soulcnir. II n rriissi dans son ciiln- ])riso ; il ist \rai (|Ui' l'île du Poste est toiuhc'c entn^ les mains de nos ennemis, et (pie nous avons \:\ (piatn^ soldats pri\'és de l<'urs eli('\-elures...
— Mais on ne saurait rendre jnon père responsable de ce malheur ; il ne ))ou\'ait pas deviner (pie nos ennemis connaissaient la ])osition du fort.
— C'est \rai : je ne sais \ ntiincnl j)as eonuuent les Fran(;*ais ont i)u o))tenir des renseiirnements si pnVis. Tl y a eu ecTtninenicnt trahison de la ])art d'un des neutres.
— Oh ! Pathlinder, croyez-vous cpie cela soit possible?
— La trahison, re])rit le .unide, est aussi nalurelle ù certaines o'ens (jue la faim. Pour moi, cpiand je rencontre un homme dont la parole est mielleuse, j'examine ))r(idemment sa conduite ; car, quand le cœur est droit, la langue n'a pas besoin de prendre un cliemin (K^tourné.
— Pensez-vous, s'écria Mabel, plus préoccupée de ses propres j^onsées que des paroles mêmes du o'uide, pensez-^'ous que Jasper Eastern soit du nombre de ces honuiies? Je le rc^^arde comme le jeune homme le plus sincère, et je ne crois pas que sa lantiiie soit jamais en désaccord avec son cœur.
— Jasper Eastern ! Il n'y a rien de plus vrai au monde que la langue et le cœur de ce garçon-là. Les doutes de Lundie et des autres ne méritent pas la moindre attention et sont dignes de tous les mépris. Je répondrais de l'hoimèteté d'Eau- Douce sur ma propre chevelure et même sur ma carabine.
— Je vous remercie du fond du eœur, Pathfiuder, s'écria Mabel en proie à une sorte de ravissement qu'elle ne cherchait même pas à cacher ; vous êtes noble et généreux, Dieu vous récompensera. »
En même temps elle avait saisi la main de Pathfnider, et elle la serrait entre la sienne sans trop se rendre compte de ce qu'elle faisait. Lui l'observait tranquillement avec un sourire bienveillant, mais où l'observateur attentif aurait pu découvrir un peu d'amertume et de regret.
Tout à COU]), revenant à elle, et sans doute pour changer le cours de ses pensées, elle demanda au guide s'il ne voudrait pas mieux pour eux de laisser Rosée-de-Juin sortir du fort et rejoindre Arrowhead si elle le jugeait à propos.
« J'y ai pensé, dit-il ; mais il serait plus sûr de la m.ettre à l'étage supérieur et de retirer l'échelle.
— Elle m'a rendu trop de services, reprit vivement Mabel, pour que je consente à la traiter en ennemie.
— Ah ! vous ne connaissez guère cette race de reptiles, » dit le chasseur, et en prononçant ces mots il se dressa d'un brusque mouvement et tendit l'oreille, faisant signe à Mabel de garder le silence.
(( C'est vm bruit de rames, reprit-il au bout d'un instant ; un bateau traverse le passage. »
Aussitôt il ferma la trappe qui conduisait en bas pour empêcher Rosée-de-Juin de s'échapper, puis il courut à une meurtrière ; Mabel se pencha pour regarder par-dessus son épaule. Malgré les ténèbres, l'œil pénétrant du guide aperçut deux bateaux engagés dans le passage et longeant la rive ; ils s'arrêtèrent à cinquante toises du fort. D'où venaient ces barques? Contenaient-elles des
T r T \r nvTvnin •>r,7
nniis (Ml (les (luumisr iMail ci le scr^'ciil <|iii niilrail, en iiNiiiicc de douze heures, s'éliinl liâlé ))(Mir embrasser ])Iiis tôt: sa fille? Los Fraiic/ais envoyaient -ils; un i\iif<nl .nix leurs, trouvant (|u'ils axaient Irn]) alIciKhi lissue de cette cxi)édition?
I*a(lilinder réj)é(ail à IMahel (ju'il ne lui seni!)lait ])as ]>ossil)le, (ra))rès ee (pi'il lui a\ail: dit luimeine le malin, cpie son ])ère arri\rd à celle heure a\'aneée de Ja luiit.
On a])ereut va<(uement dans r<)ni))re d( ux ou trois honunes quitter les bateaux ; une exclamation en an^hus monta jusqu'aux oreilles du j^niide ; il se redressa, sur])ris, mais ]>ret à a<jfir : ses eom))atriotes, ses amis étaient là ; ils arrivaient sans dciiance, ils tombaient dans le piège tendu ))ar leurs ennemis.
Il avait déjà, soulevé la tra})i)e ; il se laissa glisser le long de réchelle ; il se mit rapidement à enlever les barres de la porte. Mabel l'avait suivi ; elle A'oulut Taider ; elle ne fit que retarder ses mouvements. Connue la porte s'entr'ouvrait, ils virent tout autour, sur la lisière du bois, d'éclatantes lueurs aussitôt disparues et laissant l'obscurité plus profonde, et en même temps ils entendirent les coups répétés d'une vive fusillade. Le cri de guerre des sauvages fut poussé de tous côtés, puis immédiatement tout rentra dans le silence et dans l'ombre.
« Mon père, mon pauvre père est assassiné ! dit Mabel, parlant vivement, mais pourtant fort bas.
— Rentrez dans le fort, lui dit Patlifinder. Que se passe-t-il donc? fit-il encore comme se parlant à lui-même et en retenant de vive force la jeune fille. Je n'ai pas entendu un cri ; il n'y a pas une
seule Inivterne dans les bateaux. Que faire? Ilélas ! j'ai laisse Tue-Daim dans le fort. »
En retenant Mabel, il avait ecdc sans s'en apereevoir : ils s'étaient éloignes de quelques pas de l'entrée de la citadelle ; il vit tout à coup comme des ombres s'avaneant le louer du bois pour lui couper la retraite. 11 saisit Mabel et l'emporta ; son fardeau vite déposé à terre, car la jeune fille était devenue inert? et défaillante dans ce brusque -mouvement, il ferma l'entrée ; la première barre était à j^eine assujettie, que les Indiens se ruaient sur la porte pour l'enfoncer ; elle tint bon, et, sans doute ayant reconnu leur adversaire, ils se mirent en toute hâte hors de la portée de sa redoutable carabine.
Pathfinder ralluma la chandelle et visita minutieusement le fort, pour être sûr qu'aucun ennemi ne s'y était introduit pendant leur absence. Il n'y avait personne : Rosée-de-Juin avait pris la fuite.
Mabel, ayant recouvré son éneri(îe, se releva et dit au chasseur :
• « Hélas ! mon paa\Te père est mort ou captif. Qu'allons-nous faire maintenant?
— L'affaire n'est pas terminée, dit le <,mide, les Mingos n'ont pas hurlé leur victoire. Il faut attendre et tâcher de découvrir quelque indice. La femme d'Arrowhead leur a dit que j'étais là; ils ne se hasarderont pas de ce côté pour l'instant. »
Mabel fut secouée de la tête aux pieds par un frémissement douloureux :
« J'entends un gémissement, dit-elle ; écoutez, Pathiînder. Il y a quelqu'un en bas qui souffre ; mo]i père...
— C'est sans doute une ruse de nos ennemis pour nous attirer dehors.,.