II. LAC ON'IAHK
— iS'nn, non, rrjnil Mal)il, il \ a là (|url<ju*ijii (|iii ^(Mnil cl ;i|)))i Ile ;\ son nidc ; mnn ))C'rc, ]k iitrt !•(... '
Lr ijiitlc rlri.L,niil l;i cli.indi Ile, (Mi\ril ilouccjihnl niic nicni'l rirrc (1 (l('nian<Li (l<Mi('tin< nt :
* (^ui csl làï »
Il y (Mit ini silciicc nssi /. I<>n'; ; 1rs ;;c:iiiss('jnrnls s'élairnt arrctcs ; ])t>iirlaiil mu \(>ix fail)le niurnuira :
« Palhiiiulrr î
-- Mou i)civ, (lit ]\Ial)cI, ô mon j)t'iv ! )j
Le chasseur cl la jcinu* lille enleiulirent alors clisUucteiueut le serjjfeut Dnnhani (pii disait :
u Mou Dieu ! soyez béni, ma iille est eu siirelc ! »
ratiiliuder eule\ ait déjà les barres de la ))ortc ; il le lit, uial^ré rau<>\)isse et Témotiou d'un semblable uiomeul, avec toutes les précautions iiua^^iuables ; comuie la dernière barre cédait, il sentit qu'uu poids pesait sur la ])orte ; il n'osa la refermer, bien (|ue la pensée d'un piège lui tra\-ersût Tcsprit. La i)orte s'ou\ rit toute grande, et le sergent tomba de tout son long sur le ])lancher. Très vite il l'attira complètement à l'intérieur, re})oussa la })orte et remit les barres en place.
Mabel n'avait pas dit un mot ; mais elle avait déjà baigné les tempes du blessé avec de Teau ; elle lui arrangeait une coucliette et lui prodiguait tous les soins qu'il pouvait attendre d'une Iille aussi tendre et aussi courageuse. Patlifindcr, accoutumé à ces sortes d'accidents, examina la blessure de Dunliam : une balle hii avait traversé le corps, et, sans en rien laisser paraître, il eut le chagrin de constater que son ami ne survivrait pas longtemps à sa blessure.
Le sergent Dunham fut laissé au rez-de-chaussée de la citadelle, son état ne permettant point de le monter à l'aide d'une échelle dans l'appartement supérieur. Il souffrait horriblement, mais avec un grand calme ; ses yeux brillants ne j^erdaient point de vue le visage de sa fille. Lorsque la vie menace de nous échapper, nous commençons à sentir le prix de nos affections ; elles ne nous paraissent jamais si nécessaires et si douces qu'à l'heure où nous allons les perdre.
« Que Dieu soit béni ! dit-il avec effort après s'être reposé mi instant, vous avez été épargnée... Mais, Pathfinder, dites-moi comment tout cela est arrivé.
— Nous avons été trahis, et sans le fort...
— Duncan avait Maison; il m'a prévenu...
— Oui, mais pas comme vous l'entendez. Nous avons été trahis, mais Jas23er Eastern n'y est pour rien ; c'est le cœur le plus brave et le plus fidèle...
— Oh ! que vous avez raison ! s'écria Mabel jusque-là silencieuse, mais surexcitée tout à cou]) par l'allusion de son père et fondant en larmes ;
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jKirolc. L(\s i^cns de cciMir doivcnl: se* «léfciuln* jniil.iclli'incnl, so soutenir iulrc eux. »
lit' .SiT^ont, oubliant sa soiiffnuuH', rrgarda loii- ^Miciut'nt sa jillc : il Nolilait lire dniis ses ycnx la raison <|ui lui faisait ])ivndrc si clialcurcuscinrnt parti pour Jasj)cT ; il reporta ses yeux sur le guide ]>()nr rinterro«rer à ce sujet. Palhfinder conservait l'expression de franeliisc et de loyauté <jui lui était habituelle ; Juais un nua^e lé^^^r avait néanmoins passé sur son front en entendant les paroI(\s si vives de la jeune fille.
« Vous vous ra])])ele/, dit ee dernier, continuant le récit de ce (jui s'était ])assé en l'absenee du ser<^ent, le lieu et l'heure où nous vous quittâmes, Chiniifachgook et moi. Si j'étais resté avec vous..., ce pauvre Gilbert, qui a pris ma i)lace... Mais je ne veux pas me vanter ; il eût mieux valu pour vous, serîTent, me garder avec vous.
— Hélas ! dit Dunham, Gilbert est tombé à côté de moi ; mais nous avons manqué de précaution. Hélas ! nous sommes punis de nos méprises...
— Jusque-là, sergent, tout allait bien ; notre expédition avait été merveilleusement conduite, Tennemi se souviendra de votre rude attaque. Mon ami, vous avez merveilleusement manœuvré quand vous vous êtes emparé de leur obusier...
— Hélas ! dit Diniham, dont les yeux brillaient malgré tout de fierté au souvenir de C(?s exploits, hélas ! il est retombé entre les mains de nos ennemis ; ils le tourneront contre nous.
— Ne pensez point à cela, mon ami ; le fort est solide, et, s'ils n'y mettent le feu, nous résisterons longtemps. Chingaehgook connaît notre situation ; Mabel l'a vu et lui a annoncé sa détresse.
Sûrement il travaille déjà à nous venir en aide ; nous })()uvons avoir confiance en lui. Lorscjue j'approcliai de Tile du Poste après vous avoir ([uitté, il me sembla qu'elle était bien silencieuse. Je connais les soldats du 55^ ; cela me parut étrange ; j'étais donc averti quand j'arrivai dans le passa<rc en face du prétendu })êcheur, je n'y fus pas trompé... Je pensai avant tout à Mabel, sergent, et j'accourus à son aide, prêt à mourir avec clic s'il le fallait. »
A ces mots, Dunliam jeta un regard sur sa fille, et celle-ci sentit que, môme en présence de son père mourant, son cœur pouvait être atteint par d'autres douleurs non moins vives que la perte de ceux que nous aimons le plus ici-bas*. Le vieux soldat, la voyant tout en larmes, lui prit la main et dit avec solennité :
« Mabel, vous vous souvenez de notre dernière conversation ; mon heure est venue... Je ne saurais me faire d'illusions...: je meurs- en soldat, et, grâce à Pathfinder, Lundie me rendra justice... Vous vous rappelez votre promesse, ma fille...
— Mon père, pensez à vous ; d'ailleurs, mon heure n'est-elle pas aussi venue? Je veux mourir avec vous ! Que Pathfinder s'échappe du fort et aille à Oswego porter ces tristes nouvelles... Il peut échapper aux Miiigos, lui ; rien ne saurait le retenir ici.
— Mabel Dunham, dit Pathfmder sans violence, mais avec un chagrin évident, je n'ai point mérité de semblables paroles... Je sais fort bien que je suis grossier, brusque, maladroit...
— Pathfinder! dit Maber déjà repentante.
— Soit, vous avez dit cela sans y penser. Je ne puis vous abandonner ainsi ; le sergent le sait bien, et vous aussi, Mabel. Le fort peut tenir
IJ-: LAC ON'TXnTD 273
<|U('l(jn(* tt'nii)s, vl C'hiii^u('li<^'c)ok nous enverra (lu secours. »
Ma bel s'était ra))])n)elu''e du ^mi(l(; ; elle re^^rettait évidemment (Tavoir blessé cet excellent cœur, elle voulait le lui faire entendre. Le ser^^'ut, devinant cette intention et se ri'\i)li(|uant au «^ré de ses ))ro|>res désirs, dit tout à cou]) :
« PnthfindcT, Mabcl, Ncncz tous les deux j)rés de moi ; j'espère (jue vous vous entendez maintenant...
— Mon ])ère, dit Mabel, ne })arle/. jmint de cela, je vous prie ; tout se fera conformément à vos désirs.
— Dieu soit loué ! dit le blessé a\'ec un vif sentiment de joie, je mourrai content. Mabel, Patlifinder, donnez-vous la main. Que ma mort ne soit point ime raison qui retarde votre union ! Ci^^ retournera à son bâtiment ; je ne veux j)as, Mabel, que vous restiez scnde, sans guide et sans soutien.
— C'est mon affaire, cela me regarde, dit tranquillement Pathfmder ; laissez tout entre mes mains, rapportez-\'ous-cn à moi, mon ami ; tout sera pour le mieux !
— J'ai confiance en vous et vous donne pleins pouvoirs. Que Dieu vous bénisse, Mabel !... »
Le vieillard eut une défaillance, causée par la violence de ses émotions ; il dut garder le silence et se reposer durant quelques instants. Mabel s'empressa avec tendresse autour de ce père qu'elle connaissait depuis si peu de temjDS, et qu'elle aimait pourtant d'une affection si vive, si dévouée ; elle sentait néanmoins un poids accablant peser sur son cœur, et elle eût été heureuse de mourir avec son père.
Après un silence long et pénible, le sergent
18 — Le Lac Ontaino.
reprit un ])cn de forces, et se mit u raconter en ])]irnses entreeon))ees ce (]ui hii était arrivé (le))iiis (juil avait quitté Pathfincler et le Delaware. Il dit qu'ayant trouvé le vent plus favorable, et ayant tJfa^né du temps de cette façon, au Heu de cam])er une nuit de plus au dehors, il s'était décidé il rentrer directement. Qu.oi(pie surpris de ne pas trouver de sentinelle à l'arriAée, il avait débarqué sans précautions ; les soldats, préoccu- ])és de leurs sacs, avaient laissé leurs armes dans les bateaux. L'ennemi avait tiré de si ])rés, cpie tous ses coups avaient porté : tous ses soldats étaient tombés autour de lui ; il ne s'expliquait pas pourquoi les Iroquois n'étaient pas immédiatement venus leur enlever leurs chevelures. Tombé en même temps que les autres et grièvement blessé, Dunham avait entendu les cris de Mabel pendant sa courte sortie avec Pathfinder ; la croyant elle-même en danger, il avait, malgré ses souffrances, trouvé la force de se traîner jusqu'à la porte de la petite citadelle, où ses gémissements avaient annoncé son arrivée. Il avouait qu'il n'aurait pu faire un pas de plus, et qu'il avait cru mourir sur le seuil.
Après ce récit, souvent interrompu, Dunham dut se reposer pendant longtemips, les efforts qu'il venait de faire l'ayant complètement épuisé. Pathfinder le laissa aux soins de Mabel, et il commença l'inspection de*^' moyens de défense qui se trouvaient dans le fort. Il y avait là une douzaine de fasils, formant la réserve du corps expéditionnaire ; il les passa en revue et s'assura qu'ils étaient con^'enablement chargés. Il les déposa tous à portée de sa main, pour le cas où une attaque subite le mettrait dans la nécessité de défendre le fort contre les Iroquois.
DniiiKiiu, ))(*ii(liiiil Ci l(inj)s, sciilail ses r«*r('c.s s'en iillcr JK 11 II |)(ii ; diinml sn \ ic, il ir;i\nif «^nirrc pciisr n. In niorl, et à rhclirc prôsciif c, s;inf r.'i H'ccI ion ((ii'il p(nl;iil :Y sji lilN- cl le sriiliuMiil (le son honiu nr de soldai, loiil (lisj)araiss;iil et lui st'nil)l;ul n jx'inc diL^nc de sou nirpris. FI eût donné hcnnciMi]) ]>onr inoir anprrs de lui un ininisln* dw Sci^iK ni* <pii pûl lui f.iirc (iihiidrc, il i'c ni<»nu'nt. snj)ivnu', les dernières consolations cl. les derniers eneonraifenients (pie la reliLfion ne n fnse pas d'ordinaire à ses enfants.
M;d)(*l reuardail son ])ère, lui ])rodi<fnail Innios les nmnpies de la tendresse hi pins vive, s'interr()ini)nit ])our ])rier, se rele\ait ])onr interro<,r^T la res])iralion haletante du blessé ; elle ne se rendait ])as absolument eoni])te de ee (jui se j)assait, tant était grande sa surexcitation. S(ui calme ne Tavait ee])iM\dant pas eom])lètëment abandonnée ; elle entendit tout à cou]) heurter dotieement à la lK)rte. Pathfinder était encore en haut, elle ne voulut ])as rap])eler ; elle se mit à eidever doucement les barres de la porte, ])ensant que c'était Chino-acho'ook qui venait rejoindre ses amis. Ce fut Cap qui entra ; la i)orte fut immédiatement refermée et solidement barricadée.
A la vue du servent sur le point de rendre l'ame, le vieux marin fut attendri ; c'était au fond un homme fort honnête et d'une nature très droite. L'outrecuidance et l'absolue confiance qu'il avait en lui-même pouvaient le faire dévier de la bonn.e route ; mais il n'était pas inca]:)able d'y rentrer et d'avouer qu'il s'était trompé. Il expliqua son arrivée dans le fort d'une façon assez obscure : il avait, disait-il, profité du sommeil de ses gardiens ; le quartier-maître dormait aussi profondément : lui-même, à cause des liqueurs qu'on les avait
obligés de prendre pour les empêcher de venir en aide à leurs compatriotes lors du débarquement, qui avait été prévu par les Iroquois, avait dormi longtemps. A son réveil, il avait trouvé sous les broussailles le canot de Patlifinder, et était venu aborder au pied du fort. Tout cela n'était pas fort clair; mais personne ne songeait à lui demander des explications.
(( Patlifinder, dit-il en terminant, — car le ffuide était accouru à son entrée dans le fort et l'avait écouté avec une grande attention, — nous ferons, avant d'amener notre pavillon, une résistance honorable, et nous tâcherons d'obtenir de bonnes conditions. J'aurais aimé à agir de cette façon quand ces vagabonds se sont emparés de nous, lors du massacre de Mac-Nab ; mais le lieutenant Muir n'a pas voulu... Il m'a entraîné dans un de ces trous dont l'île est remplie, et nous sommes restés là, tapis comme des conspirateurs, jusqu'à ce que la faim nous ait obligés à en sortir. Je voulais commencer par des pourparlers, il n'a pas voulu ; j'ai dû consentir à baisser pavillon, il y avait quarante-huit heures que je n'avais mangé. »
Mabel, uniquement préoccupée des souffrances de son père, n'écoutait plus son oncle; Pathfinder était remonté sur le toit pour surveiller l'ennemi. Cap, faute d'auditeurs, dut garder le silence.
Le sergent, se sentant un peu plus calme, fit signe qu'il souhaitait s'entretenir avec son beaufrère. Mabel gagna le premier étage, bien qu'avec une répugnance m.arquée ; elle obéit néanmoins, conjurant son oncle de ne pas oublier que son père ne pouvait soutenir une longue conversation, et qu'il importait de le ménager.
Cap, dont le cœur était véritablement bon.
LK LAC ONTAHIO 277
(K'\ iiKi (|U(' la plu:-, ^^randc iii(|iiiûlii(li* de cv j)au\ rc ])vrr inounml c'îlait lu jx'iiscv de su fille, dcmcuraid. siidc dans une n^ion si différridi* du milieu où <'lle uvuit été él(\ éc ; il .s\ in])ressa de rassurer son frère :
« Klle est bonne iille, dil-il, (Ile ressemble à mu ])auvre sieur; je vous ))romets de lui Iioumt un bon mari.
— Ma iille est ])our\ tie, dit. le seri^^nt : ' "<• -' r.' la femme de Pat blinder.
— Patblinder, soit ! reprit maître Cap un ])eu sur])ris ; je n'aurais pas cru (ju'il pût eonvenir à votre Iille. .Je dois cUre néanmoins (jue c'est un bomme sûr et eoura^eux.
— Ab ! si je ra\ais ^ardé avec moi, je ne serais pas tombé dans le ])ié<j:e qui m'a été tendu, et j'aurais évité les ]>]us j^rands malbeurs.
— Frère, dit Cap, \'ous n'avez i)oint de rei)roches à votis faire, vous avez été vaincu par la plus ])erlidc des trabisons ; nous en avons causé avec le quartier-maître dans notre eaebette, et nous sonunes tombés d'accord que Jasper Knstern était cause de tous nos maux.
— Je le crains, murmura le sergent ; oui, je crois que Jasper nous a trabis..: >
Il aperçut Patblinder qui venait de redescendre, il voulut lui parler ; mais celui-ci mit un doigt sur sa boucbe, fit signe à Cap de le suivre en baut pendant que Jlabel, redescendue avec lui, le remplacerait au cbevct du moribond.
;( Qu'y a-t-il? demanda Cap en arrivant à l'étage supérieur. Avez-vous découvert du nouveau?
— Les Mingos sont en bas, ils veulent mettre le feu au fort ; j'entends la voix d'Arrowliead qui les excite à mettre tout de suite à exécution cet infernal pix)jet. Nous avons ici quatre ou cinq
tonnes d'eau ; nous pouvons donc soutenir un .sièi,^' pendant un temps assez lon^i^, et donner à C1vin,i(iieh<40ok le temps de nous amener d'Oswe^^o des libérateurs, car je compte sur lui. Je sais que le salut nous viendra de ce côte. »
liC guide éteignit alors la chandelle et ou\Tit une meurtrière, attendant une sommation qui ne pouvait manquer de lui être faite d'un instant à l'autre. Il eut bien soin cependant de ne i)oint se placer en face de l'ouverture, et il tenait sa carabine à portée de sa main.
Au bout de quelques instants, une voix bien connue se fit entendre :
« Maître Pathfînder, s'écria le lieutenant Muir, je viens à vous en ami. N'oubliez pas que vo'us avez affaire à un officier du 55^,
— Que demandez-vous, quartier-maître? Ce n'est pas le moment de parlementer ainsi, au milieu de la nuit. Mes ennemis devraient se souvenir que Tue-Dann est avec moi dans le fort.
— Oh ! je ne viens pas en ennemi, cher Pathfînder, et vous ne voudriez pas tenter contre moi rien qui pût nuire à ma sécurité. Vous avez du bon sens, et vous comprendrez qu'en vous soumettant de bonne grâce, vous obtiendrez plus qu'en essayant une résistance impossible. Je viens vous conseiller de rendre le fort, et vous donner l'assurance que vous serez traités en prisonniers de guerre.
— Je vous suis fort obligé de vos bons conseils, quartier-maître ; mais mes vivres ni mes munitions ne sont point épuisés, et je ne songe nullement à me rendre avant d'avoir essayé à défendre la place.
— Votre résolution vous fait honneur ; mais songez que tous ks vôtres sont tombés, et maître Cap lui-même...
ÎJ-. LAC OXTAIUf) 270
l*as \r moins (lu iiinii(ic, cria l( \iiii\ iiiaiiii ; jr iir suis ])i»iiil loiuhr. A la Muilr, litiiLcnaiil, \(>us nra\('/. lail (IcscciMlrc dans un tnm et aussi tomber dans un pirifc, }r Ir ci'ains bien ; mais en lin cela s\\j>li(jU( ra plus tan!, car il y a des circonslancis... Ijji alhndanl, je suis monte aU haul dr ce r<»rl, l'I je Imuvr Tcndroit fort a;,'rcal)Ic ])our rinslant il très sûr, rr <|ui ne <^Atc rien.
--- .I\n suis charmr, -- si toulrfois c'est la voix d'un vive \i\aid (juc j'entends; — mais il n'importe, l'alhlindrr, même avec maître Cap, \i)us ne pou\ ez songer à nous défendre contre tout un parti d'Iroipiois...
— C'est ))ourtant mon intention, et votre beau langage, lieutenant, ne m'en fera point changer.
— Qu'attendez-voUs de cette résistance obstinée? Le pauvre sergent Dunhani est mort...
— Vous vous tromi)ez encore, monsieur Muir ; le sergent est également dans le fort, et l'on peut dire que toute sa famille y est réunie.
— Je me réjouirais de l'apprendre si je ne savais que ces Indiens sont résolus à mettre le feu à la citadelle, et que par conséquent vous serez tous en^velis sous ses décombres.
— Ne craignez rien, monsieur Muir, et tenez pour certain que (|uicon(]ue s*ap])rochera du fort avec des intentions hostiles me trouvera sur son chemin. Demandez aux Iroquois ce qu'ils pensent de Tue-Daim.
— C'est de la folie ! Vous n'avez nul moyen de tenir; vous ne pouvez être secourus...
— Ne comptez-vous donc pour rien Chingachgook, que nous avons prévenu de notre embarras ; Eau-Douce, qui est allé à Oswego et qui nous ramènera du renfort? Écoutez, lieutenant, vous avez votre opinion et j'ai la mienne ; vous ne
chanj^crez pas de sentiments, ni moi non plus ; mais vous en avez déjà trop dit pour un officier du roi. Si nous sommes tous brûles, nous le serons pour soutenir l'honneur des armes de Sa Majesté.
— Vous n'exposerez 2>as Mabel aux horreurs d'un siège en règle.
— Je la trouve beaucoup plus en sûreté ici qu'avec vous. Vous avez un compagnon, un Tuscarora, dont je crains les perfides desseins... En tout cas, Mabel est avec nous et désire y rester. Le sergent a reçu une blessure qui lui fait le plus grand honneur ; elle s'occupe à soigner son père comme une bonne et excellente fille qu'elle est. Mais assez de discours ; j'amie mieux agir que parler. Veuillez vous retirer amsi que vos alliés, et que chaque parti fasse usage de ses moyens d'action selon ses dons et sa nature. »
Quand les Iroquois connurent l'insuccès de leur parlementaire, ils poussèrent des cris horribles ; mais ni Pathfinder ni Cap n'en furent épouvantés. Ce dernier, selon ce qui avait été réglé, monta en toute hâte sur le toit ; il y trouva déjà une dizaine de flèches enflammées et en eut promptement raison. Tous les troncs du fort retentirent sous le choc des balles ; toutefois ces décharges ne pouvaient causer grands dégâts.
Mabel, qui entendit tout ce vacarme, mais qui ne pouvait courir aucun danger, la partie basse du fort n'ayant aucune ouverture, fut cependant fort effrayée, d'autant plus que Dunham agonisant, reconnaissant un bruit familier à ses oreilles de soldat, se mit à crier dans son délire :
(( Faites charger les grenadiers ! Que les compagnies légères se préparent à marcher ! j)
A ce moment, un coup de canon retentissant se fit entendre, une bombe déchira la muraille de
I,n r.AC ONTARIO 281
bois (1(1 InrI, ri. (oui, Ir hnlitiicnl, cii fui. rl>raiil«'-. rnlhliiidcr fut sur le )H)iriL (rrlrc atlciut i)ar les iVlats (le l'obus; hiurcusfinc iil il s'rlait i\ temps jc'tVî sur Ir ])laii('lur. Ma bel, iut<'n(laii( cv (îIkkî terrible, avait jeté ini ^naïul eri, et Duiihani, seeoué sur son lit (Ta^^onic, a\ait élevé la voix et dit avec'forec : (1iar<^rez ! »
(( Mabel ! eria Pathlinder entr'ouvrant lu tra|)))e, il iTy il j)(>int de mal. (*es r(^])tiles ont tronvé sur nos bateaux Fobusier (jue nous axions j)ris aux lYan(,'ais ; Jieureusenient c'est la seule bombe qu'ils aient trouvée. Il y a <juelques dé;^mts làrhaut, mais ])oint trop de mal. >>
Jlaître Cap, au sommet de Ja ])etite eitadelle, se conduisait très bravement ; le vieux marin calme et coura<ifeux se retrouvait tout entier. Ce que son earaetére vantard et fanfaron contenait de désa<i:réable avait complètement disparu ; il restait Thonmie dévoué, fort, énergicpie, prêt à tout pour défendre les siens et narguer ses ennemis.
Il ne prenait même pas la peine de s'abriter ; il défiait- les Iroquois, riait de leurs coups, et, par un hasard vraiment étonnant, ils ne parvenaient pas à l'atteindre. Lorsque la bombe éelata sous ses pieds, il salua avec un grand geste et im sourire de mépris. Les sauvages demeurèrent étourdis d'une pareille audace, et, ne s'cxpliquant pas le calme de leur ennemi en face d'un pareil danger, ils en conclurent qu'il était fou et cessèrent de tirer sur lui, les traditions des Indiens les empêchant de jamais essayer de nuire à un être privé àe raison ; il fut sauvé par son imprudence et l'excès même de son audace.
Pathfmder avait une manière d'agir bien différente ; il eût pu passer, aux yeux d'un étranger,
))()ur tro]:) prudent. Pendant les dix premières minutes de rattacjue insensée des Iroquois, il se contenta de s'al^riter soigneusement. Les meurtrières ouvertes lui permettaient de voir ce qui se passait au dehors ; mais il ne s'en approchait qu'avec les plus grandes précautions, et pas une fois il ne mit les mains sur son arme terrible axec la pensée de riposter contre un ennemi que sa rage folle plaçait pourtant à sa portée. Mais quand il entendit le bruit des mocassins devant la porte du fort, et qu'il comprit qu'on entassait des broussailles, et qu'on préparait un bûcher, il appela maître Cap et le fît mettre auprès d'une meurtrière avec de l'eau à sa portée, lui recommandant bien de ne point agir avant le signal. Il voulait laisser monter la flamme un peu pour choisir parmi ses ennemis l 'Iroquois qu'il jetterait sur le terrain. L'œil sûr du guide inspectait les environs ; il dit tout à coup à Cap :
« Y êtes- vous, l'ami? le baril est bien à votre portée? Prenez garde à ne point perdre d'eau inutilement.
— Je sais prêt, dit Cap.
— Alors attendez le signal. Je vais profiter de ce qu'il fait clair. »
Tue-Daim fut soulevé lentement, le coup partit.
(( Voilà un Iroquois de moins, dit le guide en rechargeant son fusil. Tenez-vous prêt, maître Cap ; j'en vais encore expédier un autre. »
Un grand cri, répondant au second coup de Tue-Daim, démontra la vérité de cette assertion.
(( Versez l'eau maintenant, cria-t-il ; versez, il ne faut pas nous laisser griller.
— Gare à l'eau ! » dit Cap en versant son baril sur le foyer.
Il : I \(: ()\T\\\\i ) ?ft'^.
L ( lull'oil ;i\;iil rir si hh ii du»! i, <|iic l« hiiciM r s'rlci^niil siihilcinciil cl (jM' l""f r. l'ii' «1 ■" li ])lus ])r(>f(ni(l(' ohsciirili'.
\a ri sic (l( 1.1 miil s'ccoiila cii ])aix ; l*allilin(lcr tl (a|) Ncillcrciil alternai îmiikiiI , (l( crainte de .snr[)risc. Mal)ci ne ([iiilta ])()int le cJHVet de son ])crc ; le serî^ciil di niciira assez câline ; mais ses forces s\>n alhiienl, cl loni l'ais.ii! j»ic\<Hr (pie riuurc" suprciiie ne larijeiail i^'uère à arriver.
Dès raurore, PathfmdcT et Cap moiitcrcnt sur le toit, et, protégés par le parapet circulaire qui en faisait le tour, ils examinèrent les environs. De ce sommet, le regard embrassait l'île entière ; elle était de forme ovale, sa plus grande étendue allant de l'est à l'ouest. Le vent soufHait du sud, et Cap fit cette réflexion qu'à l'heure présente, en suivant les passages qui longeaient les bords de la petite île, grâce à la direction du vent, il eût été possible de côtoyer les deux côtés principaux et de conserver toujours le même vent en travers. Le marin étudiait la situation, en se demandant si l'on ne viendrait pas bientôt d'Oswego à leur secours. Tout à cou}:), après^ avoir fait Finspection de l'horizon, il s'écria avec une joie profonde :
i Une voile ! »
Pathfinder aperçut bientôt le point blanc que Cap avait signalé ; le bâtiment en vue ne portait que ses voiles majeures ; mais la force du vent était si grande, que le gréement tout entier semblait voler à travers les percées du feuillage avec la vitesse d'un cheval de course : on eût dit un nuage courant à travers les cieux.
Dans cette \i.u»ii i.i]H(1<, ic ;4m(l(', accnutiiiiK! ;i SCS l)<)is, ne rccMHiiiaissait. ))()int, le (Mitl* i- -I' ^nn ami : il nr ])\\t s\in])ê('li(T de nuirniun i
" lia laissé passer riicurc ! C'est (•(Ttaincmcnt (jneNlue iiaxirc Iranrais venant, au secours de ces maudits Min^os. »
Ca]), re])renant son t<»n do^nnaticiue et i)édant, lui hieii aise de faire remanjucr au célèbre chasseur (ju'il se tr()mi)ait en • cette circonstance, . et (]ue ses veux le servaient mal.
(( C'est bien la téticre de la grande voile du Scud ; ses voiles en pointes sont ])lus petites qu'on ne les fait ordinairement, je les reconnais bien. D'ailleurs la corne <'n est jumelée ; je conviens que ce travail a été ])roprement fait, mais elle est jiuuelée.
— Tant mieux ! dit Pathfinder, ne comprenant rien à ce lano:aGfe technique ; si c'est Jas]^er, nous pouvons défendre le fort contre toute la nation des Mingos. Pourvu (}u'il ne vienne pas s'amarrer au rivage sans aucune précaution, et qu'il ne tombe pas, comme notre ])auvre sergent, dans une embuscade.
— Vous avez raison, cela est fort à craindre, d'autant plus que le pauvre garçon ne me paraît pas bien fort, ayant toujours navigué sur cette mare d'eau douce. Et puis, pouvons-nous être sûrs de lui? c'est l'allié secret des Français ; c'est l'opinion du sergent, et cela m'a tout l'air, à moi, d'une trahison.
— Nous le saurons bientôt, répondit le guide : nous ferions bien pourtant de donner quelque signal à ce pauvre garçon qui l'oblige à se mettre sur ses gardes. »
L'anxiété et l'incertitude les empêchèrent néanmoins de rien faire ; il eût fallu se décider promp-
280 TJ-: LAC ONTARIO
tcincnl., et le Scud arrivait avec une rapidité \'(rtiL,niu lise. Ou ne voyait crailleurs personiie sur le ]K)nt, et le gouvernail paraissait se mouvoir seul ; mais Cap s'aperçut bientôt qu'il était manœuvré d'en bas à l'aide de drisses, et il devina que ré(iuipa<^e se dissimulait derrière les bastinira^^es, à l'abri des coups de fusil de l'ennemi. Ce fait démontrait la faiblesse des arrivants, et n'était point de bon aui^ure.
« Iléîas ! le Serj^ent n'aura pas pu arriver à temps à Oswego. Pourvu que Lundie ne se soit pas avisé de remplacer Jasper ! Eau-Douce, dans la circonstance, vaut pour nous une armée entière. A nous trois, nous pourrions toujours faire une f^lorieuse défense : vous, comme marin, en entretenant des communications avec le cutter ; Jasper, en manœuvrant sur le lac, et moi, selon ma nature, en déjouant l'astuce et la malice des Mingos. Oui, il faut lutter jusqu'au bout pour le sergent, et aussi pour défendre Mabel.
— Nous devons le faire, et nous le ferons de bon cœur ; le retour du Scud m'oblige à dire que les chances sont égales pour et contre la fidélité d'Eau-Douce. Il me semble d'ailleurs agir avec prudence ; il m'a l'air de savoir ce qui se passe ici, car il cherche à bien choisir son mouillage. Allons, voilà qui va bien...
— J'y suis ! s'écria Pathfinder avec exaltation, j'y suis ! je vois la pirogue du Serpent sur le pont du Scud, Chingachgook est h bord ; il connaît notre situation, laissons-le agir.
— Cette pirogue peut bien ne point être celle du DelaAvare ; Jasper en aA ait une à bord quand nous mîmes à la voile.
— C'est vrai, l'ami Cap ; mais si vous connaissez vos mâts et vos voiles, je connais mes jDirogues et
mes sciilici's. ()r je i"t comi.iis l.i j»irn;(u<* du ."^t rjx-iil, cl je (l(\ iiic ce (|(ii s'csl passé : l<- hnivc hinnnic, nous Noyniil jissio^os dans !< fort, rst |);irli |)onr ()s\vc;jn : il n rciicoiil rr Ir Scnd en chi'iuin, ii a niconlr son hisloirc, et il est n*\(nn a\('C le ciillcr pour s;i\(»ir ce (pToii poinail entreprendre (Il iioli'e r.iNcnr. l)i(n \cnille (pie J.'isper soil n hord ! »
(';i]) n'éeont.'iil ])lns : il .sni\nit axce In ])lus grande al lent ion la sec-ne \rainie!it sins^ndière (pii se déroulait sous ses yeux : le \cnl souillait avec» \ iolenee ; les arhres eourhnient la tète sous |;i rafale, et ks branches se heurtaient avec un bruit send)lal)l(^ i\ d(^s ehnriots courant dans le lointain.
Les sau\an"es n\''taient ])as loin, jxiiscpic leurs piroo'ues et les bateaux du 55^ étaient toujours dans kl petite ori(]ue où ils avaient mouillé ; mais rien ne traliissait, en dehors de cet indice, leur présence dans l'île. Ils ne s'attendaient point à voir le cutter revenir si tôt ; leur prudence habituelle ne fut pourtant point en défaut : à son apparition dans le passa^^e, ils se mirent tous à couvert. Cap et Pathfinder, au haut de la forteresse, ne se montraient pas davantac^e, et le pont du cutter était com])lètement désert.
Arrowhead, du fond de sa retraite, se piit à trembler pour l'issue d'une campagne si bien commencée quand il vit apparaître le Scnd ; il eût souhaité d'être de nou\'eau débanpié sur le continent.
Le cutter s'approchait rapidement, faisant écumer l'onde devant lui : il avait pourtant diminué ses voiles. Néanmoins, à cause de la force du vent, il arriva bientôt par le travers de la forteresse.
A ce moment précis, Cap et Pathfinder se penchèrent en avant ponr voir le pont du cutter. Alors Jasper s'clanea au-dessus des bastingages en poussant un grand cri de joie ; Cap lui rendit son salut : hourra pour hourra. Ce manque de prudence eût pu leur être funeste ; mais l'ennemi ne voulait pas trahir le lieu de sa retraite et attendait, n'ayant point encore pris de parti. Pathfinder, plus prudent, et ne voyant que le côté pratique, cria d'une voix de stentor et sans se démasquer :
« Jasper, tâchez de nous soutenir ! la journée est à nous si nous pouvons nous entendre. Vous voyez ces buissons là-bas, les reptiles y sont caches ; envoyez-leur du poivre, mon garçon, je les canarderai de mon côté. »
Le jeune marin put-il entendre la voix du guide, ou fut -elle couverte par le bruit de la tempête? Il y eut un moment de doute et d'inquiétude ; le vent emportait le cutter au delà du fort, et il disparaissait derrière les arbres. Mais on le vit bientôt reparaître; Jasper avait viré vent arrière et revenait de l'autre côté, toujours au vent de l'île. Cette manœuvre fut faite avec une grande facilité, les voiles s'orientant d'elles-mêmes et le gouvernail seul commandant le mouvement. Jasper semblait vouloir faire une reconnaissance autour de l'île ; revenu à ^on point de déjDart, il reprit position au vent dans le passage où il s'était montré tout d'abord. Alors il mit la barre dessous et vira de bord vent devant ; malgré les ris tous pris, la voile claqua sous le vent comme un coup de canon. Cap eut peur que la toile ne fût déchirée, mais elle tint bon.
« lia toile est bonne, cria-t-il ; et, pour dire la vérité, je dois convenir que ce garçon conduit